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Début lundi du procès pour meurtre du mystérieux producteur Phil Spector

Le producteur Phil Spector va comparaître à partir de lundi devant un tribunal de Los Angeles pour répondre du meurtre d’une actrice, lors d’un procès télévisé qui devrait jeter une lumière crue sur ce personnage mystérieux, légende de la musique pop-rock.
Spector, 66 ans, avait été arrêté le 3 février 2003 après la découverte du corps de Lana Clarkson, une ancienne actrice de série B, devant le manoir du producteur au nord-est de Los Angeles.
Les enquêteurs affirment que Spector a tué cette ex-starlette de 40 ans d’une balle dans la tête. L’inculpé, qui risque la prison à vie, assure que Clarkson, qu’il venait de rencontrer dans un restaurant de Hollywood, était ivre et s’est suicidée.
Le procès doit commencer par la sélection du jury, qui peut prendre plusieurs jours. Le juge Larry Fidler a donné l’ordre de convoquer quelque 300 jurés potentiels dans la perspective d’audiences qui pourraient s’étaler sur deux à trois mois.
Le magistrat a accepté la présence de caméras dans la salle d’audience mais promis qu’il interromprait la retransmission en cas de dérapage, citant en contre-exemple le procès d’O.J. Simpson en 1995 à Los Angeles, dont la confusion avait encore été augmentée par sa diffusion en direct à la télévision.
« Après O.J. (…) de nombreux juges ont dit non aux caméras dans les salles d’audience. C’est vraiment la première fois » depuis 1995 qu’un procès impliquant une célébrité est retransmis à la télévision, souligne Jean Rosenbluth, professeur de droit à l’Université de Californie du sud.
Le producteur comparaît libre après avoir versé une caution d’un million de dollars et est défendu par Bruce Cutler, un avocat au style flamboyant qui a compté parmi ses clients le parrain de la mafia new-yorkaise, John Gotti.
Si le procès de Spector n’a pas le potentiel d’attraction de celui de Simpson ou plus récemment de Michael Jackson, la retransmission télévisée des débats « va progressivement attirer l’intérêt » du public américain, estime le spécialiste des médias Robert Thompson.
Pour Mme Rosenbluth, une ancienne procureur qui a assisté à des audiences préliminaires dans cette affaire, « le dossier du parquet est solide ». « Il y a le fait que (Clarkson) a été tuée par l’arme (de Spector), personne ne conteste qu’elle le connaissait à peine, ce qui rend improbable l’idée d’un suicide dans sa maison », explique-t-elle.
Né en décembre 1940 à New York, Spector a obtenu son premier numéro un des ventes de 45 tours aux Etats-Unis dès ses 17 ans avec le groupe qu’il avait formé dans son lycée. Millionnaire à 21 ans, il a transformé la musique pop dans les années 1960 avec une révolution technique baptisée « le mur du son ».
Il a produit ou coproduit d’innombrables chansons à succès, entre autres « Unchained melody », « River deep, mountain high » et « Proud Mary ». Parmi les albums portés sur les fonts baptismaux par Spector figurent « Let it be » des Beatles, « Imagine » de John Lennon et « All things must pass » de George Harrison.
Après avoir été le pygmalion des « Ronettes » et produit des artistes aussi différents que Leonard Cohen et le groupe punk « The Ramones », il a quasiment cessé toute activité artistique depuis le début des années 1980 et vécu en reclus, entachant sa réputation par des excès de violence, de boisson et sa passion pour les armes à feu.
Ce personnage de petite taille et de constitution frêle, aux cheveux bouffants décolorés et aux fines lunettes fumées, avait affirmé dans un rare entretien au journal anglais Daily Telegraph, quelques semaines avant son arrestation, être « (son) pire ennemi ». « J’ai des démons intérieurs qui me combattent », avait-il dit.

Source : LOS ANGELES (AFP)

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