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Yoko Ono : « Sean ressemble finalement beaucoup à son papa »

A force d’être la veuve de John Lennon, on en aurait presque oublié que Yoko Ono a également enregistré une quinzaine de disques, seule, avec son mari ou accompagnée du Plastic Ono Band. Pourtant, cela faisait presque une décennie qu’elle n’était pas retournée en studio, pas l’envie ni la motivation nécessaire. Il aura fallu attendre que son fils Sean la prenne par la main et lui glisse le micro devant la bouche pour enregistrer Between my Head and the Sky.

{{Vous n’aviez pas sorti d’album depuis Blueprint For A Sunrise en 2001, qu’est-ce qui vous a donné envie de retourner dans un studio ?}}
Yoko Ono : Après le 11 septembre 2001, j’ai participé à plusieurs expositions pour promouvoir le mot « paix » aux quatre coins du monde, pensant que c’était plus important finalement que la musique. Je n’avais rien envie de faire d’autre. On me sollicitait régulièrement pour retourner en studio, mais c’est mon fils Sean qui m’a véritablement kidnappé et poussé devant un micro. Je ne pouvais pas lui dire non. C’était le bon moment.

{{Comment cela s’est passé ?}}
C’était très difficile au début mais je me suis détendue. Sean et moi sommes assez professionnels pour éluder tout le reste, telles les années de silence entre nous et les attentes du monde extérieur. En studio, nous n’avons rien fait d’autre que travailler.

{{Cet album sort sous le nom du Plastic Ono Band, donc si l’on s’en tient à ce seul nom, cela faisait trente-cinq ans que vous n’aviez rien sorti, Feeling The Space date de 1974 !}}
J’ai toujours voulu être indépendante des autres mais aussi de mon histoire. Le Plastic Ono Band est un groupe un peu conceptuel dans lequel ont joué John (Lennon), Eric Clapton, George Harrison et Ringo Starr, Keith Moon, Billy Preston, Phil Spector… Mais, c’est surtout un nom. M’ont accompagné pour ce projet Sean, mon fils, Cornelius et Yuka Honda (ex-Cibo Marto) et je trouvais que ce nom de Plastic Ono Band s’appropriait bien à ce disque. En fait, nous avons prévu de jouer au Japon au mois de novembre, et nous avons été listés sous ce nom par erreur, ou plutôt sans qu’on ne le demande. Et on s’est dit : pourquoi pas ?

{{Avez-vous eu la tentation de demander par exemple à Eric Clapton ou Ringo Starr de vous rejoindre ?}}
Franchement ? Non. Je n’aurais jamais osé les déranger pour si peu, ils sont devenus des stars depuis trente-cinq ans, et puis cela aurait été faire offense à Sean et à ses amis qui jouent très bien. Cornelius et Yuka sont parfaits, nous n’avions besoin de personne d’autre. Vous travaillez aujourd’hui avec Sean.

{{Hier, vous étiez en studio avec son papa John, quelles sont les différences et les points communs entre ces deux caractères ?}}
Ils se ressemblent énormément, et la première réflexion que je me suis faite, c’est que Sean ressemble finalement beaucoup à son papa. Avec John, nous évoluions à un moment très précis de l’histoire, un moment où la société était en plein bouleversement, il y avait la guerre du Vietnam et mille autres évènements. Il y avait plus d’émotion qu’aujourd’hui et je n’ai pas retrouvé cette émotion-là, cette force qui nous a poussés à militer pour la paix au Vietnam. Sean se moque des à-côtés, il est plus concentré dans le travail. Il n’enregistre pas pour s’engager dans un quelconque processus de paix par exemple, c’est beaucoup plus professionnel que son père.

{{Vous avez énormément écrit pour ce disque, on parle de quinze morceaux en dix jours ?}}
Oui, mais cela faisait plusieurs années que je n’avais rien livré. Est-ce qu’il y a de vieux morceaux, des titres qui auraient une histoire ? Il y a trois chansons qui étaient dans mon journal, celui que je tiens depuis une dizaine d’années : Memory Of Footsteps, I’m Going Away Smiling et Watching The Rain.
A propos de votre journal, notez-vous tout ce qui vous arrive ?
C’est une habitude que j’ai depuis toute petite. Lorsque je m’ennuyais à la maison, ma maman me disait : « pourquoi ne prend-tu pas une feuille pour écrire quelque chose ? » Mais cela n’a jamais été une habitude, sauf depuis quelque temps.

{{Cela fait presque trente ans que John a été assassiné, comment le vivez-vous désormais ?}}
Chaque année, lorsque le mois de décembre s’approche, il est vrai que j’y pense encore plus. Mais le côté positif, c’est que désormais à cette date anniversaire, les Japonais organisent un concert de charité avec de l’argent reversé aux enfants africains. Cela fait une dizaine d’années désormais et cela m’aide à tenir. Le mois de décembre est désormais un mois que j’attends avec impatience car il y a ce concert et cet argent qui va aux plus pauvres.

{{Les remasterisations des albums, le jeu vidéo, il y a énormément d’actualité autour des Beatles en ce moment, êtes-vous satisfaites ?}}
Totalement. Les remasterisations sont parfaites et le jeu vidéo, c’est celui que j’ai toujours attendu. Enfin un jeu dans lequel on ne s’entretue pas. La militante de la paix que je suis ne pouvait qu’approuver. Bien évidemment, je ne joue pas, enfin j’ai essayé une fois mais je suis vraiment nulle. Par contre, Sean et ses amis sont des pros.

Source : sfr

Yoko Ono :

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