Lhomme qui, le premier, posa son grattoir sur la peinture de la chapelle Sixtine, afin de lui ôter la patine grisâtre accumulée par les ans, na sans doute pas moins tremblé quAllan Rouse. Cest à lui quest revenue la mission rêvée et crainte par tout ingénieur du son: remastériser, ou «dépoussiérer» le plus glorieux catalogue de la pop moderne, celui des Beatles. Un Graal à portée de main, soigneusement rangé dans les archives des studios londoniens Abbey Road. Mais un trésor également partagé par tous, adulé, disséqué, disséminé en plus dun milliard de fragments (le nombre de disques des Beatles vendus depuis 1963).
Alors voici léquipe qui sy colle, et prend son temps! On parle de ces remasters depuis le début 2000. Mais lavantage de lor, cest quil résiste aux fluctuations des modes. A lavant-garde (parfois suicidaire) de linnovation artistique et commerciale lors de sa création par les quatre de Liverpool en 1966, la firme Apple a appris la prudence: tout lenjeu de lopération «remaster» consiste justement à «réparer» la précipitation et les limites du premier catalogue CD, sorti en 1987, alors que le compact disc démarrait son hégémonie commerciale. Une opération de business logique pour lépoque, mais aujourdhui prisonnière des écueils de la première vague CD faible volume, manque de relief et dampleur, peu de brillance, etc.
Il a fallu quatre ans au team dAbbey Road pour restaurer les 525?minutes de musique du répertoire Beatles, quatorze albums en tout. Et quatre ans supplémentaires pour que lopération de sortie, le 9.9.09, soit réglée et acceptée. Relique du communautarisme bohème des Beatles «hommes daffaires», chaque membre du groupe avait un droit de veto aujourdhui, toute décision repose sur lunanimité de Ringo Starr, 69?ans, Paul McCartney, 67, et des veuves Lennon et Harisson. Un accord que le label EMI, possesseur des droits et en bordure de banqueroute, attendait comme une fontaine dans le désert.
Mais le temps fait bien les choses. Après avoir glissé sur la première vague du digital, au grand dam des puristes, les Scarabées auraient pu se heurter au tout-mastering du début 2000. Soit une tendance à la surenchère, qui vit plusieurs classiques jetés dans la machine à gonfler les basses et à booster le volume, dénaturant la subtile alchimie des productions davant 1970.
Rien de la sorte ici: le nettoyage de printemps est tout simplement la meilleure idée (car la seule évidente) à avoir traversé les méninges des décideurs dApple. Enfin une opération commerciale denvergure justifiée, qui va au cur de la musique et la restitue comme à sa naissance: éclatante, brillante, multicolore. Une cure de jouvence qui frappe comme un uppercut! Après sêtre usés en initiatives discutables (le Best Of 1 en 2000, au mastering «Rambo», justement; le remix de Let It Be en 2003, défait du mix de Phil Spector; et, surtout, labominable medley Love, soupe pour comédie musicale à Las Vegas), les gardiens du temple livrent un trésor lustré pépite par pépite (lire ci dessous).
Lopération définitive? Lultime legs? Peut-être que de dithyrambiques articles, en 1987, le clamaient déjà! Mais sans machine à remonter le temps, ni «musique en 3D» capable de restituer ce qui se passa exactement dans les studios Abbey Road entre 1963 et 1969, ces Beatles remastérisés sont le plus fidèle témoignage du génie pop en action.
Choisir parmi quatorze albums indispensables
Lopération «Beatles remaster» tient en deux coffrets et quatorze?objets toutes les configurations dachat sont possibles.
Dabord, le box Stereo complet, qui contient les douze albums studio du groupe plus la bande-son du Magical Mistery Tour et la double anthologie Past Masters réunissant les singles. Prix: entre 299 et 360 francs.
Chaque album de cette série est également disponible à lunité, de 22 à 30 francs. Le fan très fan ou très fortuné ajoutera le coffret «collector», qui restitue le son mono des enregistrements de 1963 à 1967. Dix disques plus deux bonus reprenant le matériel (mixé en mono) des Past Masters. Le contenu de ce coffret nest pas disponible à lunité et coûte environ 400 francs.
Question: que viser parmi le catalogue des remasters stéréo avec 100 francs en poche? Choix impossible, subjectif, bien quil paraisse clair que les conditions denregistrement des deux premiers disques Please Please Me et With the Beatles (1963) ne permettent pas de miracle. Voix à gauche, instruments à droite
Chaque élément est restauré, mais laddition du tout ne permet pas dilluminer lensemble comme sur les disques ultérieurs des «Fab Fours».
Les concept albums sont évidemment à mettre au sommet de la liste: le Sgt Peppers Lonely Hearts Club Band et le White Album, dont Back in the USSR, rugit comme jamais. Dear Prudence fait «sentir» ce que le travail de mastering permet à la moindre respiration de gagner en fabuleuse amplitude! Revolver, chefs-duvre de modernisme pop, simpose aussi. La troublante Eleanor Rigby navait jamais connu de violons si profonds. Bravant la contestation des puristes, on mettra enfin Let It Be dans le sac, pour entendre la production de Phil Spector dans toute sa puissance.
Source : 24heures
La vie
• La Biographie
• La Chronologie
• L’avant Beatles
• Les Photographes
• L’après Beatles
• Les Beatles vus par…
• Le Wiki
• La Ville de Liverpool
Around...
• I Know you, and you know me
• Smells like Beatles Spirit
• Les Cinquièmes Beatles












