Catégories
L'actualité Beatles L’actualité Beatles en 2026

La statue de John Lennon de Penny Lane mise aux enchères : un monument devenu objet de collection

Installée depuis 2022 devant l’église St Barnabas, sur Penny Lane à Liverpool, la statue grandeur nature de John Lennon créée par Laura Lian sera mise aux enchères le 29 septembre 2026 par Omega Auctions. Estimée entre 70 000 et 100 000 livres sterling, cette sculpture en bronze représentant Lennon adossé à un symbole de paix est devenue en quelques années un véritable repère pour les visiteurs et les fans des Beatles. Une réplique devrait toutefois rester sur place après la vente.

Installée depuis quatre ans à quelques mètres de l’un des lieux les plus célèbres de la géographie des Beatles, la statue de John Lennon créée par Laura Lian va quitter Penny Lane. Le bronze sera proposé aux enchères le 29 septembre 2026 par Omega Auctions, avec une estimation comprise entre 70 000 et 100 000 livres. Une vente qui pose une question intéressante : à quel moment une œuvre d’art public consacrée aux Beatles devient-elle, à son tour, un objet de patrimoine ?

Un John Lennon de bronze bientôt vendu aux enchères

Pour les milliers d’admirateurs des Beatles qui se rendent chaque année à Liverpool, elle était devenue presque aussi familière que les plaques de rue de Penny Lane. Depuis août 2022, un John Lennon grandeur nature accueille les visiteurs devant l’église St Barnabas, à l’extrémité de cette artère entrée dans la mythologie populaire grâce aux Beatles.

Cette présence va prochainement changer de statut. La John Lennon Peace Statue, œuvre de la sculptrice britannique Laura Lian, sera proposée aux enchères le 29 septembre 2026 par la maison spécialisée Omega Auctions. L’estimation annoncée se situe entre 70 000 et 100 000 livres sterling, soit une somme qui traduit autant la valeur artistique de la sculpture que la dimension particulière acquise par celle-ci après plusieurs années passées dans l’espace public liverpuldien.

Le bronze mesure près de 1,80 mètre. Lennon y apparaît dans une attitude volontairement décontractée, appuyé contre un grand symbole de paix sur lequel figure le mot « Imagine ». La sculpture, recouverte d’une patine verte, repose sur une structure associant bronze et acier.

Laura Lian avait conçu l’œuvre dans le cadre d’une édition limitée à neuf bronzes. Sur le site consacré à son travail, l’artiste expliquait avoir voulu créer cette statue afin d’« inspirer la nouvelle génération » et de raviver la mission pacifiste portée par John Lennon et Yoko Ono.

Ce n’est donc pas uniquement une représentation supplémentaire de Lennon. Dès sa conception, l’œuvre entendait prolonger une partie très précise de son image publique : celle du Lennon de la fin des années 1960 et des années 1970, associé à Give Peace a Chance, Imagine et aux campagnes pacifistes menées avec Yoko Ono.

Une statue voyageuse avant son installation à Penny Lane

La sculpture n’a pas été créée spécialement pour l’endroit où elle se trouve aujourd’hui.

Avant son arrivée définitive — ou du moins ce qui semblait devoir le devenir — à Penny Lane, le Lennon de Laura Lian avait déjà connu une existence itinérante.

L’artiste mentionnait notamment des présentations au festival de Glastonbury, à St George’s Hall à Liverpool, à Londres, puis lors de l’exposition ARTZUID d’Amsterdam en 2021.

Cette circulation faisait partie du projet. La statue devait porter son message au-delà du seul cercle des collectionneurs et des galeries.

Son installation devant St Barnabas, en août 2022, lui a cependant donné une dimension nouvelle.

Elle devait initialement y demeurer seulement six mois. Quatre ans plus tard, elle est toujours là. Le caractère provisoire de l’opération s’est progressivement effacé et l’œuvre est devenue, presque accidentellement, un élément du paysage de Penny Lane.

C’est précisément ce phénomène que souligne Dan Muscatelli-Hampson, directeur d’Omega Auctions : selon lui, peu de nouveaux monuments associés aux Beatles à Liverpool sont devenus aussi rapidement reconnaissables. Des milliers de visiteurs se sont photographiés aux côtés de ce Lennon de bronze depuis son installation.

Voilà sans doute ce qui rend cette vente un peu différente d’une simple vacation consacrée aux souvenirs des Beatles.

Il ne s’agit pas d’un objet demeuré pendant des décennies dans une collection privée. Le bronze a déjà vécu dans l’espace public. Il figure sur les photographies de touristes, sur les réseaux sociaux, dans les récits de voyage et dans l’iconographie récente de Penny Lane.

En quelques années seulement, les visiteurs l’ont transformé en monument.

Penny Lane, un emplacement tout sauf anodin

L’endroit choisi pour accueillir John Lennon ne doit évidemment rien au hasard.

Penny Lane appartient à la cartographie intime de l’histoire des Beatles bien avant que la chanson portant son nom ne soit enregistrée.

Paul McCartney a raconté que le terminus d’autobus de Penny Lane constituait pour lui un point de passage lorsqu’il souhaitait rejoindre Lennon ou plusieurs de leurs amis. John et Paul connaissaient donc parfaitement les lieux évoqués quelques années plus tard dans la chanson. McCartney rappelle également qu’il avait chanté enfant dans la chorale de St Barnabas, précisément l’église devant laquelle se trouve aujourd’hui la statue.

Ce détail donne à son emplacement une profondeur historique particulière.

La statue d’un John Lennon des années 1970 se trouve ainsi à proximité immédiate d’un paysage appartenant à l’adolescence de Lennon et McCartney.

Et c’est là que l’installation devient plus intéressante qu’un simple décor destiné aux circuits touristiques consacrés aux Beatles.

« Penny Lane » : une mémoire commune de Lennon et McCartney

La chanson Penny Lane reste principalement une composition de Paul McCartney, mais elle puise dans une géographie que Lennon connaissait tout aussi intimement.

McCartney a raconté avoir composé le morceau dans sa maison londonienne de Cavendish Avenue, avant de travailler avec Lennon sur une partie des paroles. Il évoquait des « souvenirs d’enfance » encore relativement proches : une nostalgie de lieux et de personnages qu’ils avaient tous deux connus.

Enregistrée entre décembre 1966 et janvier 1967, Penny Lane fut publiée au Royaume-Uni le 17 février 1967, en double face A avec Strawberry Fields Forever.

L’association était extraordinaire.

D’un côté, McCartney transformait Penny Lane et ses personnages quotidiens en une miniature pop éblouissante. De l’autre, Lennon retournait vers Strawberry Field, autre lieu réel de son enfance liverpuldienne, pour en tirer un morceau autrement plus intérieur et fragmenté.

Le disque réunissait ainsi deux visions de Liverpool : celle, lumineuse et presque cinématographique de McCartney, et celle, beaucoup plus introspective, de Lennon.

Plus d’un demi-siècle plus tard, installer une statue de John Lennon à Penny Lane revenait donc, presque involontairement, à refermer ce cercle.

Une œuvre devenue victime de son exposition publique

Cette présence permanente dans la rue n’a cependant pas été sans conséquence.

En décembre 2022, quelques mois seulement après son installation devant St Barnabas, la sculpture fut endommagée. Les lunettes en bronze portées par Lennon furent notamment dérobées.

L’incident rappelle une réalité souvent oubliée lorsque l’on parle des monuments liés aux Beatles : leur popularité les expose.

Liverpool vit avec l’héritage du groupe d’une manière que peu de villes connaissent avec un artiste populaire. Les maisons d’enfance, les anciens clubs, les plaques de rue, les sculptures et les lieux évoqués dans les chansons ne sont plus seulement des sites historiques. Ils sont devenus des destinations visitées par un public international.

La statue de Laura Lian s’est insérée dans cette géographie déjà extrêmement dense.

Elle n’a pourtant que quelques années.

C’est peut-être ce qui constitue l’un des aspects les plus remarquables de son histoire : là où certains lieux ont nécessité plusieurs décennies pour acquérir leur statut patrimonial, ce Lennon appuyé sur son symbole de paix s’est imposé presque immédiatement dans l’imaginaire touristique contemporain de Penny Lane.

Laura Lian et la volonté de prolonger le message pacifiste de Lennon

La vente intervient également dans un contexte particulier puisque Laura Lian est morte en 2024.

Pour la sculptrice, la ressemblance physique avec Lennon n’était pas le seul enjeu. La présence du symbole de paix et du mot Imagine constituait le véritable programme de l’œuvre.

Sur son propre site, Lian résumait ainsi son intention : elle souhaitait « inspirer la nouvelle génération » et « raviver la mission de paix de John et Yoko ».

Cette volonté explique probablement pourquoi la sculpture représente Lennon sous les traits de l’homme des années 1970 et non du Beatle en costume sombre du début des années 1960.

Le Lennon choisi par Laura Lian est celui qui a déjà quitté le cadre du groupe. Un Lennon en jeans et cheveux longs, devenu une figure politique et culturelle indépendante des Beatles.

Mais l’installation à Penny Lane produit un curieux télescopage des époques : le Lennon adulte d’Imagine retourne symboliquement dans le quartier où Lennon et McCartney prenaient autrefois leurs autobus.

Ce rapprochement entre les deux périodes explique sans doute une partie de la force de l’œuvre.

La statue disparaîtra-t-elle de Penny Lane ?

C’était évidemment la principale inquiétude que pouvait provoquer l’annonce de la vente.

La réponse donnée pour l’instant est rassurante : non.

Omega Auctions indique qu’après la vente du bronze actuellement exposé, une réplique doit prendre sa place devant St Barnabas. Penny Lane ne devrait donc pas perdre cette silhouette désormais familière.

La distinction aura toutefois son importance.

Le Lennon avec lequel les visiteurs se sont photographiés depuis 2022 deviendra un objet privé — sauf si son futur propriétaire décide de l’exposer publiquement — tandis qu’une reproduction poursuivra sa fonction de monument à Liverpool.

Ce passage du domaine public vers le marché de l’art est assez singulier.

Car l’estimation de 70 000 à 100 000 livres ne concerne plus seulement une sculpture en bronze représentant John Lennon. Elle concerne désormais la statue de Penny Lane, c’est-à-dire un objet auquel son histoire récente a ajouté une provenance immédiatement identifiable.

Et dans le monde des objets liés aux Beatles, cette provenance compte énormément.

Quand le patrimoine des Beatles continue de se construire

Plus de soixante ans après l’explosion de la Beatlemania, l’histoire matérielle des Beatles ne cesse de s’enrichir.

Il existe bien sûr les objets historiques : instruments, manuscrits, vêtements, contrats, bandes d’enregistrement, affiches ou photographies provenant directement des années 1960.

Mais une autre catégorie apparaît progressivement : celle des objets créés après les Beatles et qui, par leur usage, leur emplacement ou leur fréquentation, finissent eux-mêmes par intégrer l’histoire du groupe.

La statue de Laura Lian appartient déjà à cette seconde catégorie.

Elle n’a aucun lien matériel avec John Lennon. Lennon ne l’a évidemment jamais vue. Elle ne provient ni d’Abbey Road, ni de Kenwood, ni du Dakota, ni d’une scène sur laquelle les Beatles se seraient produits.

Et pourtant, après seulement quatre années passées à Penny Lane, elle possède déjà sa propre histoire Beatles.

C’est précisément ce qui rend la vente du 29 septembre intéressante au-delà du chiffre annoncé par Omega Auctions.

La mise aux enchères permettra certes de savoir combien un collectionneur est prêt à débourser pour acquérir ce bronze monumental. Mais elle permettra aussi de mesurer la vitesse avec laquelle de nouveaux objets continuent d’entrer dans le patrimoine culturel entourant les Beatles.

Dans une ville où Lennon et McCartney attendaient autrefois simplement leur autobus, l’Histoire a décidément pris l’habitude de laisser des traces partout.

Et parfois, ces traces finissent elles aussi chez le commissaire-priseur.

JE M'ABONNE A LA NEWSLETTER

Envie de ne rien manquer des Beatles et de Yellow-Sub ? Abonnez-vous à la newsletter et recevez nos actus, offres et information concours
JE M'ABONNE
Garantie sans SPAM ! Conformité RGPD.
Quitter la version mobile