Le dernier CD de Sir Paul est un alliage de folk, de blues, de country, de pop et d’expérimentations sonores, qui a été décrit par le Times de Londres comme la «rencontre de Arcade Fire et de Led Zeppelin».
Tel le costume revêtu par l’acteur, The Fireman n’existe que pour une raison : sortir Paul McCartney et Martin Glover (alias Youth) de leur habituel sillon musical et leur permettre de créer sans contrainte. Avec la sortie d’Electric Arguments, son troisième album, le duo confirme ce que l’on savait déjà : les années sont loin d’avoir dompté l’esprit aventureux de l’ex-Beatles, unique compositeur du projet.
«L’idée derrière la création de The Fireman, c’était de se donner une liberté complète en studio. C’est quelque chose qui m’intéresse depuis Sgt. Pepper, où nous avions emprunté des personnages afin de nous mettre dans cet état de disponibilité. Ce genre de subterfuge vous donne l’impression que tout est possible et vous permet d’être moins sérieux», a indiqué Sir Paul, il y a quelques jours.
C’est dans ce climat de totale ouverture qu’ont d’abord été créés Strawberries Oceans Ships Forest en 1993 et Rushes en 1998, deux albums instrumentaux qui, avec leurs ambiances dansantes ancrées dans l’électronica, constituaient des ruptures importantes dans le répertoire de Paul McCartney.
Après un hiatus de 10 ans, c’est maintenant au tour de Electric Arguments de voir le jour. Ce disque, avec son titre inspiré d’un poème d’Allen Ginsberg, annonce une autre rupture. Pour la première fois, la musique de The Fireman s’accompagne en effet de chant. Ses textes, eux, portent la signature de McCartney et laissent place à l’interprétation des auditeurs.
«Les gens ont toujours vu beaucoup plus derrière mes paroles que je n’ai jamais eu l’intention d’y mettre. Cette fois-ci, je me suis plongé dans des recueils de poésie, principalement ceux des poètes beatniks des années 60. J’y ai cherché l’inspiration et des mots que je pourrais m’approprier», a expliqué McCartney.
Comparaison flatteuse
Quant à sa facture sonore, elle délaisse les rythmes en boîte pour un rock aussi éclaté qu’éclectique, avec son alliage de folk, de blues, de country, de pop et d’expérimentations sonores, qui a été décrit par le Times de Londres comme la «rencontre de Arcade Fire et de Led Zeppelin». Une comparaison que McCartney a accueillie comme un compliment.
«C’est Youth qui a suggéré qu’on ajoute des voix. Je lui ai répondu que je n’avais pas écrit de chansons, que je n’avais pas d’idées. Mais parce que c’est Fireman et que nous sommes prêts à tout, j’ai dit : ?Pourquoi pas!? Je me suis donc mis à improviser, et une première chanson est née de là», a fait savoir l’ex-Beatles.
De fil en aiguille, 13 pièces ont finalement été enregistrées, au rythme d’une par jour, sur une période d’un an. Des pièces qui, avec leur voix ? principalement celle de McCartney ? ont pris la forme de véritables chansons, et qui, en raison de la contrainte de temps que s’est imposée Fireman, ne sont pas non plus dépourvues d’une certaine immédiateté.
«L’album a pris une vie qui lui est propre. Nous avons pris des décisions, notamment d’ajouter des paroles, et cela nous a guidés vers un format de chansons. Chaque jour, nous nous inspirions de l’actualité et des sentiments qu’elle suscitait et nous incorporions cela dans nos compositions. C’est ce qui a fait que, parfois, nous voulions être lourds, et que d’autres fois, on penchait davantage vers les chants de sirènes!» d’illustrer McCartney.
Cette licence artistique, le duo l’a aussi transposée aux affaires, optant pour une démarche et une étiquette, One Little Indian, indépendantes. «Je suis intéressé à n’importe quelle façon de garder le processus de création rafraîchissant. De travailler avec de nouveaux collaborateurs, ça m’expose à de nouvelles idées et c’est ce qui me garde toujours aussi passionné de créer», a laissé entendre McCartney.
Assumer la paternité
Depuis ses débuts, l’ex-Beatles a toujours privilégié cette approche dans la composition. C’est dans l’échange avec d’autres musiciens qu’il garde la flamme. «J’aime travailler avec quelqu’un d’autre. J’aime aussi laisser la direction à quelqu’un d’autre. C’est plus agréable que de rester assis seul dans une pièce toute une journée.»
Avec Fireman, la collaboration pourrait même se transporter sur scène. Alors que, dans le passé, les deux musiciens avaient décidé de garder l’anonymat, ils assument maintenant pleinement la paternité du projet. Lors d’une récente entrevue, Sir Paul n’a d’ailleurs pas écarté la possibilité que le duo monte sur les planches afin d’y défendre son nouveau matériel.
«Il y a une bonne chance que The Fireman se produise sur scène. Je vais le lui demander!» a-t-il lancé à la blague.
Source : Kathleen Lavoie / Le Soleil












