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Le Voyage Musical de « Whatever Gets You Thru The Night » : Une Rencontre Improbable entre John Lennon et Elton John

Le 4 octobre 1974, un morceau inattendu prit d’assaut les ondes radio : « Whatever Gets You Thru The Night », un single qui marquait un tournant majeur dans la carrière solo de John Lennon. Si, sur le papier, cette chanson ne semblait être qu’une de plus parmi d’autres dans un contexte musical déjà saturé, elle allait pourtant se révéler être un moment crucial, non seulement dans l’œuvre de Lennon, mais aussi dans l’histoire musicale des années 1970.

Ce single, porté par une collaboration inédite entre Lennon et Elton John, allait non seulement s’imposer comme un tube international, mais aussi offrir à Lennon son premier (et unique) numéro un au Billboard américain, quelque chose qu’il n’avait pas réussi à atteindre avec ses précédentes compositions en solo. Mais derrière cette ascension rapide, il y a une histoire de hasard, d’amitié et de décisions artistiques qui mérite d’être explorée.

La Naissance de « Whatever Gets You Thru The Night »

L’histoire de « Whatever Gets You Thru The Night » commence dans les studios d’enregistrement en 1974, au cœur des sessions pour l’album Walls And Bridges, qui allait marquer un tournant dans la carrière solo de Lennon. L’idée même de cette chanson naît d’une rencontre impromptue et d’une inspiration tirée des télévisions nocturnes. May Pang, compagne de Lennon à l’époque, raconte qu’un soir, alors que Lennon zappait entre les émissions, il tomba sur un prêche du révérend Ike, un célèbre évangéliste afro-américain. Dans son sermon, Ike lançait un mot d’ordre : « Whatever gets you through the night » (Peu importe ce qui vous aide à traverser la nuit). Lennon, fasciné par cette phrase, s’empressa de la noter sur un carnet qu’il gardait près de son lit.

Cette phrase, aussi simple qu’universelle, allait devenir le cœur d’une chanson à la fois introspective et pleine de vie. Le titre, bien qu’inspiré par cette conversation télévisée, reflétait également une période où Lennon était en proie à de nombreuses turbulences émotionnelles. « Whatever Gets You Thru The Night » était une sorte de cri du cœur, un appel à la survie à travers les épreuves, une réflexion sur la manière dont chacun trouve ses propres moyens de surmonter les moments difficiles.

Une Mélodie Inspirée et un Rythme Envoûtant

La musique, quant à elle, allait prendre des formes inattendues. La mélodie et le rythme du morceau, selon Lennon, furent inspirés par le célèbre hit de George McRae, « Rock Your Baby ». Ce morceau disco, aux influences R&B marquées, semblait être l’antithèse de ce que l’on pouvait attendre de Lennon à cette époque. Et pourtant, l’alchimie fonctionnait. La structure de « Whatever Gets You Thru The Night » semblait presque se jouer des codes musicaux de l’époque, en offrant une base rythmique et une mélodie qui, tout en restant proches du funk et de la soul, se transformaient au fur et à mesure en une création purement lennonienne.

Il est d’ailleurs fascinant de noter que Lennon lui-même se rendit vite compte que la mélodie de « Whatever Gets You Thru The Night » portait une certaine ressemblance avec l’un de ses précédents titres, « Jealous Guy ». Il n’hésita pas à esquisser une brève interprétation de ce morceau au milieu de ses premiers enregistrements de démos, preuve que, dans son esprit, les frontières entre ses compositions étaient parfois floues. Cela témoignait également de son éternelle quête de réinvention, un moteur créatif qui l’avait toujours poussé à ne jamais se laisser enfermer dans une formule musicale trop prévisible.

Une Collaboration Inattendue avec Elton John

Si le morceau avait un rythme accrocheur et une mélodie envoûtante, sa véritable force résidait dans la rencontre musicale entre deux géants de la scène rock : John Lennon et Elton John. La collaboration entre les deux artistes fut rendue possible grâce à une invitation informelle, Elton John venant rendre visite à Lennon lors des sessions de Walls And Bridges. Au départ, Lennon était réticent à l’idée de produire une chanson commerciale ou de rejoindre les courants populaires qui se dessinaient dans l’industrie musicale de l’époque. Pourtant, il se laissa convaincre par l’enthousiasme de son ami.

L’histoire de cette collaboration est intéressante à plus d’un titre. Elton John, d’abord, n’était pas un simple accompagnateur, mais un véritable contributeur à l’esprit du morceau. Selon les souvenirs de Lennon, il était à la fois étonné et impressionné par les capacités musicales d’Elton, qui parvint à saisir instantanément l’essence du morceau tout en y ajoutant sa touche personnelle. Il se souvient avec émerveillement de la facilité avec laquelle Elton intégra son piano et ses harmonies vocales dans l’enregistrement, sans que la chanson perde son côté « brut », presque sauvage.

Elton, pour sa part, semblait avoir une vision claire du potentiel commercial de « Whatever Gets You Thru The Night ». Bien qu’il ne fût pas encore le monstre du show-business qu’il allait devenir dans les années suivantes, il avait une intuition incroyable pour repérer les tubes en devenir. Il n’hésita pas à dire à Lennon que ce morceau pourrait bien se hisser au sommet des charts. Cependant, Lennon, toujours quelque peu sceptique, accepta un pari de la part d’Elton : si le morceau atteignait la première place, il irait le rejoindre sur scène pour un concert à Madison Square Garden.

L’Inattendu Succès Commercial

Ce pari improbable prit une tournure étonnante lorsque « Whatever Gets You Thru The Night » se retrouva en tête des charts américains, propulsé par la popularité grandissante d’Elton John et le caractère irrésistible du morceau. En novembre 1974, le morceau évincera du sommet du Billboard You Ain’t Seen Nothing Yet de Bachman–Turner Overdrive, et restera en première position pendant une semaine.

Cependant, en Grande-Bretagne, la chanson n’eut pas le même impact. Elle n’atteignit que la 36e place des classements, ce qui témoigne une nouvelle fois des différences entre le marché musical américain et britannique, et de la manière dont Lennon et son œuvre étaient perçus à cette époque. Malgré ce succès relatif sur le sol britannique, la chanson se fit rapidement un nom dans l’histoire musicale en tant que l’un des plus grands succès commerciaux de Lennon en solo.

L’ironie du sort, bien sûr, réside dans le fait que Lennon, l’ancien membre des Beatles, n’avait jamais eu de numéro un aux États-Unis en solo avant cette chanson, alors qu’il avait été l’un des membres les plus célèbres du groupe. « Whatever Gets You Thru The Night » allait briser ce plafond de verre.

Un Concert Improbable à Madison Square Garden

Le pari était donc gagné, et John Lennon se retrouva bien obligé de tenir sa promesse. Le 28 novembre 1974, lors d’un concert organisé par Elton John à Madison Square Garden, Lennon monta sur scène pour interpréter « Whatever Gets You Thru The Night » aux côtés de son ami, mais également pour chanter des classiques des Beatles comme « Lucy In The Sky With Diamonds » et « I Saw Her Standing There ». Ce concert demeurera dans les mémoires comme un moment exceptionnel, une sorte de dernier hommage aux années 1960, à l’époque des Beatles, mais aussi à la carrière musicale impressionnante de deux des plus grandes icônes de la musique.

Un Single, une Réflexion et un Legs Musical

« Whatever Gets You Thru The Night » est un morceau de John Lennon qui, à première vue, pourrait sembler anodin dans le cadre de son œuvre. Pourtant, il représente bien plus qu’un simple tube à succès. C’est une chanson empreinte de doute, de recherche, mais aussi de plaisir. C’est aussi un témoignage de la capacité de Lennon à mélanger l’inattendu et le trivial, à transformer un simple moment de télévision en une chanson à la portée universelle.

En fin de compte, cette collaboration entre Lennon et Elton John, deux personnalités aux parcours et aux musiques radicalement différentes, incarne cette faculté de Lennon à se réinventer tout en restant fidèle à son essence. Il réussit à allier le désir de liberté artistique avec l’acceptation de ce qui pouvait fonctionner dans un monde musical en constante évolution. « Whatever Gets You Thru The Night » n’était pas seulement un hit : c’était un symbole d’adaptabilité et d’amitié musicale.

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