« Cette chanson est tirée d’un album qui a suscité un minimum de réaction dans la presse. » Paul McCartney prend un air peiné avant de débuter Sing the Changes, et les « oh-oh-oh-oh » qui accompagnent le refrain. Tiré de l’album Electric Arguments du groupe The Fireman, soit McCartney avec Martin Glover dit Youth, paru en 2008, c’est l’un des à-côtés du bassiste et chanteur britannique, ex-Beatles puis leader du groupe Wings (1971-1981) et artiste solo depuis 1970. Il lui est aussi arrivé d’écrire de la musique concrète ou des pièces obéissant à l’écriture classique.
Avec Come and Get It, dont le groupe Badfinger fit un tube en 1969, une reprise de San Francisco Bay Blues du chanteur folk Jesse Fuller (1896-1976) et Dance Tonight, tiré du dernier album pop en date de McCartney, Memory Almost Full (2007), cela aura fait, mercredi 30 novembre, au Palais omnisports de Paris-Bercy (PoPB), quatre petites incursions hors des terrains de connaissance avec un répertoire entré dans l’histoire de la pop et couvrant cinquante ans d’activité musicale pour Sir Paul, 69 ans.
Un concert de Paul McCartney ne part pas à l’aventure. Le public ne vient pas pour cela et McCartney le sait. Cela serait gênant s’il le faisait de mauvaise grâce mais il a suffisamment d’élégance et de métier pour que l’on ressorte de plus de deux heures trente de concert en une quarantaine de chansons pour avoir l’impression que c’était la soirée de sa vie.
Alors comme depuis sa tournée mondiale de 1989, qui le voyait revenir sur scène après une dizaine d’années, McCartney a pris dans les plus de sept cents chansons dont il est l’auteur – dont un tiers avec John Lennon au sein des Beatles – de quoi permettre à tout un chacun de chanter couplets et refrains. Il arrive en veste bleue à col étroit façon Beatles et débute par Hello Goodbye. Suivent Junior’s Farm, All My Loving et Jet. Un Beatles, un Wings, un Beatles, un Wings… et les Beatles prendront l’avantage.
Quelques mots en français et quelques blagues le temps de changer d’instrument, et la ronde des succès avance dans un PoPB archi-complet et prompt à l’ovation. Comme ce n’est pas à Sir Paul que l’on va apprendre à faire la grimace, les projections qui accompagnent certaines chansons jouent l’évidence. Sur Jet il y a des avions, sur Drive My Car des voitures, sur Let It Be des bougies, sur All You Need Is Love des fleurs souriantes et des coeurs… Chez d’autres cela serait cucul, avec McCartney on marche.
McCartney entend faire savoir que s’il est un orfèvre pop il a aussi une âme de rocker. Son groupe – Rusty Anderson (guitare), Brian Ray (guitare et basse), Paul Wickens (claviers) et Abe Laboriel Jr. (batterie), tous aux harmonies vocales – densifie certaines chansons (les Beatles des débuts). McCartney passe de la basse Hohner à la guitare et prend quelques solos (dont un sur Foxy Lady d’Hendrix qui suit Let Me Roll It des Wings). D’autres sont sacrées. Pas question de changer une note, un arrangement : The Long and Winding Road et Let It Be sont jouées avec les orchestrations de cordes, cuivres et choeurs de Phil Spector recréées aux claviers, Band On the Run – la plupart des thèmes de cet album des Wings, paru en 1973, ont été joués – ou Live and Let Die – musique d’un des films de la série James Bond – ont le son d’origine comme Eleanor Rigby ou A Day In the Life.
Et à chacun des Beatles morts, il dédie une chanson : Here Today écrite en 1982 pour John Lennon (1940-1980) et Something l’une des plus belles compositions de George Harrison (1943-2001). Sans gravité excessive ni discours mais chantées de sa plus belle voix.












