Dinosaure des années 70-80, Electric Light Orchestra sort un nouvel album. Jubilatoire.
Reformer un groupe après seize ans de cessation d’activité relève :
a) de l’inconscience la plus totale
b) de l’hypertrophie de l’ego
c) de la méconnaissance absolue du marché actuel
d) d’un besoin d’humiliation.
Même si le groupe fut très célèbre jadis, c’est une manoeuvre dangereuse et délicate, car, avant même d’avoir accordé ses instruments, le revenant a toutes les chances d’être rangé dans la catégorie « Ringard qui tente de se faire un peu de blé avant la retraite ».
Electric Light Orchestra ne tombe pourtant dans aucun des cas de figure cités plus haut. Jeff Lynne, compositeur, chanteur, arrangeur et tête penseuse d’ELO s’amuse de la stupéfaction un peu gênée qu’a fait naître sa décision de ressusciter ce dinosaure des années 70-80. « Ce n’est pas pour l’argent, dit-il, tout va bien de ce côté-là. Pendant ces quinze dernières années, j’ai travaillé avec mes idoles, j’ai produit Tom Petty, Roy Orbison, Bob Dylan, George Harrison, et les trois Beatles survivants m’ont appelé pour produire les inédits réenregistrés sur des bandes originales de Lennon. Un type comme moi, qui est venu à la musique par admiration pour les Beatles, ne peut pas aller plus haut. Récemment, quand j’ai eu à nouveau envie de faire ma musique, j’ai réalisé qu’une certaine pop revenait à la mode et que beaucoup de gens étaient en manque de ces mélodies et de ces harmonies travaillées. »
Incontestablement, « Zoom » (c’est le titre de l’album) est pour eux. Le plus étonnant est que ces sons puissent générer toujours autant de fraîcheur, de grâce et de puissance. Les arrangements et le son des cordes (« J’engage des musiciens classiques et je leur demande de jouer totalement à plat, sans vibrato ») nous transportent immédiatement dans un autre univers musical, baroque et sophistiqué, que Jeff Lynne inventa autrefois et qui n’a jamais été exploré par personne d’autre que lui. Ici, la nostalgie n’est pas de mise, juste la jubilation de faire redémarrer un bolide vintage et de constater qu’il est toujours capable des plus belles performances.
« C’est bon. Chanson suivante ! »
A 54 ans, ce Britannique installé en Californie avoue être à la fois anxieux et désireux d’en découdre. Ce perfectionniste, qui, en studio, ne savait jamais s’arrêter, tenait tous les instruments et rajoutait inlassablement de nouvelles couches sonores sur celles déjà existantes, a finalement appris la sobriété. «. Chanson suivante ! » Je pensais toujours qu’il restait un petit détail à fignoler. Ils m’ont appris que ce sont ces imperfections qui apportent la respiration aux enregistrements. Aujourd’hui, je sens quand la spontanéité est menacée par le perfectionnisme. »
Après deux concerts-tests triomphaux à New York et Los Angeles, Jeff Lynne et ELO mettent sur pied une tournée mondiale. Jeff ne saute pas de joie – il est plutôt du genre casanier, appréciant plus que tout la lecture de son journal dans son jardin, une tasse de thé à la main -, maisquitter son home studio pour affronter un vrai public. Et, au passage, éliminer du circuit un ELO bis, groupe usurpateur fondé par l’un de ses anciens musiciens. Un groupe qui l’énerve à un tel point qu’avant de rencontrer Lynne son manager nous demanda expressément de ne pas aborder le sujet…
Source : Le Point













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