Les stars ont répondu à l’invitation de Bob Geldof et participent demain à «Live 8», soit une série de concerts dont le principal a lieu à Londres. Elles veulent faire pression sur le G8 mais font surtout grincer des dents.
La sainteté n’est pas à la mode en Angleterre. «Saint Bob» Geldof, qui en juillet 1985 avait organisé «Live Aid», un miraculeux concert de rock au profit des victimes de la famine en Ethiopie, est attaqué pour sa naïveté, son arrogance voire son «impérialisme culturel» aujourd’hui qu’il met la dernière main à «Live 8», un autre spectacle planétaire. Sa musique pop réussira-t-elle, comme il le souhaite, à consigner la pauvreté aux livres d’histoire?
La semaine dernière, «Saint Bob» a fait une courte apparition sur la scène du festival de Glastonbury et a trouvé les mots justes pour faire vibrer la corde sensible de ces dizaines de milliers d’amateurs pataugeant dans la boue entre deux morceaux de musique.
«Je veux», a-t-il entonné, «que chacun d’entre vous croit qu’il peut changer la situation du peuple le plus opprimé de cette planète. Je veux que vous preniez la main de la personne à côté de vous et que vous répétiez ensemble: «Make poverty history» («faisons de la pauvreté de l’histoire ancienne»). Mourir de la faim est une absurdité intellectuelle».
La liste est belle
«Saint Bob», ou sir Bob, 54 ans, depuis qu’il a été anobli par la reine d’Angleterre en 1986, espère que le message trouvera une audience vraiment planétaire ce samedi lors de «Live 8», une gigantesque série de 10 concerts organisés simultanément en Allemagne, en Italie, au Canada, au Japon, en Afrique du Sud et partout au Royaume-Uni. Les producteurs estiment que la diffusion de ces concerts à la télévision, à la radio, sur internet et même sur des téléphones mobiles a une audience potentielle de 5,5 milliards de personnes, soit 85% de la population mondiale.
Le «Times», qui calcule plus froidement, estime à près de huit milliards de francs suisses la valeur des stars qui se produiront sur scène à Hyde Park à Londres. C’est une belle liste: sir Paul McCartney, U2, Pink Floyd enfin reformé, Madonna, Robbie Williams, The Who, Annie Lennox, sir Elton John, etc. La tête tourne quand on additionne les concerts de Rome, Paris, Tokyo, Berlin, Philadelphie ou Toronto.
Sir Bob Geldof a demandé à sir Paul McCartney de terminer le concert londonien par «The Long and Winding Road» («Une route longue et sinueuse») après quoi les centaines de milliers d’amateurs prendront la route d’Edimbourg où, à partir du 6 juillet, se tient le sommet du G8 des huit nations sensées être les plus riches (et les plus polluantes) de l’univers. Selon sir Bob, le «Live 8» doit sermonner le «G8».
L’arrivée dans la capitale écossaise d’un million de musicologues, d’anarchistes, de défenseurs de l’environnement ou d’écoliers invités par sir Bob «à quitter l’école pendant une semaine et à se mettre en marche pour la justice» fait frémir la police écossaise déjà chargée de la protection de huit chefs d’Etat et de gouvernement les plus importants de la planète.
La presse, restée sceptique après les résultats du Live Aid de 1985, tire à boulets rouges sur les organisateurs et les participants: «Une fois de plus», lit-on dans le «Daily Mail» (centre droit), «les enfants affamés et terrorisés d’Afrique vont avoir la vedette pour essayer de sauver les réputations chancelantes de nos stars vieillissantes qui ont gardé la nostalgie des foules».
Oasis a d’autres soucis
Même le monde, passablement incestueux de la musique «pop» n’est pas convaincu. Noël Gallagher d’«Oasis» a trouvé autre chose à faire le 2 juillet. «Est-ce qu’ils s’imaginent que ces mecs du G8 vont écouter «Sweet Dreams» d’Annie Lennox et décider de passer l’éponge sur la dette de l’Afrique. J’aime bien Bono (U2) et Chris Martin (Coldplay) mais avec tous les autres, j’ai des problèmes.»
La misère de l’Afrique est-il un problème trop important pour être laissé aux musiciens? Le «Guardian», centre gauche, faisait écho aux doléances de John O’Shea, le directeur de Charity Goal, une autre organisation charitable à vocation planétaire. «L’incendie fait rage au Darfour, au Congo en Ouganda. Nous avons besoin de pompiers et non de personnes distribuant du chocolat.»
Personne n’ose parler de chiffres en présence de «Saint Bob» car certains sondages d’opinion l’attristeraient: selon Sky News, chaîne plané- taire, moins d’une person- £ne sur cinq en Europe es- time que l’événement «fera une différence». N’empêche: «J’en avais les larmes aux yeux», admet une jeune admiratrice qui vient de l’entendre à Glastonbury. I
Bono, le copain de Bob, se défoule sur les plus grandes scènes du monde. Mais jamais comme chez lui, à Dublin.
Source : La Liberté












