Cet homme, à la coiffure improbable et à l’oeil de chouette égarée, s’appelle Phil Spector. Il risque jusqu’à dix-huit ans de prison depuis qu’un tribunal de Los Angeles l’a reconnu, lundi, coupable de meurtre au second degré sur la personne de Lara Clarkson. Affublé d’une de ses innombrables perruques, un badge « Barack Obama Rocks ! » au revers du costard et un pin’s aux couleurs du drapeau américain sur la cravate sang de boeuf, Spector a accueilli le verdict, avec l’hébétude et les grommellements qui, tout au long du procès, lui ont servi de dénégations.
La balle qui a explosé le crâne de Lara Clarkson a braqué les projecteurs sur celui qui n’était plus qu’un vague souvenir des swinging sixties. Spécialiste des arrangements tonitruants, le producteur, aujourd’hui âgé de 69 ans, est pourtant une légende du rock and roll. Il a travaillé avec Elvis Presley, les Beatles, les Ramones, Tina Turner, Céline Dion etc. Décrit par ceux qui l’ont approché comme un génie et un détraqué, il vivait, depuis la mort de John Lennon, en misanthrope richissime, isolé dans son manoir, le château Pyrénées, une folie béarnaise à tourelles, construite par Sylvestre Dupuy, un ancien éleveur originaire du Sud-Ouest. C’est là, qu’après une soirée très arrosée, il invite Lara Clarkson, hôtesse dans la section VIP du House of Blues, un club fréquenté par les huiles de l’industrie musicale. À 5 heures du matin, coup de feu. Le chauffeur, qui somnolait dans la Mercedes, voit arriver son patron, un pistolet à la main et du sang plein les doigts. « Je crois que je viens de tuer quelqu’un », dit Spector, qui assurera, par la suite, que Lara s’est, en fait, accidentellement suicidée.
Bien qu’aucune trace de poudre n’ait été trouvée sur ses mains, des témoignages l’accablent. Quatre femmes ayant refusé ses avances viennent raconter comment elles ont été menacées par un Phil Spector ivre et armé. Sans parler des anecdotes rapportant qu’au cours d’enregistrements, Spector, perfectionniste et surexcité, brandissait son revolver. De ce gâchis, je tire trois conclusions. La première est que, quoi qu’il se soit réellement passé, on voit, là comme ailleurs, les conséquences catastrophiques du cocktail alcool plus armes à feu. La deuxième est que je trouve pitoyable qu’un artiste soit si peu civilisé. Fût-ce une rock star. La troisième est que, sans faire bon marché de la liberté d’autrui, la vie en prison ne sera, au fond, pas si différente de celle que, reclus, égomaniaque et solitaire, Spector menait déjà.
Source : Sud- Ouest / Anne Pourillou journiac












