Me revoilà en Occident et Sir George Martin nest plus. Décidément, 2016 ne nous ménage pas, côté nécrologie
Les profils biographiques du 5e Beatles ont dors et déjà fait le tour de la planète, on imagine que plusieurs dentre vous les ont parcourus.
Dabord ce souvenir: à linstar de mon collègue beatlemaniaque Sylvain Cormier, javais eu le privilège de manger à la table du très courtois, raffiné, humble et brillant George Martin, alors venu à Montréal faire la promotion de la télésérie Platinum, consacrée à lindustrie du disque davant linternet. Deux décennies plutôt, larchi-bonze de la pop anglaise et ses collègues complétaient un cycle de plusieurs décennies triomphales, on se dirigeait vers des cimes de propérité avant lhécatombe.
George Martin a passé à une autre dimension, jaurais aimé savoir ce quil pensait de laprès Platinum. Enfin Que faire de plus avec quelques jours de retard sur cette disparition ? Suggérons cette réflexion sur ce quon peut aujourdhui nommer pop de création. Dans les années 60, la domination du rock simposait avec cet effet pervers: tout ce qui avait été considéré comme musique populaire allait être plus ou moins occultée par les générations subséquentes. Tin Pan Alley, Broadway, le songwriting moderne des années 20, 30, 40, jusquau tournant des sixties.
Avec la vague rock inspirée essentiellement du blues, la complexité harmonique fut reléguée aux oubliettes, sinon méprisée par la génération de Woodstock et les subséquentes. Les grandes orchestrations furent jugées vieillottes pour ne pas dire kétaines, ringardes. Lexpressivité du rock, la hausse du volume, la rudesse de lexécution et le 4/4 bien appuyé de la section rythmique étaient devenues les vertus cardinales de ladite pop de création.
Sauf exceptions.
Encadrés par George Martin, les Beatles constituèrent lune des principales exceptions à la pop culture anglo-américaine. Musicien, réalisateur, arrangeur, compositeur, il sut faire du Fab Four (surtout McCartney et Lennon) un groupe supérieur pour la qualité de ses orchestrations, augmentations harmoniques, métissages culturels avec les musiques classiques occidentale et indienne. George Martin su parfaitement transmettre une part importante de sa connaissance à un groupe immensément populaire mais désireux délever sa proposition. George Martin était parmi ces sages de formation classique, formés dans les années 50 et capables dadapter leur précieux savoir au contexte pop de lépoque.
Sans George Martin, lhomme qui les a admis chez Parlophone/EMI, les Beatles seraient fort possiblement restés les témoins fidèles de leur époque, fondé sur le blues et le rockn’roll américain de leur adolescence.
Aucun des quatre membres de la célébrissime formation anglaise navait le génie dun Brian Wilson pour la réalisation et lorchestration, Sir George en fut le complément parfait pour les mener à cette discographie dexception. Comme Burt Bacarach, Michel Colombier et autres John Barry, George Martin avait trouvé un filon pop de son époque. Avec les Beatles, on peut parler de gisement.
Source : lapresse













