Paul McCartney a toujours considéré John Lennon comme son plus grand héros musical. Leur relation, née en 1957, a été marquée par une admiration profonde, une complicité créative et une amitié fraternelle. Après l’assassinat de Lennon en 1980, McCartney lui rend hommage avec « Here Today », une chanson émouvante évoquant leur lien indéfectible. Malgré les tensions passées, McCartney continue de célébrer la mémoire de Lennon, affirmant que son esprit l’accompagne toujours dans sa musique.
On ne compte plus les figures musicales qui ont façonné l’oreille et la sensibilité de Paul McCartney. Elvis Presley, Buddy Holly, Fats Domino, Chuck Berry : tous ont été, à un moment ou un autre, cités comme des influences majeures dans sa construction artistique. Pourtant, au sommet de cette galerie de géants, un nom revient toujours avec une intensité particulière : celui de John Lennon. Non pas un idole inaccessible, mais un camarade de route, un co-auteur, un complice. Mieux encore : un frère d’âme. Et à bien des égards, le seul musicien que Paul McCartney a véritablement admiré toute sa vie.
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Deux garçons dans le vent, et bien plus encore
Lorsque John Lennon et Paul McCartney se rencontrent à l’été 1957, à l’occasion d’une fête paroissiale dans la banlieue de Liverpool, il ne s’agit encore que de deux adolescents partageant une passion commune pour le rock’n’roll. Lennon est le leader des Quarrymen, un groupe de skiffle sans prétention ; McCartney, de deux ans son cadet, l’impressionne en jouant Twenty Flight Rock d’Eddie Cochran avec une aisance déconcertante. Ce jour-là, une alchimie se crée, fulgurante, fondatrice.
Très vite, une dynamique s’installe : Lennon, le rebelle charismatique, McCartney, le mélodiste rigoureux. Le duo va révolutionner la musique populaire en associant leurs forces. Mais dès les débuts, McCartney regarde Lennon avec une admiration mêlée de défi. C’est lui qu’il veut impressionner, c’est son regard qu’il cherche, c’est à son exigence qu’il veut se mesurer.
« Il avait ce truc, cette énergie brute, cette espèce de vérité rugueuse dans ce qu’il faisait », dira McCartney. Lennon, c’était l’aspérité, le mot qui claque, la révolte, le courage d’aller là où personne n’osait. McCartney, plus souple, plus musical, plus diplomate, apportait l’équilibre. Mais dans ce tandem, Paul a toujours vu John comme un phare.
Le poids du manque : « Here Today », une chanson pour un absent
Lorsque John Lennon est assassiné le 8 décembre 1980, Paul McCartney encaisse le choc en silence. Devant les caméras, il bredouille un « it’s a drag » devenu tristement célèbre, comme incapable de formuler sa peine. Ce n’est qu’en 1982, dans son album Tug of War, que l’émotion trouve une issue musicale : Here Today, écrite comme une lettre posthume, est un aveu bouleversant.
« What about the night we cried / Because there wasn’t any reason left to keep it all inside », chante-t-il, évoquant une nuit de confidences partagées, de larmes d’hommes, de ce lien indéfectible qui les unissait au-delà des chansons. Ce morceau, régulièrement interprété sur scène depuis plus de quarante ans, reste pour McCartney un point de rupture.
Lors d’un concert en décembre 2024, en interprétant cette ballade devant des milliers de spectateurs, Paul fond en larmes. « À chaque tournée, il y a toujours un moment où cette chanson me rattrape », avait-il déjà confessé en 2002. « John était un ami extraordinaire, un homme profondément important dans ma vie, et il me manque. »
Lennon, mentor bienveillant derrière la scène
Derrière les sourires figés des photos, derrière les harmonies légendaires, se cache une dynamique humaine complexe. Lennon, souvent perçu comme cynique ou détaché, était en réalité un encouragement permanent pour McCartney. Dans une interview touchante, Paul évoque les moments où il perdait confiance en lui sur scène, notamment lorsqu’il devait chanter Kansas City / Hey-Hey-Hey-Hey! : « Il faut un sacré courage pour se lever et hurler comme un fou, vous savez ? Et moi, parfois, je n’y arrivais pas. »
Et c’est là que John intervenait, avec sa franchise bienveillante : « Allez mec, tu peux faire mieux que ça ! Vas-y, balance tout ! » Paul répondait toujours la même chose : « OK, John… » Un simple échange, mais révélateur : Lennon tirait McCartney vers le haut, non par rivalité, mais par foi en lui. Ce rôle, Lennon l’a souvent tenu : celui de moteur affectif, d’aiguillon fraternel.
Entre amour et admiration
McCartney n’a jamais caché que cette relation allait bien au-delà de la musique. À la fin des années 1980, dans un entretien accordé à Playboy, il déclarait : « John, c’est celui que j’admirais le plus. Sans lui, rien n’aurait été pareil. » Cette phrase revient régulièrement, presque inchangée, dans les années 2000, 2010, et encore aujourd’hui.
Il ne s’agit pas simplement de politesse posthume. La sincérité transparaît dans le regard humide de Paul à chaque hommage, dans son besoin inlassable de raconter leur histoire commune, dans sa façon de l’appeler encore parfois « Johnny », comme dans leurs jeunes années à Forthlin Road.
À ceux qui lui demandent pourquoi il continue de parler de lui après toutes ces années, McCartney répond sans détour : « Il vit en moi. Chaque fois que je prends une guitare, il est là. Chaque fois que je doute, je pense à ce qu’il dirait. »
Une rivalité médiatisée, une amitié réelle
Certes, tout n’a pas toujours été rose entre les deux hommes. La fin des Beatles a exacerbé les tensions, parfois violentes. McCartney, présenté comme le perfectionniste maniaque, Lennon, comme l’iconoclaste provocateur, se sont mutuellement blessés, dans la presse comme dans leurs chansons respectives. Mais sous la couche de ressentiment, l’amour n’a jamais disparu.
En privé, dans les années 1970, ils continuent de s’appeler, de se parler, parfois de collaborer en secret, comme ce soir de 1974 où ils improvisent ensemble dans un studio de Los Angeles avec Stevie Wonder. Rien d’officiel, rien de commercial. Juste deux amis qui, malgré tout, n’arrivaient pas à se détester.
Un héros dans le cœur, pas sur un piédestal
Ce qui rend la relation de McCartney à Lennon si unique, c’est cette double nature : John était à la fois un partenaire égal et une figure de référence. Paul n’a jamais voulu le figer dans la statue du héros martyr. Il continue de parler de lui avec tendresse, humour, simplicité. « Il m’agaçait parfois. Il me faisait rire. Il me forçait à être meilleur. Il était tout ça à la fois. »
À l’inverse d’Elvis Presley, que Paul vénérait de loin, Lennon était le héros accessible, imparfait, humain. Celui dont l’avis comptait plus que tout. Celui dont l’approbation avait plus de valeur que tous les trophées. Celui qu’on voulait toujours rendre fier.
Un hommage qui traverse les décennies
Quarante-cinq ans après la mort de John Lennon, Paul McCartney continue de chanter son nom, sans nostalgie facile, mais avec un amour brut. Here Today, Blackbird, Something, ou même Two of Us, prennent une dimension presque sacrée lorsqu’il les interprète aujourd’hui. Chacune est un dialogue silencieux avec l’absent.
Ce lien ne faiblit pas. Il ne s’érode pas. Il devient au contraire plus fort, plus essentiel. Dans un monde qui change, dans une industrie musicale souvent cynique, McCartney incarne la fidélité absolue à un ami, un frère, un héros.
