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Paul McCartney, seul et en majesté

Dix-neuf fois déjà, Paul McCartney a sorti un nouvel album. Dix-neuf fois depuis ce jour du printemps 1970 où il annonça que les Beatles s’étaient séparés. Et dix-neuf fois, on a comparé ? est-il mieux, est-il toujours le même, est-il infidèle ?

Chaos and Creation in the Backyard, qui sort cette semaine (chez EMI), est le vingtième disque de la carrière solo de McCartney. Et, au jeu de la comparaison, ce disque est peut-être le plus convaincant, le plus riche, le plus séduisant. Un piano à la Lady Madonna dans Fine Line, la chanson d’ouverture, une guitare légère et douce à la Blackbirds dans Jenny Wren, une mélodie à la For No One dans English Tea, une coda à la Golden Slumbers dans Anyway… Nostalgie ? Paul McCartney a sans doute dépassé ce stade, et depuis longtemps.

En juin 2004, on avait pu voir au Stade de France un Macca se repaissant du songbook enchanté des Beatles, de Got to Get You into my Life, deuxième chanson du concert, jusqu’à l’enchaînement final de Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band et The End. Communion parfaite, retrouvailles soyeuses et le fantasme accompli d’un «grand» concert des Beatles, puisque le groupe, à l’époque de ses tournées (jusqu’en 1966) ne jouait guère plus d’une quinzaine de chansons sur une sono d’une affreuse médiocrité. Avec un confort que n’avaient jamais connu les Beatles et une énergie démentant son âge, McCartney était troublant de fraîcheur, de générosité, d’aisance. Et il donnait l’impression d’avoir ramassé le temps, aboli une partie de l’histoire en chantant sa moitié du répertoire des Beatles. Une sorte de révisionnisme absous par le plaisir…

Est-ce la conséquence de cette tournée ou le même symptôme de bonne santé ? Toujours est-il qu’il semble aujourd’hui que le poids de ses jeunes années soit à la fois plus léger et plus présent chez McCartney : il assume pleinement ses tics d’écriture (les fameuses mélodies «descendantes» que les Beatles imposèrent à la culture pop mondiale), son bagage harmonique (l’enseignement initial de George Martin, approfondi avec sérieux depuis quarante ans), sa voix aux aigus limités mais toujours très droits…

Quatre ans après Driving Rain, album qui n’a guère marqué les mémoires, ce retour de Paul McCartney ne manque pas de noblesse, de grandeur et, pour tout dire, d’un talent qui s’était quelque peu dilué ces dernières années. On retrouve évidemment un peu des Beatles, mais aussi des chansons d’une efficacité qui fait penser aux années 70 de Macca (neuf singles et sept albums classés n° 1 des classements de ventes aux Etats-Unis dans les douze années suivant la séparation).

C’est paradoxalement en abandonnant une part des commandes de son album que McCartney s’est trouvé aussi clairement tel qu’en lui-même : George Martin, le génial producteur des albums des Beatles (79 ans depuis le 3 janvier), lui a recommandé de faire appel à Nigel Godrich, producteur de Radiohead ou de Beck. Dès les premières séances de travail, Godrich le confronte à un constat embarrassant : depuis les Beatles, McCartney n’a pas toujours été bien entouré musicalement. Personne n’a jamais considéré les Wings comme de grands musiciens et, chaque fois qu’il a fait appel à une «pointure» des studios, celle-ci a aussitôt été tétanisée par la légende. Or il compte parmi les quelques musiciens de rock capables de jouer d’à peu près tous les instruments (c’est lui, par exemple, qui remplace Ringo Starr à la batterie dans Back in the USSR). Alors, pour la première fois depuis McCartney, son premier album solo, en 1970, il va jouer de presque tous les instruments sur Chaos and Creation in the Backyard. Et le choix des instruments n’est pas non plus innocent : la basse Hofner qui doit toute sa gloire à la beatlesmania, la batterie Ludwig de jadis, la guitare Epiphone Casino de l’album Revolver… Et peu importe la maladresse des percussions vaguement latines dans Certain Softness…

Le chanteur ne cache guère que le travail sur l’album n’a pas été de tout repos, notamment parce que Nigel Godrich lui a régulièrement fait retravailler ses chansons avant l’enregistrement ? une attitude que sir Paul a dû peu connaître depuis trente-cinq ans qu’il navigue en solo. Une chanson comme How Kind of You, avec sa mélodie disjointe qui fait penser à certains titres peu aboutis des Wings, y gagne une ampleur (piano, bugle, guitares, percussions…) qui rehausse un texte volontiers dramatique : «I thought my faith had gone/ I thought there couldn’t be/ A someone who was there, for me» («Je pensais avoir perdu la foi, qu’il ne pouvait plus y avoir quelqu’un, pour moi»).

A 63 ans, Paul McCartney ne chante pas la sagesse détachée de l’âge mûr, mais au contraire des mélancolies et des blessures qu’il ne cherche nullement à cacher. Il évoque de façon plus ou moins directe le poids des deuils et des séparations, des désillusions et de la solitude, tant il est flagrant qu’il est définitivement marqué par les morts de John Lennon, de George Harrison ou de Linda, son épouse pendant vingt-neuf ans. Qu’on ne s’éton-ne pas, dès lors, que la pochette du disque de Chaos and Creation in the Backyard (littéralement : «chaos et création dans la cour de derrière») soit une photo de lui jouant de la guitare dans le jardin de sa mère, en 1962…
Nous vous rappelons qu’à l’occasion de la sortie de cet album, la rédaction de Yellow-Sub.net se mobilise et vous propose dans ses colonnes :
_ – [Un dossier spécial sur cet album, et le premier single accompagnant sa publication, « Fine Line ».->rub1048] _ – [Un forum spécial consacré à l’album->art7906]

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Fine Line / How Kind Of You / Jenny Wren / At The Mercy / Friends To Go / English Tea / Too Much Rain / A Certain Softness / Riding To Vanity Fair / Follow Me / Promise To You Girl / This Never Happened Before / Anyway

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Source : Bertrand Dicale

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