Mike Smith est un nom relativement répandu dans l’annuaire, chez les Anglo-Saxons. Dans la musique, plusieurs personnages homonymes portent conjointement ce patronyme et ce prénom : l’un fut guitariste de Snot et de Limp Bizkit, un autre accompagna Sinatra au saxophone… Et l’un des Mike Smith les plus fameux de la pop a découvert Blur et fait signer PJ Harvey, Supergrass ou les Arctic Monkeys.
Mais un autre Mike Smith est resté relativement célèbre non pour avoir engagé un grand nom du rock, mais justement pour avoir refusé leur paraphe sur son label. Né en 1935, il travaillait au début des années 1960 pour la maison de disque Decca, et avait notamment senti le succès de Billy Fury, l’une des premières stars du rock’n’roll britannique, qui avait la particularité d’écrire lui-même ses chansons, à une époque où Elvis reprenait des standards.
Le 1er janvier 1962 aurait pu devenir son jour de gloire. Une bande de jeunes Liverpudliens se présente au studio pour une audition enregistrée. Le groupe est séduisant : contrairement à nombre d’autres formations de l’époque, trois de ses membres sont capables de chanter. Le guitariste rythmique et le bassiste ont une maîtrise telle qu’ils jouent des compositions de leur cru. Néanmoins, leur performance de ce jour est légèrement voilée par un trac audible. Après quinze morceaux, Mike Smith et Dick Rowe, tous deux directeurs artistiques, les remercient et leur promettent une réponse prochaine.
Quelque mois plus tard, Dick Rowe convoque Brian Epstein, manager de ce petit groupe nommé les Beatles, et lui signifie le refus de la maison Decca de signer ses poulains. Epstein n’en démord pas et leur fait passer une audition chez Parlophone, où un jeune producteur, George Martin, se montre intéressé. Chez Decca, en revanche, Mike Smith a fait le choix d’engager un autre groupe, auditionné quasiment en même temps, et resté, à quelques millions de disques près, aussi célèbre que les Beatles : Brian Poole and The Tremeloes. Un groupe dont Mike Smith avait entendu parler par son opticien, également manager de groupe. Il faut se méfier des pistons, surtout lorsqu’on est astigmate…
Mike Smith est décédé début décembre 2011. Sa mort, apprise dans les premiers jours de l’année 2012, coïncide avec une autre actualité : le classement des ventes de 33 tours aux États-Unis. Quarante-trois ans après sa sortie, « Abbey Road », des Beatles, est le disque le plus acheté en vinyle outre-Atlantique. Si Dick Rowe rattrapa pas mal le coup en signant les Rolling Stones naissants chez Decca, son collègue a dû se souvenir longtemps d’un jour de l’hiver 1962, où il aurait pu entrer ainsi dans l’Histoire.
Au cours des années 1960, Mike Smith continua sans avoir à rougir son travail de directeur artistique. Avec les Tremeloes, puis en produisant les organistes Alan Price et Georgie Fame, il intègre parfaitement cette caste présente dans les maisons de disques qui donna au Swinging London ses sonorités si caractéristiques, et toujours recherchées par les amateurs de revival.
Toujours dans les bons coups, Mike Smith produisit la première reprise d’Everlasting Love, cette chanson originellement interprétée par Robert Knight qui fut hélas tant maltraitée par la suite, notamment par Sandra et les 2 Be 3.
Mike Smith mérite un hommage, car il incarne le caractère tragique la vie, et son imprévisibilité. Comme plusieurs autres directeurs artistiques de l’époque, dans d’autres labels, il ne distingua pas dans le jeu de Lennon, McCartney, Harrison et Pete Best cette petite étincelle qui allait révolutionner la musique populaire quelques mois plus tard. Tout le monde ne peut pas s’appeler Mike Smith (non, pas celui-là, l’autre).
Source : allomusic














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