Programme chargé pour les visiteurs de lexposition de Yoko Ono, « Lumière de laube » (jusqu’au 2 juillet) au Musée dart contemporain de Lyon (le MAC). Au menu : partie déchecs (sur un jeu dont toutes les pièces sont blanches), parcours du combattant (il sagit de sa faufiler entre des murs étroits ou bien de se « perdre » dans un labyrinthe aux parois de verre), atelier bricolage (plusieurs possibilités : on plante des clous sur la table ou les murs dune salle de conférence : ou bien on recolle des débris de vaisselle cassée, lobjet final obtenu étant placé sur des étagères).
Les visiteurs peuvent aussi sasseoir devant une table pour laisser leur nom sur un carton blanc (lun dentre eux a écrit : Pierre Palmade). Les esprits fragiles ne sont pas au bout de leurs émois : dans les toilettes du musée , ils découvriront des affiches montrant des paires de fesse ce sont des images extraites de la vidéo « Bottoms », soit plus de trois cents postérieurs filmés en gros plan et en mouvement.
On laura compris : Yoko Ono aime linteractivité. Pour elle , luvre dart nest pas figée. Elle doit évoluer au fil de ses présentations, le spectateur étant par ailleurs invité à construire lui-même (par le biais dinstructions écrites présentées sur des feuilles blanches) ses propres interventions. Quelques exemples : « Rassemblez vos ombres jusqu’à ce quelles ne soient plus quune ; prenez une photo de lombre ». Ou bien :
« Photographiez un groupe de personnes qui vous regardent et vous écoutent. Photographiez toutes leurs réactions. »
Lambeaux de robe
Avant de devenir lépouse (en 1969) de John Lennon et par conséquent daccéder à une gloire planétaire, Yoko Ono fréquente depuis plus dune décennie lavant-garde artistique. Née au Japon en 1933 dans une famille de la haute bourgeoisie, elle suit sa famille à New York en 1953.
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Cest là, à la fin des années cinquante, quelle va faire la connaissance de John Cage, de Merce Cunningham et de George Maciunas, figure de proue de Fluxus, mouvement artistique international qui, à travers des « événements », des concerts, des performances, entend remettre en cause la notion même dart.
Humour, insolence et provocation sont les armes de ces agitateurs, héritiers du dadaïsme et de Marcel Duchamp . Cest à cette époque que Yoko Ono réalise lune de ses plus célèbres performances, « Cut Piece », que lon retrouvera ici dans une vidéo. Assise sur une chaise ou une plancher (selon les versions), lartiste invite les spectateurs à venir tailler sa robe en lambeaux à laide dun ciseau.
Une scène et une action destinées à mettre en lumière selon lartiste tout aussi bien le voyeurisme, lexhibitionnisme que la violence des rapports humains.
La guerre n’est pas finie
Lexposition marche dailleurs sur deux jambes. Dun côté, on retrouvera les appels pacifistes de la période Lennon (entre fin des années 60 et début 70) : ce sont les affiches apposées sur les murs des villes du monde entier proclamant, en pleine guerre du Vietnam, « The war is over ! if you want it » (la guerre est finie ! si vous le voulez), les clips vidéo des chansons de Lennon (« Give Peace a Chance » ou « Happy Xmas »).
De lautre, on découvrira les prises de position qui viennent rappeler (comme dans linstallation « Arising ») les violences infligées aux femmes. La guerre nest pas donc pas finie, affirme Yoko Ono. A lextérieur du musée, elle a fait installer un vieux wagon dont les parois ont été criblées de balles : lhorreur, semble-t-elle nous dire, na pas dâge, elle na même jamais quitté notre monde.
Vidéos, installations, dessins, affiches, sculptures : lart de Yoko Ono est avant tout une invitation à la création. Sous des dehors qui peuvent parfois sembler paraître anodins ou naïfs, elle incite le visiteur de lexpo à se mêler ce qui le regarde (la violence, la guerre, le corps, la politique). « Je suis une sorcière » affirme Yoko Ono.
En sortant de cette « Lumière de laube », superbement mise en scène, nous affirmons à notre tour : Yoko Ono est notre sorcière bien-aimée.
Bernard Géniès
Source : nouvelobs













