Widgets Amazon.fr

Lennon revient parmi les siens

Plus célèbre que le Christ, John Lennon? Autant célébré, en tout cas. La catéchèse des héros du XXe siècle s’accompagne imparablement d’un calendrier liturgique qui n’oublie pas ses martyrs, et cet automne sera dans ce sens une période chargée: il y a soixante-cinq ans (9 octobre 1940), Lennon naissait à Liverpool; il y a (presque) vingt-cinq ans (8 décembre 1980), il trépassait sous le flingue de Mark David Chapman. Vie et mort d’un «working class hero»?
C’est du moins ce titre qu’a choisi sa veuve Yoko Ono pour célébrer la mémoire de son mari, en une nouvelle anthologie qui regroupe en deux CD le meilleur du travail «solo» de l’ex-Beatle. Une façon, selon elle, de focaliser sur la naissance de Lennon, sa part de vie plutôt que sa fin tragique que le mois de décembre ne manquera pas de rappeler au bon souvenir de la mémoire collective. Avec la tentative d’assassinat contre le pape, la mort d’Elvis, le crash de Lady Di et les attentats du 11 septembre (et, pour les territoires francophones, l’électrocution de Claude François!), le meurtre de John Lennon figure en bonne place des tragédies postmodernes, vécues comme un trauma durable par une large partie de la population mondiale. Pour beaucoup, une sorte de Christ était effectivement mort ce jour-là? Les hagiographes de tous pays pouvaient honorer le prophète, et il ne s’agit pas ici de poser une nouvelle pierre à son mausolée.
Lennon/McCartney, «as ever»
D’où l’intérêt de cette compilation, qui permet d’oublier un brin le mythe et de mettre en lumière le musicien plutôt que l’homme public, bien que les deux états, chez Lennon, fussent inextricablement imbriqués. Et ce qui rend d’autant plus intéressante cette anthologie, c’est qu’elle paraît peu ou prou en même temps que le nouvel album de Paul McCartney, bien vivant lui, tellement en forme même qu’il signe avec Chaos and Creation in the Backyard son meilleur travail depuis ses premiers jets solos post-Beatles (lire notre édition du 22 septembre) . Et c’est une vérité bien déroutante que de constater que, trente-cinq ans après la fin des Fab Fours, deux anciens Beatles donnent toujours le ton de la rentrée musicale! Après avoir été, selon les mots de McCartney, au poste de vigie d’une génération, les deux frangins terribles tiennent encore le gouvernail, pas seulement vis-à-vis des cohortes de nouveaux groupes se réclamant de leur héritage, mais aussi par la seule qualité de leur travail solo. Celui de «Macca» renoue avec une certaine épure et avec une qualité de songwriting qu’il fut le premier à oser (l’ajout de violons dans une folk song comme Yesterday !). Celui de Lennon, malgré l’éclectisme de douze années en solitaire ou entouré de sa muse, paraît plus actuel que jamais, alors que les guitares sixties, portées par Franz Ferdinand, The White Stripes et autres Dandy Warhols, retrouvent le chemin des hit parades.
«Le génie existe. J’en suis un.»
En trente-huit chansons et près de cent cinquante minutes de musique déroulée, Working Class Hero ressuscite le lexique lennonien. Une ?uvre écartelée entre ses contradictions, entre son amour et sa haine du genre humain, sa passion pour le rock’n roll à vif et son talent pour les mélodies pures, son ascendance anglaise et sa nouvelle nationalité américaine, son rejet du pouvoir et son statut d’icône pop. «Ce sont ces cons de fans qui essayaient de faire de moi un Beatle!», lançait-il à Rolling Stone en janvier 1971 avant d’ajouter: «Le génie existe. J’en suis un.»
Cette morgue et ce besoin de se poser en artiste au-delà du «produit Beatles» qu’il juge alors infâmant, ont conduit Lennon à l’exploration de nouveaux terrains aux bonheurs divers. Les expérimentations bruitistes et les protest songs naïves ne passent pas aussi bien (litote!) le test des années que, disons, le plus mauvais morceau de Imagine . Mais la force de cette compilation réside aussi dans sa façon de présenter l’artiste sans tricher, avec ses errements, ses moments de gloire et surtout dans toute son absolue honneté. Un credo jamais trahi par Lennon, et en cela la meilleure promesse d’éternité pour ses chansons. Plus que le produit d’une époque, elles sont l’écho sincère d’une âme à vif, et peut-être bien d’une sorte de génie? Celui-ci, à 65 ans, se serait volontiers vu encore écrire des chansons, avec Yoko… «Nous formerons un couple heureux, quelque part en Irlande, en regardant l’album de notre folie.»

Source : François Barras

JE M'ABONNE A LA NEWSLETTER

Envie de ne rien manquer des Beatles et de Yellow-Sub ? Abonnez-vous à la newsletter et recevez nos actus, offres et information concours
JE M'ABONNE
Garantie sans SPAM ! Conformité RGPD.
close-link