Dessins, manuscrits, instruments et films de l’ex-Beatle ont été réunis pour un parcours émouvant.
Après Hendrix en 2002 et Pink Floyd en 2003, la Cité de la musique met en scène John Lennon sur toute sa surface d’expo disponible (deux étages). Ça tombe bien : il aurait 65 ans et cela en fait vingt-cinq que Mark Chapman (à qui la justice américaine a encore refusé une liberté conditionnelle l’an dernier) l’a tué par balles.
Prêtresse. On pourrait commenter ici les subtilités de l’élégante scénographie, mais l’honnêteté commande de dire qu’on sort de ce parcours lennonien assommés d’émotion et de tristesse. Non parce que l’événement ravive la plaie (on a eu le temps de s’en remettre), mais parce qu’il nous emmène sur le chemin de croix (en treize stations ici, de l’enfance à la mort devant le Dakota Building) des illusions politiques et artistiques de la deuxième moitié du XXe siècle. Lennon les a si bien incarnées, et l’expo les retrace avec tant de netteté ! Les dessins, les manuscrits, les instruments, les films et par là-dessus, la grande prêtresse Yoko Ono pour perpétuer le culte en veillant à son orthodoxie : elle a suivi de près la conception de l’expo.
La Cité évite pourtant de verser dans la bête célébration, cherchant plutôt à illustrer un Lennon «caméléon» (le mot est de lui), celui qui a fait mille choses, tout en s’efforçant d’échapper aux étiquettes qu’on voulait lui coller. Yoko Ono, séduite par le projet, a prêté beaucoup d’objets, dont un fameux piano (lire ci-dessus). En revanche, Apple Records est resté sourd. De ce fait, la période Beatles est un peu bâclée.
Définitif. Le week-end du 28 au 30 octobre et le mardi suivant, un programme de projections fera revivre Lennon sur grand écran sous ses différentes facettes. Simultanément, paraît un double CD qui n’apporte rien à la discographie voire. Yoko Ono assure qu’aucune autre «piste oubliée» ne sortira plus des tiroirs, et que le Definitive Lennon a vocation à le rester. La mort de Jimi Hendrix avait enterré les années 60. Celle de Lennon a liquidé tout ce qui avait pu y survivre. Vivement la suite.
Source :
par Edouard LAUNET
