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Quand les scarabées couraient sur le port de Hambourg

Quand les scarabées couraient sur le port de Hambourg


La première trace discographique des Beatles, en accompagnateurs du falot Tony Sheridan, ressort version Deluxe.
 
Beatles période 1963, une année après leur retour des rues chaudes de Hambourg. Dalmas   
Qui se souvient de Tony Sheridan? Avec son nom qui, à 20 ans, le destinait à animer les croisières de retraités américains, le jeune rocker installé à Hambourg au début des années 60 est pourtant resté dans la postérité comme l?outsider qui s?est payé le plus légendaire backing band de toute l?Histoire pop ? à l?époque où celui-ci jouait pour 3 francs 6 sous et roupillait dans des vestiaires de strip- teaseuses qui, occasionnellement, déniaisaient ses membres à l??il.
La story des Beatles, pour beaucoup, débute entre Liverpool et son Cavern Club, et Londres et ses maisons de disques, parmi lesquelles Polydor empocha le morceau en 1962. Mais certains puristes avouent une affection exclusive pour la période qui vit les ex-Quarrymen, puis Silver Beatles, traîner leurs basques dans le quartier chaud de Hambourg, eldorado au rabais pour des musiciens anglais fauchés, expatriés pour ne pas rester anonymes parmi la ribambelle des groupes de pub britons. Un premier séjour en 1960 (George Harrison, 17 ans, se fait renvoyer chez ses parents par la police allemande) annonce un second voyage en 1961, dans des clubs où le groupe fait office de juke-box, assure trois sets par nuit, fait la connaissance avec les amphétamines pour rester éveillé et entretient sa fibre rock?n?roll ? Lennon porte cuir et banane, et la légende veut qu?il ait uriné depuis un balcon sur un groupe de nonnes qui passait par là?
Avec Pete Best à la batterie, Lennon, McCartney et Harrison acquièrent une réputation de stakhanovistes doués. Tous les soirs, ils croisent Tony Sheridan, un chanteur avec un contrat en poche et un premier album sur les starting-blocks. La bonne main-d??uvre (anglaise) est rare: Sheridan recrute le trio pour des sessions d?enregistrement qui, dans leur essence, ne différent pas du patchwork rock?n roll que jouait quotidiennement les Beatles ? ils transportaient 150?chansons dans leur besace! Plusieurs séances se déroulent, et les détails demeurent flous sur l?implication exacte des quatre Anglais dans ce qui constituait de «simples» reprises destinées au marché allemand, où les 45?tours sortirent d?ailleurs sous le nom de Tony Sheridan & The Beat Brothers. Le «rythme», sur ces incunables à la production sans fioritures, les «frères» l?ont incontestablement. Ils débordent aussi d?une fluidité et d?une animalité féroce qui transcendent ce qui demeure un bon exemple de rock?n roll assimilé par des Européens bien blancs ? pour apprécier le talent de «juke-box» des Beatles à son climax, mieux vaut se ruer sur le double CD Live At The BBC, inégalé.
Mais cette réédition d?une première trace discographique du plus grand groupe pop conserve néanmoins ses hauts faits, avec en tête la version sauvage de My Bonnie, où Lennon s?arrache les paumes en clap frénétiques. Ruby Baby fonctionne comme un excellent brin de r&b sec et râpeux, tandis que (When) The Saints visite l?original dans un style louvoyant et sexy façon Elvis. L?album propose aussi la version de Sweet Georgia Brown dont Sheridan réenregistra les paroles en 1964 pour se moquer du succès de ses anciens accompagnateurs! Surtout, le fan se contentera du premier morceau, Ain?t She Sweet, unique chanson où Sheridan abandonna le micro à «son» guitariste, un gamin un peu replet mais sans doute plein d?avenir, John Lennon. 
   
    François Barras 
 

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