Oooooh ! Ces couleurs ! Cette définition ! Ce vert tellement vert de lautobus de la ligne 46 qui va de Grove Street à Smithdown Road dans le film promotionnel de Penny Lane, on dirait un modèle miniature Corgi sorti neuf de sa boîte tellement la peinture a du relief. Et ces Beatles en uniformes de Sgt. Peppers Lonely Hearts Club Band dans le clip de Hello Goodbye, pourtant vus mille fois en copies de copies pâlottes sur des vidéocassettes circulant sous le manteau depuis les années 1980, savais-je seulement quils méblouiraient autant ? Encore heureux que mes nouvelles lunettes me protègent des rayons UV.
Je vois tout, cest fou, jusquà la dent cassée de Paul (dans un accident de moto), dorénavant immanquable dans les gros plans des vidéos de Paperback Writer et Rain, que Michael Lindsay-Hogg (futur réalisateur du docu Let It Be) tourna au beau milieu des jardins de Chiswick House en avril 1966. On voit même quil nest pas rasé de près, le McCartney. Détails insignifiants ? Émerveillement du fan devant ces restaurations encore plus épatantes que dans les extraits révélés pour lAnthology de 1995. Et jimagine à peine létonnement du public plus large, qui na pour ainsi dire jamais vu ces films montrés une fois ou deux à lépoque, voire pas diffusés du tout.
Cinquante clips et pas un de moins
Cest peut-être le dernier hourra de laventure beatlesque. De nulle part, dans le plan de match un peu mystérieux dApple concernant la valorisation du fameux patrimoine, nous obtenons en magasin ce samedi léquivalent DVD de la compilation audio Beatles 1 parue en 2000 (qui bénéficie également dune ressortie, avec remixages par Giles Martin, fils de sir George) : 27 films qui correspondent aux 27 numéros un de palmarès des Beatles. Ce nest pas tout. Lédition Beatles 1 + (la version dite « deluxe ») en contient 50, tout un DVD supplémentaire, plus un chic livre. La manne.
Chaque DVD suit la chronologie des parutions, ce qui nous fait deux évolutions en parallèle. Ça commence par des passages à la télé les premières années (She Loves You à lémission suédoise Drop In, par exemple), mais dès 1965, de véritables courts-métrages sont concoctés exprès pour éviter aux Beatles daller mimer leur dernier succès dans toutes les émissions, préfigurant lère du vidéoclip. Dun I Feel Fine à la mise en scène toute simple et rigolote (les Beatles mangent des « fish and chips » ) à lorgie deffets psychédéliques de Strawberry Fields Forever, la progression est vertigineuse.
Notez que le clip de Strawberry Fields nest pas dans la version de base Beatles 1. Ni le montage fou de la session orchestrale pour A Day in the Life. Pas plus que la performance à fond le fuzz de Revolution (avec harmonies ajoutées pour loccasion par George et Paul). Cest dire à quel point la version « deluxe » simpose : des Beatles, vouloir tout, cest vouloir lessentiel. Cest même désirer plus encore : le nouveau montage réalisé pour inclure Eight Days a Week dans le DVD des numéros un, à partir dimages du spectacle au stade Shea de 1965, est si beau quon voudrait tout le documentaire, jamais rediffusé.
Il y a dautres valeurs ajoutées, moins essentielles : ici et là de facultatifs commentaires par un McCartney hors-champ, des présentations en personne par le Ringo Starr de 2015, mais curieusement, ça nous extirpe du présent si vibrant de ces clips aux couleurs pétantes de santé, de lextrême franchise du rapport entre lécran et les quatre garçons dans le vent. Ce nest jamais aussi vrai que dans le très touchant film promo de Something, où les Beatles nétant déjà plus les Beatles à lautomne 1969 (officieusement), chacun avait été filmé dans sa cour, chacun en couple et parfaitement heureux.
Source : ledevoir













