{{Panier percé. Criblée de dettes, la prodigue photographe américaine na que treize jours pour rembourser.}}
La photographe américaine Annie Leibovitz vient de passer du papier glacé des magazines à la rubrique judiciaire. Le 29 juillet à New York, elle comparaissait devant la cour suprême de lEtat de New York pour non-paiement dune dette de 24 millions de dollars à une institution financière, Art Capital. La nouvelle, surprenante vu le standing de la photographe, a fait les choux gras du New York Times, et lhebdomadaire New York Magazine consacrait une longue enquête aux déboires de lAméricaine de 59 ans, collaboratrice régulière des très chics Vogue et Vanity Fair.
Après avoir contracté avec Art Capital, en décembre 2008, une série de prêts en échange dune hypothèque sur les droits de ses uvres, Annie Leibovitz a désormais jusquau 8 septembre pour rembourser ses dettes au risque de voir ses biens immobiliers et artistiques vendus. La banque Goldman Sachs est entrée dans la danse en affirmant posséder une partie de la dette de lartiste, déclaration vite contre-attaquée par Art Capital. Laffaire semble dautant plus incongrue que la photographe américaine est entourée dune aura luxueuse, certaines rumeurs faisant état dun contrat «à vie» de plusieurs millions de dollars par an avec léditeur Condé Nast pour les éditions de Vogue et Vanity Fair.
Portraitiste. Surexposée (elle était présente à la Maison européenne de la photographie à Paris au printemps 2008), surdemandée (elle a signé des campagnes pour Louis Vuitton ou Gap), surmédiatisée, Annie Leibovitz sest forgée, dans la pure tradition warholienne, une réputation de portraitiste des «riches et célèbres». De John Lennon et Yoko Ono jusquà Demi Moore nue et enceinte jusquaux yeux en couverture de Vanity Fair en passant par la chanteuse Bette Midler lovée dans un bain de roses, ses clichés ont fait le lien entre la contre-culture américaine des années 70 et le mainstream actuel.
Entre récupération et entrisme, celle qui débuta en suivant les chaotiques tournées des Stones – et en sencanaillant avec lécrivain gonzo Hunter S. Thompson – a toujours fait preuve dironie face à ses modèles, osant même demander à la reine Elizabeth II denlever la tiare de son habit officiel lors dune séance photo à Buckingham Palace, la jugeant «trop habillée».
Annie Leibovitz perçoit-elle lironie de sa situation actuelle ? La photographe a commenté létat de ses finances de manière élusive, parlant de «temps difficiles». Quoi quil en soit, ses anciens collaborateurs, assistants ou amis pointent tous sa gestion catastrophique des affaires courantes, son goût du luxe. Selon Dan Kellum, son ancien assistant, elle «voudrait que sa vie soit comme un magazine, où tout est parfait». Le New York Magazine évoque ainsi la générosité dont elle fait preuve avec ses proches, citant lachat dun appartement donnant sur la Seine, quelle a offert à sa compagne, la philosophe Susan Sontag (disparue en 2004, lire ci-contre).
De même, une rumeur tenace rapporte quen 1987, quand American Express engagea Annie Leibovitz pour sa campagne, elle sétait vue refuser plusieurs fois le droit davoir une carte de crédit de la marque. Autre source de déboires rocambolesques : ses projets immobiliers, puisque lartiste a coutume dacheter, revendre et reconstruire des logements dans Greenwich Village, à New York, empruntant et hypothéquant à tour de bras pour financer le tout.
Blizzard. Désinvolte, voire inconsciente pour tout ce qui touche aux questions financières, Annie Leibovitz est, à linverse, une perfectionniste obsessionnelle sur les prises de vues. Arnold Schwarzenegger se souvient encore davoir patienté des heures dans le blizzard glacé lors dune séance de photos pour Vanity Fair en 1997. Annie Leibovitz fait également preuve dun certain mépris pour les problèmes matériels. Dès ses débuts au magazine Rolling Stone, la photographe se fait remarquer en perdant des appareils, en égarant des liasses de billets ou en abandonnant des voitures de location sur des parkings. Des heures de préparation en amont (elle «vit» pendant quelques jours avec ses modèles avant de les photographier), une armée dassistants, un budget décors et costumes : les shootings dAnnie Leibovitz relèvent du tournage hollywoodien. Avec à sa tête, dans le rôle du metteur en scène (parfois tyrannique), la photographe. Au lieu de présenter une série dépreuves aux magazines ou aux clients, lartiste nen proposerait quune seule. Annie Leibovitz a moins de deux semaines pour trouver la bonne option.
{Source : Liberation /Par CLÉMENT GHYS}













