| L’événement | Le 3 août 1971, McCartney présente à la presse la formation de son nouveau groupe |
| Le détail que tout le monde manque | Ce jour-là, le groupe n’a pas encore de nom. « Wings » n’arrive que le 13 septembre 1971 |
| Formation d’origine | Paul McCartney (chant, basse), Linda McCartney (claviers, chœurs), Denny Laine (guitare, chant), Denny Seiwell (batterie) |
| Noyau permanent | Les McCartney et Denny Laine, de 1971 à 1981 — dix ans sans interruption |
| Rotation | Trois guitaristes solistes, quatre batteurs |
| Premier album | Wild Life, décembre 1971, enregistré en huit jours |
| Premier concert | Université de Nottingham, 9 février 1972, entrée à 50 pence collectés dans un seau |
| Consécration | Band on the Run (1973), Grammy 1975, n° 1 des deux côtés de l’Atlantique |
| Apogée scénique | Kingdome de Seattle, 10 juin 1976, 67 053 spectateurs |
| Ventes | Plus de 22 millions d’albums |
| Fin | Départ de Denny Laine en avril 1981 ; séparation confirmée par McCartney en 1982 |
Sommaire
Le contresens fondateur
Il faut commencer par corriger la phrase que reprennent, chaque 3 août, des dizaines de sites anglophones et francophones : « ce jour-là, Paul McCartney a annoncé la formation de Wings ».
C’est inexact, et l’inexactitude est intéressante.
Le 3 août 1971, McCartney convoque effectivement la presse et lui présente la composition de son nouveau groupe : lui-même, sa femme Linda, l’ancien guitariste et chanteur des Moody Blues Denny Laine, et le batteur américain Denny Seiwell. Il annonce une formation, un projet, une méthode. Il n’annonce aucun nom, pour la simple raison qu’il n’en a pas encore trouvé.
Le nom viendra six semaines plus tard, le 13 septembre 1971, dans un couloir d’hôpital londonien, pendant l’accouchement difficile de Linda — dont naîtra Stella McCartney. La presse britannique ne le découvrira qu’au début du mois d’octobre : le New Musical Express du 2 octobre 1971 et le Melody Maker du 9 octobre annoncent, à quelques jours d’intervalle, que le groupe de Paul McCartney s’appellera Wings.
Entre les deux dates, il y a eu deux mois d’un groupe existant, répétant, enregistrant un album entier — et sans nom.
Cette anomalie n’est pas une anecdote. Elle dit exactement ce qu’a été Wings dans son premier état : un objet fabriqué à l’envers, la musique avant l’identité, le travail avant l’étiquette. C’est le contraire absolu de ce qu’aurait fait un manager. C’est aussi, pour une bonne part, la raison pour laquelle le projet a été si mal compris pendant deux ans.
Où en est McCartney à l’été 1971
Pour mesurer ce que représente le 3 août 1971, il faut se rappeler d’où il vient. Non pas des Beatles en général, mais des dix-huit mois précis qui précèdent.
Le pire moment de sa vie
La séparation des Beatles n’est pas un événement, c’est une hémorragie. McCartney quitte le groupe dans sa tête à l’automne 1969 ; l’annonce publique intervient le 10 avril 1970, sous la forme d’un questionnaire promotionnel joint à son premier album solo — procédé que Lennon, qui avait annoncé son propre départ en privé dès septembre 1969, considérera toujours comme une trahison.
Suit une année de dépression documentée. Réfugié dans sa ferme d’Écosse, à High Park près de Campbeltown, dans la péninsule de Kintyre, McCartney boit, ne se rase plus, ne se lève plus. Il le racontera lui-même, des décennies plus tard, sans enjoliver : il n’avait plus de raison de se lever le matin. À trente ans moins deux ans, l’homme qui avait écrit « Yesterday » n’avait plus de groupe, plus de métier et plus de nom d’artiste utilisable.
La bataille juridique
Le 31 décembre 1970, McCartney assigne les trois autres Beatles devant la High Court de Londres pour obtenir la dissolution de la société qui les liait. C’est le geste le plus impopulaire de sa carrière, et le seul moyen dont il disposait pour échapper à la gestion d’Allen Klein, imposé par les trois autres et auquel il s’était toujours opposé.
Le 12 mars 1971, le tribunal lui donne raison et nomme un administrateur judiciaire. Il a gagné. Il est aussi devenu, dans l’imaginaire public, celui qui a tué les Beatles. Les trois autres ne lui pardonneront pas avant des années.
Deux disques pour tenir debout
Entre-temps, McCartney a publié deux albums.
McCartney, sorti le 17 avril 1970, est enregistré seul, chez lui et dans des studios loués sous un faux nom, sur un quatre-pistes. Paul y joue tout. C’est un disque de bricolage revendiqué, souvent inachevé, qui contient « Maybe I’m Amazed ». La critique de l’époque le démolit.
Ram, crédité à Paul et Linda McCartney, paraît en mai 1971. Enregistré à New York entre octobre 1970 et mars 1971, il est cette fois joué par de vrais musiciens de studio : Denny Seiwell à la batterie, David Spinozza puis Hugh McCracken aux guitares. La critique le démolit également, avec une violence particulière — c’est l’album que Lennon prendra pour cible dans « How Do You Sleep? » quelques mois plus tard.
Le temps a renversé les deux verdicts, Ram étant aujourd’hui considéré comme l’un des sommets du catalogue solo. Mais en août 1971, McCartney n’a que le verdict de 1971.
La guerre par disques interposés
Il faut avoir cette dimension en tête pour comprendre l’humeur du 3 août 1971. Lennon et McCartney se répondent alors publiquement, par chansons. Ram contient des allusions que Lennon prend pour lui. Imagine, publié en septembre 1971, contient « How Do You Sleep? », attaque frontale, et sa pochette intérieure comporte une photographie parodique de celle de Ram.
Wings naît donc dans un climat de règlement de comptes public, avec une presse musicale britannique très majoritairement acquise à Lennon, considéré comme l’artiste sérieux, contre McCartney, ramené au rôle de faiseur de chansons commerciales.
C’est dans ce contexte que McCartney décide de monter un groupe qui jouera dans des salles de restaurant universitaire.
Le recrutement : quatre décisions, dont une incompréhensible
Denny Seiwell : l’audition dans une cave
L’histoire est devenue légendaire dans le milieu des musiciens de studio new-yorkais. À l’automne 1970, McCartney cherche un batteur pour Ram. Seiwell, session-man réputé, reçoit une convocation à une adresse de Manhattan. Il découvre un local en sous-sol, mal éclairé, à peu près vide, avec une batterie au milieu.
On lui demande simplement de jouer. Seul. Sans consigne. Il joue, comprend qu’on écoute autre chose que sa technique — sa personnalité rythmique, sa manière d’occuper l’espace — et obtient le poste. Il ne saura que plus tard pour qui il auditionnait.
Fin juin 1971, après la sortie de Ram, McCartney lui propose de passer du statut de musicien de séance à celui de membre d’un groupe. Seiwell accepte.
Hugh McCracken dit non
McCartney fait la même proposition à Hugh McCracken, le guitariste de Ram. McCracken décline, invoquant ses engagements de session et sa famille. Le refus est décisif : il oblige McCartney à chercher un guitariste ailleurs, et donc à ne pas simplement prolonger l’équipe de Ram.
Il faut mesurer ce que ce refus a évité. Sans lui, pas de Denny Laine — c’est-à-dire pas de deuxième voix, pas de deuxième compositeur, pas de « Mull of Kintyre », et probablement pas de groupe capable de durer dix ans.
Denny Laine : l’homme de « Go Now »
Né Brian Frederick Hines le 29 octobre 1944, Denny Laine avait été la première voix des Moody Blues, celle de « Go Now », n° 1 britannique en janvier 1965. Il avait quitté le groupe en 1966, avant que celui-ci ne devienne le monument symphonique que l’on sait, et avait ensuite promené son talent dans une série de projets qui n’avaient jamais décollé : l’Electric String Band, Balls, un passage chez Ginger Baker’s Air Force.
McCartney le connaissait depuis le milieu des années 1960 — les Beatles et les Moody Blues s’étaient croisés en tournée. À la mi-juillet 1971, il l’appelle. Laine était en train de préparer un album solo ; il abandonne le projet et accepte.
C’est l’engagement le plus important de l’histoire du groupe. Laine restera dix ans, traversera toutes les crises, écrira ou coécrira plusieurs titres majeurs, chantera des morceaux entiers, jouera de la guitare, de la basse et des claviers selon les besoins. Il est mort le 5 décembre 2023, à soixante-dix-neuf ans.
Linda McCartney : la décision qui a coûté le plus cher
Le quatrième membre n’était pas musicienne. Linda Eastman, photographe américaine de talent, avait documenté la scène rock new-yorkaise avant d’épouser McCartney le 12 mars 1969. Elle ne savait pas jouer des claviers. Paul le lui a appris.
Le raisonnement de McCartney était simple et il ne s’en est jamais caché : il ne voulait pas être séparé de sa femme pendant les tournées, et il ne voulait pas d’une vie où la musique se ferait ailleurs que dans la famille. Le prix à payer serait esthétique et médiatique.
Il a été colossal. Pendant dix ans, Linda McCartney a concentré une hostilité critique disproportionnée, souvent teintée de misogynie ordinaire. Des enregistrements de sa piste vocale isolée ont circulé en bootleg pour se moquer d’elle. Des critiques de premier plan ont fait de sa présence l’argument central contre le groupe.
Le recul a beaucoup changé la lecture. Deux choses sont vraies simultanément : Linda McCartney n’avait pas le niveau instrumental des musiciens qui l’entouraient, et sa présence a défini l’identité sonore et humaine de Wings — les chœurs de « Silly Love Songs », la couleur d’orgue de Venus and Mars, et surtout la cohésion d’un groupe qui était d’abord une famille en tournée. Elle est morte le 17 avril 1998.
Juillet 1971 : Rude Studio, et un groupe qui se cache
Les répétitions écossaises
Le 22 juillet 1971, les quatre musiciens se retrouvent à High Park, la ferme de McCartney en Écosse, dans le studio rudimentaire qu’il y avait installé et qu’il avait baptisé, avec l’autodérision qui convenait, Rude Studio.
Les répétitions durent quelques jours. Le groupe défriche des titres restés des séances de Ram — « Tomorrow », « I Am Your Singer » — et de nouvelles chansons écrites sur place, dont « Bip Bop » et « Wild Life ».
Sam Browne à Abbey Road
Le 24 juillet 1971, le groupe descend à Londres et entre aux studios EMI d’Abbey Road. Pour échapper à la presse, les séances sont réservées sous un pseudonyme : Sam Browne.
Le détail est plus qu’anecdotique. McCartney, qui avait passé sept ans dans ce bâtiment sous la protection d’une machine de communication redoutablement efficace, y revenait sous un faux nom, avec un groupe sans nom, pour enregistrer un disque que personne n’attendait. C’est une image assez exacte de ce qu’était sa position à l’été 1971.
Huit jours
L’album est enregistré du 25 juillet au 2 août 1971. Huit jours. La méthode est délibérée : McCartney a lu que Bob Dylan avait bouclé New Morning en quelques jours, et il en tire une doctrine. On enregistre la première prise. On ne corrige pas. On garde l’erreur si elle est vivante.
Cinq des huit titres du disque sont des premières prises. L’ingénieur du son est Tony Clark, assisté d’un jeune homme appelé Alan Parsons, qui allait faire parler de lui.
Et c’est le lendemain de la fin de ces séances, le 3 août 1971, que McCartney convoque la presse. Il n’annonce pas un projet : il annonce un groupe qui a déjà un album dans la boîte. La chronologie est essentielle. McCartney ne demandait pas la permission ; il constatait un fait accompli.
Le nom : des Dazzlers à Wings
Turpentine, et la lettre du vieux monsieur
L’anecdote a été racontée par McCartney lui-même à plusieurs reprises, et elle est trop belle pour être résumée sèchement.
Le groupe cherche un nom pendant l’été 1971. Parmi les courriers reçus figure la lettre d’un vieux monsieur d’Écosse qui, ayant lu que McCartney cherchait un nom, en propose un : The Dazzlers. McCartney reconnaîtra qu’ils ont failli le prendre, avec les vestes à paillettes assorties.
Jugeant l’ensemble trop clinquant, ils s’orientent vers quelque chose de plus rugueux et retiennent Turpentine — térébenthine. McCartney écrit au vieux monsieur pour l’en informer. Réponse de l’intéressé, d’une justesse assassine : la térébenthine sert à décaper la peinture.
Le groupe renonce.
13 septembre 1971
Le nom définitif ne vient pas d’une réunion. Il vient d’un accouchement.
Le 13 septembre 1971, Linda met au monde leur fille Stella dans des conditions difficiles. McCartney a raconté dans le documentaire Wingspan qu’il y avait eu des complications, que la mère et l’enfant avaient été en danger, et que, priant dans le couloir de l’hôpital, l’image d’ailes s’était imposée à lui.
Le groupe s’appellera Wings.
On peut trouver l’histoire trop parfaite. Elle a l’avantage d’expliquer une chose que le seul marketing n’expliquerait pas : pourquoi McCartney a tenu, pendant dix ans et contre l’évidence commerciale, à ce que ce groupe soit une affaire de famille.
La révélation à la presse
Le nom parvient aux journaux au début du mois d’octobre 1971. Le New Musical Express du 2 octobre annonce que la formation — McCartney, Linda McCartney, Denny Laine et le batteur américain Denny Seiwell — se nommera Wings, et qu’un album paraîtra en novembre. Le Melody Maker du 9 octobre reprend l’information et précise que le groupe répète en vue d’apparitions scéniques.
Deux mois se sont écoulés depuis l’annonce du 3 août.
Wild Life : le disque qu’on a jeté
Une sortie mal préparée
Wild Life paraît en décembre 1971 — les sources divergent sur le jour exact, certaines retenant le 3 décembre au Royaume-Uni et le 7 décembre aux États-Unis, d’autres avançant des dates de novembre. C’est le premier disque crédité à Wings.
Huit titres. Un instrumental d’ouverture qui démarre sur une prise en cours, avec un cri de Paul demandant qu’on lance la bande. Une comptine assumée. Une reprise de Mickey & Sylvia traitée dans un tempo lent proche du reggae. Un morceau-titre de plus de six minutes, plaidoyer écologique livré d’une voix hurlée. Et, en clôture, « Dear Friend », adressé à Lennon, d’une tristesse qui désamorce toute la polémique du moment.
Le massacre critique
La réception est brutale. Les mêmes reproches reviennent : bâclé, paresseux, indigne. La pochette, une photographie du groupe dans un décor champêtre, n’aide pas. Et le disque arrive alors que Imagine trône encore dans les esprits.
Commercialement, le résultat est honorable sans plus : onzième place au Royaume-Uni, dixième aux États-Unis. Pour un ex-Beatle en 1971, c’est un échec.
Ce qu’on entend cinquante-cinq ans plus tard
La réévaluation a commencé dans les années 1990 et s’est accélérée avec la réédition de 2018. Elle ne consiste pas à prétendre que Wild Life est un grand disque : il ne l’est pas. Elle consiste à comprendre ce qu’il cherchait.
McCartney y tente une chose précise : capter le son d’un groupe qui vient de se former, avec ses hésitations, avant que le métier ne le lisse. C’est un pari de vérité documentaire, exactement inverse à la méthode qu’il avait pratiquée sur Sgt. Pepper. Le pari échoue parce que le groupe n’a pas encore de langage commun — il faut deux ans à des musiciens pour en construire un — mais l’intention est cohérente, et « Dear Friend » suffirait à sauver n’importe quel album.
1972 : apprendre en public
L’année 1972 est la plus étrange de l’histoire du groupe, et la plus décisive. Wings n’y publie aucun album. Il publie trois singles, dont deux sont interdits d’antenne, et il apprend à jouer devant des gens.
Henry McCullough, cinquième homme
En janvier 1972, un guitariste rejoint la formation : Henry McCullough, Nord-Irlandais, ancien du Grease Band de Joe Cocker, passé par Woodstock. C’est un soliste de blues à l’ancienne, rugueux, imprévisible, très éloigné de la politesse harmonique de McCartney.
Son arrivée transforme Wings d’un quatuor en quintette et lui donne enfin ce qui lui manquait : un guitariste capable de contredire le chef.
« Give Ireland Back to the Irish »
Le 30 janvier 1972, à Derry, des parachutistes britanniques ouvrent le feu sur une manifestation pour les droits civiques. Quatorze civils meurent. C’est le Bloody Sunday.
Le 1er février, McCartney convoque le groupe à Abbey Road et enregistre une chanson de protestation au titre sans ambiguïté. Le single paraît le 25 février 1972.
La BBC, Radio Luxembourg et l’autorité de régulation de la télévision indépendante l’interdisent d’antenne. Certains programmes le mentionnent en n’annonçant que « un disque de Wings ». Le titre atteint tout de même la seizième place au Royaume-Uni, la vingt et unième aux États-Unis, et la première place en Irlande et en Espagne.
C’est le premier engagement politique frontal de McCartney, et il est important de dire pourquoi il compte : l’homme réputé inoffensif, le mélodiste de service, celui que Lennon accusait publiquement de ne rien avoir à dire, prend position dans l’affaire la plus explosive du royaume, six semaines après une tuerie, et se fait interdire.
Le récit courant selon lequel le groupe aurait « gagné en traction » grâce à ce single est donc à manier avec précaution : commercialement, il a surtout coûté cher.
La tournée des universités
Du 2 au 7 février 1972, Wings répète à l’Institute of Contemporary Arts de Londres. Puis le groupe monte dans une camionnette et part sur les routes, sans itinéraire fixe.
Le 9 février 1972, il se présente à l’université de Nottingham et demande à jouer. Le principe, répété dans une dizaine d’établissements jusqu’au 23 février, est toujours le même : on arrive sans prévenir, on négocie avec le responsable du bureau des étudiants, on joue le soir même dans le réfectoire ou la salle des fêtes, et on fait passer un seau à l’entrée pour collecter cinquante pence par personne.
Deux règles absolues, imposées par McCartney :
- Aucune chanson des Beatles. Pas une seule. Le groupe joue le répertoire de Wild Life, des reprises de rock and roll et des morceaux en cours d’écriture.
- Aucune annonce préalable. Ni affiche, ni presse, ni promotion.
C’est le geste le plus radical de toute la carrière post-Beatles de McCartney, et le plus incompris à l’époque. Il aurait pu remplir Wembley le soir même. Il a choisi de jouer devant deux cents étudiants pour un salaire dérisoire, afin que son groupe apprenne à jouer ensemble sans filet.
McCartney a lui-même comparé cette période aux nuits de Hambourg de 1960-1962 : le même principe de forge par la répétition, la même volonté de bâtir une réputation à partir de rien.
Les autres singles, les autres interdictions
Le 12 mai 1972 paraît « Mary Had a Little Lamb », mise en musique de la comptine anglaise. Le morceau atteint la neuvième place britannique et vaut à McCartney un torrent de moqueries — on y voit une provocation puérile après l’interdiction du single irlandais. C’était peut-être exactement l’intention.
Du 9 juillet au 24 août 1972, Wings effectue une tournée européenne d’une vingtaine de dates, en autobus à impériale, avec les enfants et les chiens à bord. Le groupe se fait arrêter à Göteborg, en Suède, le 10 août, pour possession de cannabis. Une autre affaire, née d’une plantation découverte sur la ferme écossaise, aboutira à une condamnation devant le tribunal de Campbeltown.
Le 1er décembre 1972 paraît « Hi, Hi, Hi ». La BBC l’interdit à son tour, pour des raisons cette fois strictement morales. Le disque atteint la cinquième place britannique.
Bilan de l’année : deux interdictions d’antenne, deux affaires de stupéfiants, aucun album — et un groupe qui, pour la première fois, sait jouer.
1973 : l’année qui change tout
Si le 3 août 1971 est la date de naissance, 1973 est la date de légitimation. En douze mois, Wings passe du statut d’expérience surveillée à celui de groupe majeur.
Red Rose Speedway et « My Love »
L’album paraît le 30 avril 1973 aux États-Unis et le 4 mai au Royaume-Uni. Changement de signature : le disque est crédité à Paul McCartney and Wings, et non plus à Wings seul.
Le glissement n’est pas anodin, et il a été âprement discuté à l’intérieur du groupe. C’était une concession commerciale à une maison de disques qui jugeait le nom Wings insuffisamment vendeur. C’était aussi, du point de vue des autres membres, un démenti à la promesse d’un groupe démocratique.
Le résultat commercial donne raison aux commerciaux : premier aux États-Unis, cinquième au Royaume-Uni. Le single « My Love », ballade portée par un solo de guitare improvisé par Henry McCullough en pleine prise, occupe la première place américaine pendant quatre semaines. Sur le plan artistique, le disque reste mineur — le projet de double album, plus ambitieux, avait été raboté par la maison de disques.
James Paul McCartney, l’émission
Le 16 avril 1973 aux États-Unis, le 10 mai au Royaume-Uni, une émission spéciale d’une heure présente McCartney et son groupe dans une série de tableaux, du pub de Liverpool à la comédie musicale. L’accueil est mitigé, mais l’objet a une fonction précise : réinstaller McCartney comme personnalité télévisuelle indépendante des Beatles.
« Live and Let Die »
Le 1er juin 1973 paraît ce qui reste sans doute le titre le plus spectaculaire du groupe.
Chargé d’écrire la chanson-titre du huitième film de James Bond, McCartney lit le roman de Ian Fleming un week-end et compose le morceau dans la foulée. Il exige que sa version soit utilisée telle quelle, ce que les producteurs acceptent après quelques réticences. L’arrangement orchestral est signé George Martin — première collaboration entre les deux hommes depuis les Beatles, et retrouvailles qui compteront pour la suite.
Le morceau est une construction hybride : ballade au piano, explosion orchestrale, incise en tempo latin, retour au thème. Rien de comparable n’existait dans le répertoire de la série.
Résultat : deuxième place américaine, neuvième britannique, et la première nomination à l’Oscar de la meilleure chanson originale jamais obtenue par un thème de James Bond. George Martin obtient un Grammy pour son arrangement.
La double démission de Lagos
L’été 1973 devait consacrer le quintette. Il le détruit.
Henry McCullough quitte le groupe après un affrontement en répétition, sur une partie de guitare que McCartney voulait lui dicter note à note. Le mode de fonctionnement du chef — écrire les parties des autres — était incompatible avec un soliste de son tempérament.
Puis, alors que le groupe doit s’envoler pour Lagos afin d’y enregistrer, Denny Seiwell appelle la veille du départ pour annoncer qu’il ne viendra pas. Les griefs sont financiers autant qu’artistiques.
McCartney se retrouve, à quarante-huit heures d’un enregistrement à l’autre bout du monde, avec un groupe réduit à trois personnes : lui, Linda, et Denny Laine.
Il part quand même.
Band on the Run
Le choix du Nigeria relevait de l’exotisme mal renseigné : McCartney avait consulté la liste des studios EMI dans le monde et choisi Lagos sans se renseigner davantage. Il y découvre un pays sous régime militaire, en pleine saison des pluies, et un studio inachevé.
Trois épisodes ont fait la légende du disque, et ils sont tous documentés.
L’agression. Les McCartney, sortis à pied un soir malgré les avertissements, sont attaqués au couteau. On leur prend un sac contenant des cassettes de démonstration et des paroles manuscrites. Tout l’album devra être reconstruit de mémoire. Les agresseurs, apprendra-t-on, les avaient épargnés en reconnaissant des étrangers — un Nigérian aurait pu les identifier.
L’effondrement. Le lendemain ou presque, McCartney s’écroule en studio, incapable de respirer. Diagnostic : bronchospasme, aggravé par le tabac et l’épuisement. Il refuse d’interrompre les séances.
Fela Kuti. Le musicien nigérian, figure de l’afrobeat, débarque au studio pour accuser McCartney de venir voler la musique africaine. McCartney lui fait écouter les bandes pour prouver qu’aucun élément local n’y figure. L’accusation était infondée sur le fond mais légitime dans son principe, et l’épisode reste un des rares moments où McCartney a dû se justifier politiquement en face à face.
Il faut y ajouter une réalité pratique : à trois, McCartney joue la basse, la batterie, une grande partie des guitares et des claviers. Denny Laine tient les guitares restantes. Linda assure les claviers et les chœurs. L’album le plus célébré du groupe est donc, techniquement, le moins collectif.
Les cordes sont ajoutées à Londres, aux studios AIR de George Martin. L’ingénieur du son est Geoff Emerick, celui de Revolver et de Sgt. Pepper.
L’album paraît le 30 novembre 1973 aux États-Unis et le 7 décembre au Royaume-Uni. Il démarre lentement. Puis les singles « Jet » et « Band on the Run » le propulsent à la première place des deux côtés de l’Atlantique. Il obtient deux Grammy Awards en 1975, dont celui de la meilleure prestation vocale pop pour un groupe et celui du meilleur enregistrement pour Emerick.
La pochette, photographiée par Clive Arrowsmith, met en scène le trio en tenue de bagnards saisis par un projecteur, entourés de six personnalités britanniques : l’animateur Michael Parkinson, le chanteur Kenny Lynch, l’acteur James Coburn, l’acteur Christopher Lee, l’écrivain et parlementaire Clement Freud et le boxeur John Conteh.
C’est le disque qui règle la question. Après Band on the Run, plus personne ne demande si McCartney peut exister sans les Beatles.
1974-1976 : la démesure
Jimmy McCulloch et Geoff Britton
Le succès impose de reconstituer un vrai groupe. Deux recrues arrivent en 1974.
Jimmy McCulloch, guitariste écossais, vingt et un ans à son arrivée, avait joué le riff de « Something in the Air » de Thunderclap Newman à seize ans. C’est un soliste de très haut niveau, au caractère difficile, dont la consommation d’alcool et de drogues pèsera sur l’ambiance.
Geoff Britton, batteur, est recruté au terme d’auditions ouvertes. Karatéka, non-fumeur, abstinent, il s’intègre mal à un groupe qui ne l’est pas.
Le premier fruit de cette formation est « Junior’s Farm », enregistré à Nashville et publié en novembre 1974, avec en face B un morceau country, « Sally G », qui entrera lui aussi dans les classements américains.
Venus and Mars et La Nouvelle-Orléans
Début 1975, le groupe s’installe à La Nouvelle-Orléans pour enregistrer aux studios Sea-Saint. Geoff Britton quitte le groupe en cours de séances ; il est remplacé par un batteur américain, Joe English.
Venus and Mars paraît le 27 mai 1975 et se classe premier aux États-Unis comme au Royaume-Uni. Le single « Listen to What the Man Said » atteint la première place américaine.
Wings at the Speed of Sound : la démocratie affichée
Publié le 25 mars 1976, l’album applique littéralement le principe du groupe : chacun des cinq membres y chante un titre en solo. Linda chante une chanson de cuisine, Denny Laine et Jimmy McCulloch ont chacun la leur, Joe English également.
Le procédé a été moqué à l’époque comme un alibi. Il en dit pourtant long sur l’obsession de McCartney : prouver, disque après disque, que Wings n’était pas son orchestre d’accompagnement.
L’album se classe premier aux États-Unis. Il contient « Silly Love Songs », réponse ironique et assumée à tous ceux — Lennon en tête — qui reprochaient à McCartney d’écrire des bluettes : le morceau, qui plaide pour le droit à la chanson d’amour, occupe cinq semaines la première place américaine et devient le single le plus vendu de l’année aux États-Unis. Il contient également « Let ‘Em In ».
Wings Over the World, 1975-1976
La tournée commence le 9 septembre 1975 à Southampton et s’achève le 21 octobre 1976 à Wembley. Entre les deux : le Royaume-Uni, l’Australie, l’Europe et, à partir de mai 1976, les États-Unis — le premier retour de McCartney sur scène en Amérique depuis les Beatles, dix ans plus tôt.
Le 10 juin 1976, Wings joue au Kingdome de Seattle devant 67 053 spectateurs, alors record d’affluence pour un concert en salle couverte.
C’est là que le pari du 3 août 1971 trouve sa démonstration. Le groupe qui jouait pour cinquante pence dans un réfectoire de Nottingham quatre ans plus tôt remplit un stade couvert américain. Et il le fait avec son propre répertoire : McCartney a fini par réintroduire quelques titres des Beatles dans les concerts de 1975-76, mais l’ossature du spectacle est constituée du catalogue Wings.
Le triple album Wings Over America, publié le 10 décembre 1976, en conserve la trace. Il se classe premier aux États-Unis.
1977-1979 : le sommet, puis l’érosion
« Mull of Kintyre »
Le 11 novembre 1977 paraît un single que personne, dans l’industrie, ne voyait venir : une valse écossaise à trois temps, coécrite par McCartney et Denny Laine, célébrant la péninsule où se trouve la ferme de High Park, avec la participation du Campbeltown Pipe Band.
Le disque reste neuf semaines en tête au Royaume-Uni et devient le premier single de l’histoire britannique à dépasser les deux millions d’exemplaires, battant le record détenu jusque-là par les Beatles eux-mêmes.
C’est aussi le seul n° 1 britannique de toute la carrière de Wings — paradoxe savoureux pour un groupe qui a placé six titres au sommet des classements américains.
Aux États-Unis, en revanche, la cornemuse ne prend pas : c’est la face B, « Girls’ School », qui est promue, et elle échoue.
London Town et les départs
En septembre 1977, Jimmy McCulloch et Joe English quittent le groupe. McCulloch rejoint une reformation des Small Faces ; English rentre aux États-Unis.
London Town, publié le 31 mars 1978, avait été enregistré pour partie à bord d’un yacht ancré dans les îles Vierges, dispositif coûteux qui n’a pas produit le disque libre qu’on en espérait. L’album se classe deuxième aux États-Unis et contient « With a Little Luck », n° 1 américain.
C’est un bon disque de métier, poli, un peu absent. Le trio de base y est de nouveau seul aux commandes.
Back to the Egg et le Rockestra
McCartney reconstitue un quintette avec le guitariste Laurence Juber et le batteur Steve Holley, et engage un producteur extérieur, Chris Thomas, pour la première fois de l’histoire du groupe.
Back to the Egg, publié le 8 juin 1979, cherche à raccrocher l’énergie du moment — le punk et la new wave ont tout balayé depuis deux ans. La tentative est sincère et l’accueil est froid.
L’album contient pourtant l’un des gestes les plus démesurés de la décennie : le Rockestra, orchestre de rock réuni à Abbey Road le 3 octobre 1978, avec entre autres Pete Townshend, David Gilmour, Hank Marvin, John Bonham, Kenney Jones, John Paul Jones, Ronnie Lane et Gary Brooker. Le « Rockestra Theme » obtiendra un Grammy en 1980.
Le 29 décembre 1979, Wings donne son dernier concert britannique au Hammersmith Odeon, dans le cadre des concerts au bénéfice du peuple cambodgien, en refermant la soirée par une reformation du Rockestra sur scène.
Personne ne sait alors que c’est la fin.
1980-1981 : la chute
Tokyo, 16 janvier 1980
Wings devait effectuer une tournée japonaise de onze dates. À l’arrivée à l’aéroport de Narita, la douane découvre environ deux cent vingt grammes de cannabis dans les bagages de McCartney.
Il est incarcéré neuf jours. La tournée est annulée, les organisateurs subissent des pertes considérables, et le groupe rentre en Europe humilié. McCartney a reconnu par la suite avoir agi avec une insouciance stupéfiante.
Wings ne remontera plus jamais sur scène.
McCartney II
Le 16 mai 1980 paraît un album solo enregistré seul à la maison, sur bandes, avec des synthétiseurs et des boîtes à rythmes. C’est un disque expérimental, déroutant, aujourd’hui très réévalué par la scène électronique.
Pour Wings, c’est un signal clair : le chef est parti travailler ailleurs.
La mort de Jimmy McCulloch
Le 27 septembre 1979, Jimmy McCulloch avait été retrouvé mort à son domicile londonien, à vingt-six ans. La disparition du guitariste le plus doué qu’ait connu le groupe a pesé lourdement sur l’humeur des mois qui ont suivi.
Le départ de Denny Laine, avril 1981
En avril 1981, Denny Laine annonce publiquement qu’il quitte le groupe. Les motifs invoqués sont multiples : l’inaction depuis Tokyo, les désaccords financiers, et le refus de McCartney de reprendre la route après l’assassinat de John Lennon, le 8 décembre 1980.
C’est la fin réelle. Le noyau qui avait tenu dix ans se brise par son troisième membre.
La confirmation, 1982
McCartney ne publie aucun communiqué de dissolution. Il laisse la chose se dire.
C’est en promouvant Tug of War, paru le 26 avril 1982 et produit par George Martin, qu’il confirme aux journalistes que Wings n’existe plus. L’album est crédité à son seul nom. Denny Laine y joue encore sur plusieurs titres — la sortie se fait donc, comme l’entrée, dans une ambiguïté totale.
Wings était-il un vrai groupe ? Le débat, honnêtement posé
C’est la question que pose toute discussion sérieuse sur le sujet, et elle mérite mieux qu’une réponse militante dans un sens ou dans l’autre. Présentons les deux thèses telles que leurs défenseurs les formulent.
La thèse du véhicule solo
Les arguments sont solides et nombreux.
- McCartney écrit tout, ou presque. Sur sept albums studio, l’immense majorité des titres sont de lui. Les contributions de Denny Laine sont réelles mais minoritaires.
- Il produit tout, à l’exception de Back to the Egg.
- Il joue tout quand il le peut. Band on the Run, le disque le plus célébré, est enregistré à trois, McCartney tenant la basse, la batterie et l’essentiel des guitares.
- Il écrit les parties des autres, ce qui a directement provoqué le départ de Henry McCullough.
- La rotation du personnel — trois solistes, quatre batteurs en dix ans — est celle d’un employeur, pas d’un groupe.
- Le crédit lui-même bascule en « Paul McCartney and Wings » dès 1973, ce qui règle la question de la façon la moins ambiguë possible.
- Les questions financières ont motivé plusieurs départs, ce qui suppose une asymétrie de rémunération.
La thèse du groupe véritable
Les arguments inverses ne sont pas moins sérieux.
- La durée. Dix ans, sept albums studio, des centaines de concerts. Peu de groupes des années 1970 tiennent cette distance.
- Le noyau. Les McCartney et Denny Laine restent ensemble du premier au dernier jour. C’est une définition acceptable de la stabilité.
- La scène. Un véhicule solo ne joue pas dans un réfectoire de Nottingham pour cinquante pence. La tournée des universités de février 1972 n’a aucun sens en dehors d’une logique de construction collective.
- Le répertoire. Wings a bâti un catalogue qui se tient seul. Les concerts de 1975-76 remplissaient des stades sans dépendre du répertoire Beatles.
- La démocratie affichée. Wings at the Speed of Sound fait chanter chacun des cinq membres. Le geste peut être jugé artificiel, il n’est pas rien.
- Le son. Il existe une couleur Wings identifiable — la basse mélodique en avant, les chœurs de Linda, la deuxième voix de Laine, un goût pour les suites en plusieurs parties — qui ne se confond ni avec le McCartney solo ni avec les Beatles.
- Le témoignage des intéressés. Denny Laine a toujours parlé d’un groupe. Denny Seiwell également, malgré son départ.
Notre lecture
Wings a été les deux, successivement, et c’est ce qui rend son histoire intéressante plutôt que confuse.
De 1971 à 1973, c’est une tentative sincère et coûteuse de construire un groupe véritable, menée avec une honnêteté que la critique de l’époque n’a pas su voir : on refuse le répertoire Beatles, on refuse les grandes salles, on refuse la promotion, on accepte le ridicule.
De 1974 à 1979, c’est de plus en plus l’orchestre de Paul McCartney, avec des musiciens excellents, des tournées gigantesques et un chef qui écrit, produit et arbitre seul.
La bascule a une date, et ce n’est pas un hasard si c’est celle du succès : les démissions de l’été 1973 ont montré à McCartney qu’un groupe pouvait le lâcher à quarante-huit heures d’un enregistrement. Il n’a plus jamais tout à fait fait confiance.
Ce qui reste indiscutable est plus simple. Sans Wings, McCartney n’aurait pas eu de scène pendant dix ans, pas de deuxième voix, pas de « Mull of Kintyre », pas de Band on the Run. Et il aurait passé la décennie à être comparé à lui-même.
Wings en 2026 : le moment de la réévaluation
Un lecteur qui découvrirait ce dossier en 2026 doit savoir qu’il tombe au meilleur moment possible. Depuis trois ans, Wings fait l’objet d’une campagne de réhabilitation méthodique, conduite par McCartney lui-même.
- Février 2024 — Édition du cinquantenaire de Band on the Run, avec les mixages originaux et une version « sous-mixée » restituant l’album avant surcharges.
- 2024 — Sortie en salles puis en disque de One Hand Clapping, film de performance en studio tourné en 1974 et resté inédit pendant cinquante ans, longtemps réservé aux bootlegs.
- Mars 2025 — Édition du cinquantenaire de Venus and Mars.
- 4 novembre 2025 — Publication de Wings: The Story of a Band on the Run, ouvrage de 528 pages signé McCartney, édité par l’historien Ted Widmer, tiré de plus de cinq cent mille mots d’entretiens avec McCartney, sa famille, tous les membres du groupe et leurs contemporains. Plus de cent cinquante photographies, dont beaucoup d’inédites, signées notamment Linda McCartney, Mike McCartney, Clive Arrowsmith et Henry Diltz. Une édition de luxe limitée a suivi le 25 novembre.
- 7 novembre 2025 — Publication de Wings, compilation en triple vinyle et double CD.
- Février 2026 — Sortie de Man on the Run, documentaire de Morgan Neville consacré au travail solo et à l’ère Wings de McCartney dans les années 1970.
McCartney, en annonçant l’ouvrage le 26 février 2025, a livré une phrase qui vaut tous les commentaires critiques : selon lui, repartir de zéro après les Beatles a parfois été une expérience insensée. Il ajoute avoir souvent douté de sa décision, avant de comprendre, à mesure que le groupe progressait, qu’ils tenaient quelque chose.
L’intérêt de cette campagne, du point de vue de l’histoire, est qu’elle intervient après la mort de Denny Laine, survenue le 5 décembre 2023. Laine avait été interviewé longuement pour le livre et le documentaire dès février 2023 : sa parole est donc au cœur du dispositif, à titre posthume. C’est la première fois que l’histoire de Wings est racontée officiellement avec les voix de ses membres, et non uniquement à travers celle de son fondateur.
Ce qu’ils en ont dit
Paul McCartney, en annonçant le livre Wings le 26 février 2025 : repartir de zéro après les Beatles a été, dit-il, une entreprise « crazy at times » — insensée par moments. Il précise avoir traversé des passages très difficiles et avoir souvent mis en doute son propre choix, jusqu’à ce que la progression du groupe lui donne raison.
Paul McCartney, sur la période 1971-1972, a plusieurs fois établi le parallèle avec Hambourg : bâtir une réputation à partir de rien, par le travail scénique, en acceptant de jouer devant peu de monde pour mal payé.
Paul McCartney, dans Wingspan, sur la naissance du nom : il a raconté que l’accouchement de Stella avait été dramatique, que la mère et l’enfant avaient été en danger, et que l’image d’ailes s’était imposée à lui alors qu’il priait.
Paul McCartney, sur la recherche du nom : après la suggestion d’un vieux monsieur écossais — The Dazzlers — le groupe avait retenu Turpentine, jusqu’à ce que le même correspondant lui rappelle à quoi sert la térébenthine.
Denny Laine a toujours défendu la thèse du groupe véritable, insistant sur le fait qu’il avait, lui, choisi d’abandonner un album solo en cours pour rejoindre l’aventure — ce qui n’est pas le geste d’un musicien de séance.
Denny Seiwell, sur son audition new-yorkaise, a décrit un local sombre où on ne lui a rien demandé d’autre que de jouer, seul, sans indication.
Henry McCullough a expliqué son départ de 1973 par une incompatibilité de méthode : il ne pouvait pas jouer des parties dictées note à note.
John Lennon, en 1971, à propos de Ram et de la période qui précède immédiatement Wings, a livré dans « How Do You Sleep? » l’attaque la plus dure jamais adressée par un Beatle à un autre. McCartney a répondu, la même année, par « Dear Friend » — une chanson qui demande la paix.
Correctifs factuels
Le format maison de yellow-sub.net veut que nous signalions explicitement les erreurs les plus répandues sur le sujet traité.
1. Le 3 août 1971, McCartney n’a pas annoncé « Wings ». Il a annoncé la formation d’un groupe encore sans nom. Le nom a été arrêté le 13 septembre 1971 et révélé à la presse au début du mois d’octobre (New Musical Express du 2 octobre, Melody Maker du 9 octobre).
2. Le groupe existait avant l’annonce. Les répétitions avaient commencé le 22 juillet 1971 à Rude Studio, en Écosse, et l’album Wild Life était déjà enregistré — du 25 juillet au 2 août 1971 — lorsque McCartney a convoqué la presse le 3 août. L’annonce constatait un fait accompli.
3. La tournée des universités n’a pas été faite par le quatuor d’origine. Henry McCullough avait rejoint Wings en janvier 1972 : le groupe qui débarque à Nottingham le 9 février 1972 est un quintette. La formation à quatre n’a jamais donné de concert public.
4. « Give Ireland Back to the Irish » n’a pas fait décoller le groupe. Le single a été interdit d’antenne par la BBC, Radio Luxembourg et l’autorité de régulation de la télévision indépendante. Il a atteint la seizième place britannique et la vingt et unième américaine — et la première place en Irlande et en Espagne. C’est un acte politique, pas un succès commercial.
5. « Wings » n’est pas devenu « Paul McCartney and Wings » en 1973 par choix artistique. Le changement de crédit, intervenu avec Red Rose Speedway, répondait à une exigence commerciale et a été mal vécu à l’intérieur du groupe.
6. Band on the Run n’a pas été enregistré par un groupe. Henry McCullough avait démissionné après un différend en répétition, et Denny Seiwell la veille du départ pour Lagos. L’album a été fait à trois — McCartney, Linda McCartney, Denny Laine — McCartney tenant la basse, la batterie et l’essentiel des guitares.
7. Le Grammy de Band on the Run a été décerné en 1975, pas en 1973. L’album a été récompensé lors de la cérémonie de 1975 ; Geoff Emerick y a également obtenu la récompense du meilleur enregistrement.
8. « Live and Let Die » n’a pas gagné l’Oscar. Le morceau a été nommé — première nomination de l’histoire pour un thème de James Bond — mais ne l’a pas obtenu. C’est George Martin qui a été récompensé, par un Grammy, pour son arrangement.
9. Le nom du groupe ne vient pas d’un logo ni d’une idée graphique. Il vient de l’accouchement de Stella McCartney, le 13 septembre 1971.
10. Wings n’a eu qu’un seul n° 1 britannique en single : « Mull of Kintyre ». Le groupe a en revanche placé six titres au sommet des classements américains. La dissymétrie entre les deux marchés est l’une de ses caractéristiques les plus constantes.
11. Le groupe ne s’est pas arrêté en 1980 à cause de Tokyo. L’arrestation du 16 janvier 1980 a mis fin à la carrière scénique, mais la dissolution effective date du départ de Denny Laine en avril 1981, et la confirmation publique de 1982, lors de la promotion de Tug of War.
12. Linda McCartney n’était pas musicienne avant Wings, et cela n’a jamais été caché. McCartney l’a toujours assumé publiquement. Le procès en imposture est donc sans objet : la question pertinente n’est pas de savoir si elle avait le niveau, mais pourquoi son mari a jugé que la présence comptait plus que le niveau.
13. Wild Life n’a pas été un échec commercial total. Onzième place au Royaume-Uni, dixième aux États-Unis. C’est un échec relatif — pour un ex-Beatle — et un naufrage critique, ce qui n’est pas la même chose.
14. Les dates de sortie de Wild Life varient selon les sources. Certaines retiennent le 3 décembre 1971 au Royaume-Uni et le 7 décembre aux États-Unis, d’autres avancent la mi-novembre pour le marché britannique. Nous signalons la divergence plutôt que de trancher arbitrairement.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 10 avril 1970 | McCartney annonce publiquement son départ des Beatles |
| 17 avril 1970 | Sortie de l’album McCartney |
| 31 déc. 1970 | McCartney assigne les trois autres Beatles devant la High Court |
| oct. 1970 – mars 1971 | Séances de Ram à New York ; Denny Seiwell à la batterie |
| 12 mars 1971 | Le tribunal donne raison à McCartney et nomme un administrateur |
| mai 1971 | Sortie de Ram, crédité à Paul et Linda McCartney |
| fin juin 1971 | McCartney propose à Seiwell et Hugh McCracken de former un groupe ; McCracken décline |
| mi-juillet 1971 | Denny Laine accepte et abandonne son album solo en préparation |
| 22 juillet 1971 | Premières répétitions à Rude Studio, High Park, Écosse |
| 24 juillet 1971 | Arrivée aux studios EMI d’Abbey Road, séances réservées sous le pseudonyme « Sam Browne » |
| 25 juillet – 2 août 1971 | Enregistrement de Wild Life en huit jours |
| 3 août 1971 | McCartney présente à la presse la formation de son groupe — encore sans nom |
| 13 sept. 1971 | Naissance de Stella McCartney ; le nom Wings s’impose à Paul |
| 2 oct. 1971 | Le New Musical Express révèle le nom du groupe |
| 9 oct. 1971 | Le Melody Maker confirme et annonce des concerts à venir |
| déc. 1971 | Sortie de Wild Life (dates variables selon les sources) — n° 11 UK, n° 10 US |
| janv. 1972 | Henry McCullough rejoint le groupe |
| 30 janv. 1972 | Bloody Sunday à Derry |
| 1er fév. 1972 | Enregistrement de « Give Ireland Back to the Irish » |
| 2-7 fév. 1972 | Répétitions à l’Institute of Contemporary Arts, Londres |
| 9 fév. 1972 | Premier concert : université de Nottingham, entrée à 50 pence |
| 23 fév. 1972 | Fin de la tournée des universités |
| 25 fév. 1972 | Sortie du single irlandais ; interdiction d’antenne |
| 12 mai 1972 | « Mary Had a Little Lamb », n° 9 UK |
| 9 juil. – 24 août 1972 | Tournée européenne en autobus à impériale |
| 10 août 1972 | Arrestation à Göteborg pour possession de cannabis |
| 1er déc. 1972 | « Hi, Hi, Hi », interdit par la BBC, n° 5 UK |
| 30 avril / 4 mai 1973 | Red Rose Speedway, crédité Paul McCartney and Wings — n° 1 US |
| 16 avril / 10 mai 1973 | Diffusion de l’émission spéciale James Paul McCartney |
| 1er juin 1973 | « Live and Let Die », arrangement de George Martin — n° 2 US |
| été 1973 | Départ de Henry McCullough |
| 30 août 1973 | Denny Seiwell renonce la veille du départ pour Lagos |
| sept. 1973 | Séances de Band on the Run au Nigeria : agression, effondrement de McCartney, altercation avec Fela Kuti |
| 30 nov. / 7 déc. 1973 | Sortie de Band on the Run — n° 1 UK et US |
| 1974 | Arrivée de Jimmy McCulloch et Geoff Britton |
| nov. 1974 | « Junior’s Farm » / « Sally G », enregistrés à Nashville |
| début 1975 | Séances de Venus and Mars à La Nouvelle-Orléans ; Joe English remplace Britton |
| 1975 | Deux Grammy Awards pour Band on the Run |
| 27 mai 1975 | Venus and Mars — n° 1 UK et US |
| 9 sept. 1975 | Début de la tournée Wings Over the World à Southampton |
| 25 mars 1976 | Wings at the Speed of Sound — chaque membre chante un titre |
| 10 juin 1976 | Kingdome de Seattle : 67 053 spectateurs |
| 21 oct. 1976 | Fin de la tournée mondiale à Wembley |
| 10 déc. 1976 | Triple album Wings Over America — n° 1 US |
| sept. 1977 | Départs de Jimmy McCulloch et Joe English |
| 11 nov. 1977 | « Mull of Kintyre » : 9 semaines n° 1 UK, premier single britannique à dépasser 2 millions |
| 1978 | Arrivée de Laurence Juber et Steve Holley |
| 31 mars 1978 | London Town — n° 2 US |
| 3 oct. 1978 | Séance du Rockestra à Abbey Road |
| 8 juin 1979 | Back to the Egg, produit par Chris Thomas |
| 27 sept. 1979 | Mort de Jimmy McCulloch, à 26 ans |
| 29 déc. 1979 | Dernier concert britannique, Hammersmith Odeon, concerts pour le Cambodge |
| 16 janv. 1980 | Arrestation de McCartney à Tokyo ; neuf jours de détention, tournée annulée |
| 16 mai 1980 | McCartney II, album solo |
| 8 déc. 1980 | Assassinat de John Lennon |
| avril 1981 | Denny Laine annonce son départ |
| 26 avril 1982 | Tug of War ; McCartney confirme la fin de Wings en promotion |
| 17 avril 1998 | Mort de Linda McCartney |
| 5 déc. 2023 | Mort de Denny Laine |
| fév. 2024 | Édition du cinquantenaire de Band on the Run |
| 2024 | Sortie de One Hand Clapping, film et album inédits de 1974 |
| mars 2025 | Édition du cinquantenaire de Venus and Mars |
| 4 nov. 2025 | Publication du livre Wings: The Story of a Band on the Run |
| 7 nov. 2025 | Compilation Wings en triple vinyle et double CD |
| fév. 2026 | Documentaire Man on the Run de Morgan Neville |
| 3 août 2026 | 55e anniversaire de l’annonce |
Guide d’écoute : dix étapes pour comprendre Wings
Pour qui voudrait vérifier par l’oreille ce que raconte cet article, dans l’ordre chronologique.
- « Dear Friend » (Wild Life, 1971) — la fin de la guerre avec Lennon, jouée au piano, sans une once de sarcasme. Le meilleur titre du disque le plus détesté.
- « Mumbo » (Wild Life, 1971) — écoutez les toutes premières secondes : la bande tourne déjà, McCartney crie qu’on lance l’enregistrement. C’est la doctrine du disque en une seconde.
- « Give Ireland Back to the Irish » (single, 1972) — le McCartney que la légende prétend inoffensif, six semaines après une tuerie, interdit d’antenne.
- « My Love » (Red Rose Speedway, 1973) — concentrez-vous uniquement sur le solo de guitare : Henry McCullough l’a improvisé en prise, contre l’arrangement prévu. C’est la meilleure démonstration de ce qu’un vrai groupe apportait à McCartney.
- « Live and Let Die » (single, 1973) — quatre morceaux en trois minutes, et une orchestration de George Martin qui reprend exactement là où Abbey Road s’était arrêté.
- « Band on the Run » (1973) — une suite en trois parties, jouée à trois personnes. Suivez la batterie : c’est McCartney.
- « Silly Love Songs » (Wings at the Speed of Sound, 1976) — la ligne de basse est l’une des plus élaborées de sa carrière. Elle est là pour prouver qu’une chanson d’amour légère peut être un objet musical complexe.
- « Let ‘Em In » (1976) — l’exemple parfait de la couleur Wings : peu de notes, beaucoup d’espace, des chœurs de famille.
- « Mull of Kintyre » (single, 1977) — coécrite avec Denny Laine. Écoutez l’entrée du Campbeltown Pipe Band : c’est le seul n° 1 britannique du groupe.
- « Rockestra Theme » (Back to the Egg, 1979) — le dernier grand geste, avec la moitié du rock britannique dans le même studio.
Questions fréquentes
Quand Wings a-t-il été fondé exactement ?
Le groupe s’est constitué en juillet 1971 : répétitions à partir du 22 juillet en Écosse, premier enregistrement à partir du 24 juillet à Abbey Road. La présentation à la presse a eu lieu le 3 août 1971. Le nom, lui, date du 13 septembre 1971. Selon le critère retenu, on peut donc dater la naissance de Wings de juillet, d’août ou de septembre 1971 — et c’est pourquoi les sources divergent.
D’où vient le nom « Wings » ?
De l’accouchement difficile de Linda McCartney, le 13 septembre 1971, dont est née Stella McCartney. McCartney a raconté que, priant dans le couloir de l’hôpital, l’image d’ailes s’était imposée à lui. Le groupe avait auparavant envisagé de s’appeler The Dazzlers, puis Turpentine.
Qui étaient les membres fondateurs ?
Paul McCartney (chant, basse), Linda McCartney (claviers, chœurs), Denny Laine (guitare, chant) et Denny Seiwell (batterie). Les McCartney et Denny Laine sont les seuls à être restés du début à la fin.
Combien de musiciens sont passés par Wings ?
Dix au total sur dix ans. Trois guitaristes solistes — Henry McCullough, Jimmy McCulloch, Laurence Juber — et quatre batteurs — Denny Seiwell, Geoff Britton, Joe English, Steve Holley — se sont succédé autour du noyau permanent.
Pourquoi Wings a-t-il commencé par jouer dans des universités ?
Parce que McCartney voulait que le groupe apprenne à jouer ensemble sans le filet de sa notoriété. La tournée de février 1972 s’est faite sans annonce préalable, avec une entrée à cinquante pence collectée dans un seau, et sans jouer une seule chanson des Beatles. McCartney a lui-même comparé cette méthode aux années de Hambourg.
Quel est le meilleur album de Wings ?
Le consensus critique désigne Band on the Run (1973), qui est aussi le plus récompensé et le plus vendu. Venus and Mars (1975) et Wings at the Speed of Sound (1976) constituent le sommet commercial. Pour les amateurs de l’aventure des débuts, Wild Life (1971) est devenu un objet culte malgré — ou grâce à — son inachèvement.
Pourquoi Band on the Run a-t-il été enregistré au Nigeria ?
Parce que McCartney avait consulté la liste des studios EMI dans le monde et choisi Lagos sans se renseigner davantage. Il y a découvert un pays sous régime militaire, la saison des pluies et un studio inachevé. Les séances ont été marquées par une agression au couteau, un effondrement respiratoire de McCartney et une altercation avec le musicien Fela Kuti.
Combien de membres jouaient sur Band on the Run ?
Trois. Henry McCullough et Denny Seiwell avaient démissionné juste avant le départ. McCartney a tenu la basse, la batterie et l’essentiel des guitares, Denny Laine les guitares restantes, Linda McCartney les claviers et les chœurs.
Wings a-t-il eu beaucoup de n° 1 ?
Six aux États-Unis, un seul au Royaume-Uni — « Mull of Kintyre », qui a été neuf semaines en tête fin 1977 et est devenu le premier single britannique à dépasser deux millions d’exemplaires. Cette dissymétrie entre les deux marchés est l’une des constantes du groupe.
Pourquoi Wings s’est-il arrêté ?
Par accumulation. L’arrestation de McCartney à Tokyo en janvier 1980 a mis fin à la carrière scénique ; l’assassinat de John Lennon en décembre 1980 a durablement dissuadé McCartney de reprendre la route ; Denny Laine a annoncé son départ en avril 1981. La séparation a été confirmée publiquement en 1982.
Linda McCartney savait-elle jouer ?
Pas avant Wings. Photographe de formation, elle a appris les claviers avec son mari. McCartney n’en a jamais fait mystère : il voulait un groupe qui n’impose pas de séparation familiale pendant les tournées. Le prix critique de ce choix a été très élevé, et souvent payé dans des termes qui n’avaient rien de musical.
Par où commencer si je ne connais pas Wings ?
Par Band on the Run dans son intégralité, puis par la compilation Wings parue le 7 novembre 2025, qui offre un panorama récent du catalogue. Ensuite seulement, remontez à Wild Life : le disque prend un tout autre sens quand on sait où l’histoire mène.
Existe-t-il des documents récents sur le groupe ?
Oui, et c’est le meilleur moment depuis des décennies : le livre Wings: The Story of a Band on the Run (4 novembre 2025), le film et l’album One Hand Clapping (2024), les éditions du cinquantenaire de Band on the Run (février 2024) et Venus and Mars (mars 2025), et le documentaire Man on the Run de Morgan Neville (février 2026).
Glossaire
AIR Studios — Studio londonien fondé par George Martin, où furent enregistrées les cordes de Band on the Run.
Bloody Sunday — Fusillade du 30 janvier 1972 à Derry, en Irlande du Nord, ayant fait quatorze morts parmi les manifestants. Origine directe de « Give Ireland Back to the Irish ».
Campbeltown Pipe Band — Formation de cornemuses de la péninsule de Kintyre, invitée sur « Mull of Kintyre ».
High Park — Ferme de McCartney en Écosse, près de Campbeltown, refuge après la séparation des Beatles et lieu des premières répétitions de Wings.
One Hand Clapping — Film de performance en studio tourné en 1974, resté inédit pendant cinquante ans et publié officiellement en 2024.
Rockestra — Orchestre de rock réuni par McCartney à Abbey Road le 3 octobre 1978, avec des membres de The Who, Pink Floyd, Led Zeppelin, The Shadows et d’autres.
Rude Studio — Studio rudimentaire installé par McCartney à High Park, lieu des répétitions de juillet 1971.
« Sam Browne » — Pseudonyme sous lequel les séances de Wild Life furent réservées à Abbey Road pour échapper à la presse.
Sea-Saint — Studio de La Nouvelle-Orléans où fut enregistré Venus and Mars.
Tournée des universités — Série de concerts improvisés donnés en février 1972 dans des établissements britanniques, sans annonce préalable et sans répertoire Beatles.
Wingspan — Documentaire de 2001 consacré à la période Wings, réalisé par Alistair Donald, dans lequel McCartney raconte notamment l’origine du nom du groupe.
Wings Over the World — Tournée mondiale de septembre 1975 à octobre 1976, dont est tiré le triple album live Wings Over America.
Bibliographie et sources
- Paul McCartney (éd. Ted Widmer), Wings: The Story of a Band on the Run, Liveright / Allen Lane, 4 novembre 2025 — l’histoire orale officielle, tirée de plus de 500 000 mots d’entretiens.
- Barry Miles, Paul McCartney: Many Years From Now — pour la période 1969-1971 et le contexte de la séparation.
- Howard Sounes, Fab: An Intimate Life of Paul McCartney — pour le recrutement de Seiwell, McCracken et Laine.
- Keith Badman, The Beatles Diary Volume 2: After the Break-Up — pour la chronologie jour par jour de 1971-1972.
- Luca Perasi, Paul McCartney: Music Is Ideas — pour le détail des séances, des crédits et des ingénieurs du son.
- Peter Doggett, You Never Give Me Your Money — pour le volet juridique et financier de la séparation des Beatles.
- Wingspan (2001), documentaire — témoignages de Paul et Linda McCartney.
- Man on the Run (2026), documentaire de Morgan Neville.
- New Musical Express (2 octobre 1971) et Melody Maker (9 octobre 1971) — révélation du nom du groupe.
- The Beatles Bible, The Paul McCartney Project, paulmccartney.com — vérification des dates, des séances et des références.














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