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Stella McCartney, jeune femme dans le vent

Un essaim de jeunes femmes devant des ordinateurs à dessin, des échantillons de dentelle piqués aux murs et des couches-culottes bio, à l’accueil : l’atelier couture de Stella McCartney, à Londres, ressemble, avec ses fenêtres en meurtrières, à un gynécée postmoderne. La fille de l’ex-Beatles, cheveux roux et yeux bleus, est d’emblée un motif d’irritation pour les célibataires de la planète, façon Bridget Jones. La styliste de 37 ans mène avec brio carrière et vie de famille, avec un mari glamour, ex-fondateur du magazine Wallpaper et trois chérubins en trois ans.
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1971
Naissance à Londres.
1986
Stage chez Christian Lacroix, à Paris.
1995
Diplômée du Central Saint Martins College of Art and Design, à Londres.
1997
Remplace Karl Lagerfeld comme directrice artistique de Chloé, à Paris.
2001
Lance sa griffe dans le giron du groupe Gucci.
2008
Ouvre sa première boutique à Paris, le 3 décembre.
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A défaut de marquer son époque comme son père, Stella McCartney la symbolise. C’est une fille dans le vent, soucieuse de protéger la vie et la planète : en un mot, romantique et bobo, comme le marché aux puces de Portobello, à Notting Hill, où elle a installé sa maison de couture. Ici, pas le moindre lacet de cuir. Interdits aussi les boutons de nacre ou la fourrure. « Aucun cadavre ne franchira ma porte », martèle cette végétarienne depuis toujours. Les pelisses sont en mèche de laine, les souliers en résine ou bois et les boutons en plastique.
Cela n’a pas empêché sa petite entreprise de 120 salariés de devenir rentable, pour la première fois en 2007. Un ovni parmi les griffes de luxe qui font de gros bénéfices sur les sacs et escarpins de peaux. Stella doit ouvrir, mercredi 3 décembre, sa première boutique en France, sous les arcades du Palais-Royal. « Paris ? C’est mon challenge à moi. C’est là que j’ai choisi de défiler, car Londres ou New York, vu mes origines, c’était facile : j’ai besoin d’avoir un peu peur pour me surpasser. »
Certes, il faut une sorte d’aiguillon pour travailler, quand on est la fille d’une pop star milliardaire. « Contrairement à Mick Jagger qui hantait les nuits londoniennes, mes parents vivaient isolés, travaillaient beaucoup et… ne me donnaient guère d’argent de poche », lâche Stella. Née en 1971, un an après la séparation des quatre gars de Liverpool, la cadette a été élevée dans le Sussex, avec son petit frère, James, et ses deux soeurs, Mary et Heather la première fille de Linda. C’est alors un garçon manqué qui monte à cheval et fréquente l’école publique. Stella semble persuadée d’avoir « eu une enfance normale », avec… John Lennon en tonton d’Amérique et Stevie Wonder, en invité surprise au souper. Dotée d’une belle voix, la cadette a enregistré, à 15 ans, des choeurs sur l’un des albums du paternel. Elle va pourtant faire carrière dans la mode, inspirée, dit-elle, par les tenues rock’n’roll de sa mère, Linda. « J’ai cherché quelque chose dans l’art, explique Stella, parce que cela aurait été un cauchemar de reprendre le flambeau : on m’aurait attendue au tournant. »
Peine perdue. Musicienne frustrée devenue couturière, elle ne sera pas épargnée. « Fille à papa », « despote », titrent les journaux quand, en 1995, pour l’examen final de la prestigieuse école de mode Saint Martins à Londres, elle fait défiler ses créations sur les épaules de ses copines : Naomi Campbell et Kate Moss. « Chloé voulait un grand nom… Ils l’ont eu mais dans la musique, pas dans la mode », renchérit Karl Lagerfeld, alors que dix-huit mois plus tard elle lui succède à la direction artistique de la maison Chloé, à Paris. « J’ai honte d’être britannique », écrira même Anna Wintour, la rédactrice en chef du Vogue américain (celle du film Le Diable s’habille en Prada), à propos d’une collection ratée.
Dès cette époque, le clan fait front : pas un show sans Sir McCartney (anobli par la reine en 1996) et Linda, jusqu’à sa disparition, en 1998. Quand la benjamine se fait assassiner par la presse, les parents en rajoutent, jusqu’à remonter le podium en lançant des roses. « Notre Stella, elle a la pression », souligne sa soeur Mary, devenue photographe comme sa mère. « Je dois quelque chose à ma famille, j’ai une certaine barre à franchir », explique Stella. Cette héritière opiniâtre, à l’orgueil démesuré, ne se laissera jamais démonter. En 1995, John Galliano chez Dior et Alexander McQueen chez Givenchy font souffler un vent de folie british sur Paris. Stella, elle, va imposer une femme sage, un tantinet « hippie chic ». « Steel Stella » (« Stella d’acier ») comme on la surnomme, a emmené dans ses bagages un drapier de Savile Row, Edward Sexton, réputé pour ses costumes de dandy. Sa première collection pour Chloé – mélange de nuisettes et de vestes à la coupe tailleur – est un franc succès.
L’ingénue de 26 ans réussit là où Karl Lagerfeld a échoué : sortir la griffe de sa léthargie. Mais trois ans plus tard, alors que son assistante et amie Phoebe Philo l’a remplacée comme styliste, les ventes vont bondir davantage encore : les insinuations sur le manque de talent de Stella reprennent.
En lançant sa propre marque, en 2001, au sein du groupe Gucci (aujourd’hui, propriété du groupe français Pinault-Printemps-Redoute), la belle rousse peut se forger un prénom dans la mode. Son style à la fois romantique et décontracté séduit la jet-set, mais pas seulement. Fin 2005, ses quarante modèles dessinés pour H & M, le géant du textile suédois, s’arrachent comme des petits pains.
Parce qu’elle refuse de toucher au cuir, la jeune styliste développe des « accessoires végétariens », comme elle les baptise curieusement. Ses chaussures réclament trois fois plus de temps à fabriquer. « Un designer digne de ce nom doit explorer de nouvelles voies, car tuer des animaux au nom de la mode est démodé », assure-t-elle.
« Amour de la vie, liberté de ton, sensualité… toute la personnalité de Stella transparaît dans ses créations », assure Jeff Koons, l’artiste qui a dessiné pour elle, en 2006, des imprimés et un bracelet en forme de lapin. En moins de sept ans, entre la robe de mariée de Madonna et des vêtements pour sportives chics, Adidas by Stella McCartney, la fille de Paul a lancé deux parfums, de la lingerie délicate et rétro et une ligne de cosmétiques bio, dont son visage poupin et dépourvu de maquillage est le meilleur ambassadeur.
« Avant, les journalistes m’interrogeaient sur mon père », lâche Stella. « Depuis que l’environnement est à la mode, ils s’intéressent à ma couture écologiquement correcte. » Et l’enfant de la balle de se demander quand on la prendra vraiment au sérieux.
Véronique Lorelle

Source : LE MONDE

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