Un musée de Francfort présente, depuis ce vendredi, une rétrospective de l’oeuvre de Yoko Ono, artiste protéiforme et inclassable, mais également activiste pour de nombreuses causes, plus connue du grand public en tant que veuve de John Lennon (1940-1980). Elle fête lundi ses 80 ans.
Le célèbre co-fondateur des Beatles, assassiné en 1980, l’avait un jour décrite comme « la plus célèbre des artistes inconnues », tant leurs réalisations en couple, comme leurs fameux « bed-in » pour la paix dans le monde (au printemps 1969, à Amsterdam puis à Montréal), avaient relégué son oeuvre plus personnelle à l’arrière-plan.
« John Lennon me disait : Apporte-moi de la vérité. Car nous les artistes, nous avons la dignité de dire la vérité au monde, contrairement aux hommes politiques », se souvient Yoko Ono (citée par l’AFP), présente à l’inauguration de son exposition avec ses habituels lunettes de soleil, habits et chapeau noirs. « Mais on ne connaît toujours que la moitié de la vérité. L’autre partie est invisible (…), c’est à vous de la compléter, d’imaginer, de participer. »
200 objets trahissant l’éclectisme artistique de Yoko Ono
Le musée Schirn Kunsthalle de Francfort a rassemblé environ 200 objets, films, installations, photographies, dessins, textes et musique pour refléter la dimension multimédia des oeuvres, et offre souvent la possibilité de les toucher ou d’en être partie prenante, conformément aux voeux de l’artiste. « C’est la rétrospective la plus complète qui ait jamais été consacrée à Yoko Ono en Europe », selon le directeur du musée Max Hollein. Elle sera itinérante: après Francfort, elle voyagera au Danemark, en Autriche puis au musée Guggenheim de Bilbao, en Espagne.
Si elle retrace l’ensemble de la carrière de l’artiste, l’exposition met cependant l’accent sur les années 1960 et 70, sa période la plus novatrice.
Yoko Ono devant sa « Half a Room » (moitié d’une pièce), au musée Schirn Kunsthalle de Francfort (14/02/2013) © Daniel Rolan / AFP
Inspirée par John Cage
Née le 18 février 1933 à Tokyo, issue d’une famille de l’élite japonaise proche de la maison impériale, ayant grandi au Japon et aux Etats-Unis, Yoko Ono a fait son apparition dans les milieux avant-gardistes new-yorkais à la fin des années 1950. Très influencée par son mentor, le compositeur et plasticien John Cage (1912-1992), elle rejoint le mouvement d’art contemporain qu’il a inspiré, Fluxus, qui cherche à intégrer le public à la création artistique pour supprimer les barrières entre l’art et la vie.
Yoko Ono et la rétrospective qui lui est consacrée à Francfort : une vidéo en anglais et en allemand (avec sous-titres) du musée Schirn Kunsthalle – 14 février 2013
Dès ses débuts, Yoko Ono s’ingénie à déconstruire l’art tel qu’on le conçoit à l’époque dans les musées, à interpeller, à militer pour la paix et pour l’égalité des sexes, souvent par le biais de performances. En 1964, dans « Cut Piece », elle invite ainsi le public à la dénuder sur scène en découpant ses vêtements aux ciseaux, « une performance pionnière de l’art corporel féministe, à une époque où la théorisation féministe n’existait pas encore », rappelle auprès de l’AFP Ingrid Pfeiffer, la commissaire de l’exposition.
En guise de « peintures », Yoko Ono expose par exemple des vitres transparentes où le principe consiste à « laisser passer la lumière du soir » ou à les arroser de gouttes d’eau. A l’image de ses nombreux écrits, qui évoquent souvent avec poésie les éléments naturels (terre, eau, feu, air), « il y a peu de matérialité dans son oeuvre, il s’agit surtout de constructions de l’esprit », explique encore la commissaire de l’exposition.
Un espace pour son tandem artistique avec John Lennon
Une salle est aussi consacrée à sa riche carrière musicale, avec John Lennon et en solo avec son groupe Plastic Ono Band, qui existe toujours : Yoko Ono donne dimanche soir un concert à Berlin, à guichets fermés.
Et après ce 80e anniversaire, quels sont ses projets ? « J’ai décidé de commencer une deuxième vie où je vais faire toutes les choses que je n’ai encore jamais faites », sourit l’artiste. En 2012, elle a déjà commencé à appliquer cette résolution en se lançant dans la mode.
« Half-a-wind show. Une rétrospective »
Du 15 février au 12 mai 2013 au musée Schirn Kunsthalle de Francfort
Source : francetv













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