Leurs deux premiers albums Strawberries Oceans Ships Forest (1993) et Rushes (1998) avaient été baignés d’un anonymat volontaire. Instrumentaux à dominante électronique, ils étaient passés à peu près inaperçus. Mais pour leur troisième disque, Electric Arguments, cette fois converti au format chansons, le duo formé sous le nom de The Fireman par Paul McCartney et le producteur et bassiste Martin « Youth » Glover, fait retentir les sirènes de la promotion.
Lundi 24 novembre, le jour de la parution, la presse internationale était conviée à se rendre à Londres, dans une ancienne caserne de pompiers (« fireman » en anglais) de Waterloo Road, transformée en restaurant. Là, dans une ambiance qui se voulait conviviale, quatre tables d’une dizaine de journalistes recevaient tour à tour l’ancien Beatles, armé d’un micro.
Ces conditions d’entretien qu’on n’accepterait pas d’un autre, on les tolère de Sir Paul, à cause de son aura historique, de son humour affable, de son habileté à charmer avec concision, en gentleman relax de 66 ans. Pendant l’interview, il parle au téléphone à son fils James, dont il produit le premier album. Il se réjouit de la victoire de Barack Obama, et se propose d’aller chanter Michelle à la femme du futur président des Etats-Unis.
Répondant à un ballet de questions aux accents scandinave, japonais, hispanique, allemand, italien, français ou parfaitement britannique, Paul McCartney revient d’abord sur la genèse du projet Fireman. « J’avais demandé à Youth de remixer une de mes chansons. Nous nous sommes découverts des goûts communs pour la peinture, la poésie. Nous avons poursuivi. Au début, il s’agissait de se faire plaisir, de bidouiller de la musique comme des enfants entourés de jouets. On travaillait sur des boucles, des rythmes hypnotiques. »
« ECHAPPER À MA ROUTINE »
Aucun des noms des musiciens n’apparaissait sur les deux premiers albums. « Cet anonymat, explique McCartney, me permettait d’échapper à la routine pop, de m’alléger du nom « Paul McCartney ». J’avais juste l’impression m’amuser. J’ai la chance de pouvoir me le permettre. »
Le duo s’affiche aujourd’hui en revenant au métier de l’ex-Beatle : auteur-compositeur de chansons. « Macca » continue pourtant de revendiquer la dimension expérimentale de son travail avec Youth, bassiste de Killing Joke, devenu, entre autres, le producteur de The Orb, Depeche Mode et U2. « On commençait souvent par quelques mots tirés d’un recueil de poésies de Ginsberg ou Ferlinghetti, qu’on assemblait sur le modèle du cut-up cher à Burroughs. »
Un jeu de collage auquel s’est greffé un jeu de rôle. Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas entendu le chanteur s’amuser autant à changer de voix. « Cela me rappelait Sgt Pepper’s Lonely Heart Club Band (1967). A l’époque, pour échapper un peu à la pression de ce que les gens attendaient des Beatles, nous nous étions mis dans la peau d’une fanfare. Cette fois, je plaisantais avec Youth en prenant par exemple la voix grave de Tom Waits. Il me disait : « Vas-y, chante comme ça ! » Jouer un personnage vous emmène ailleurs artistiquement. » Pendant l’enregistrement, il dit avoir écouté du blues et Françoise Hardy.
Habilement, Paul McCartney a fait coïncider la sortie d’Electric Arguments avec la promesse de publication d’un inédit des Beatles, Carnival of Light (Le Monde du 20 novembre). « En 1967, on m’avait demandé un morceau pour un festival de musique expérimentale, organisé au Roundhouse, à Londres, dit-il. Pendant les sessions d’enregistrement du « double blanc », j’avais demandé à mes camarades de m’accorder 15 minutes, pour enregistrer ce qui leur passait par la tête. Le résultat a été bizarre. Plus tard, j’ai voulu faire figurer le morceau dans la compilation Anthology des Beatles, les autres s’y étaient opposés. »
A travers cette anecdote et The Fireman, McCartney chercherait-il à faire montre d’une sensibilité « expérimentale » souvent associée à John Lennon ? « Dans les années 1960, vivant à Londres, rappelle Sir Paul, j’avais plus d’occasions que John, qui vivait en famille à la campagne, de fréquenter l’avant-garde. Je menais ce type d’expériences en dilettante. John a eu l’intelligence de publier un morceau comme Revolution n°9 dans le « double blanc ». En fait, nous étions aussi audacieux l’un que l’autre. »
Stéphane Davet
Source : LE MONDE












