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« Acoustic », la beauté de l’épure en seize titres

Depuis l’assassinat de John Lennon, le 8 décembre 1980, Yoko Ono distille inédits et versions alternatives de son époux avec un sens avisé du commerce. Il y eut deux albums (Milk and Honey et Menlove Ave.), un coffret (Anthology) et un tour de passe-passe qui consista à transformer une chanson (Free as a Bird) écrite six ans après la séparation des Beatles en tube du groupe « reformé » en 1995 – sans lui évidemment.


On pensait que l’avant-gardiste japonaise avait épuisé ses munitions. L’album Acoustic, qui vient de paraître, prouve qu’il n’en est rien et que des joyaux dorment peut-être encore dans ses réserves.


Le concept est pertinent : présenter Lennon dans le plus simple appareillage, son timbre de fêlures et de brisures accompagné de sa seule guitare. Le Beatle fait partie de ces très rares artistes (avec Bob Dylan, Neil Young et quelques autres) capables de coller le frisson avec une formule aussi minimaliste. N’est-ce pas ainsi qu’il avait enregistré Julia, pour sa mère, ou Working Class Hero, pour le prolétariat mondial ?


MÉLANCOLIE INCURABLE


On aimerait écrire du mal d’Acoustic parce que Yoko Ono a une trop bonne compréhension du mercantilisme, mais c’est impossible. Les seize titres réunis constituent des épures magnifiques qui invitent à partager l’hypersensibilité de Lennon, sa mélancolie incurable, sa violence endémique et ses fulgurances. Peu importe que sept versions seulement soient inédites, le reste provenant d’Anthology. Seuls les inconditionnels qui se sont rués en 1998 sur ce recueil de gemmes et de fonds de tiroir auront le sentiment de s’être fait avoir – et ils n’en ont sans doute pas terminé.


Parmi les nouveautés, une version bêlante et malade de Cold Turkey, afin d’évoquer la méthode la plus radicale pour décrocher de l’héroïne, et un Well Well Wellbrut de décoffrage.


Ce que l’on connaissait déjà, c’est ce Love qui rend instantanément amoureux, ce Watching the Wheels (sans doute son ultime chef-d’?uvre) façon Bob Dylan, ou ce Real Love qui ridiculise ce que les Beatles reconstitués en ont fait sans lui.


Le défaut majeur d’Acousticest de ne fournir aucune indication de date ni de lieu. Son atout ludique d’offrir les grilles d’accords pour « les apprentis guitaristes ». On découvre ainsi que Lennon, tenu pour un instrumentiste de deuxième ordre, utilisa 56 accords (de sixième, septième ou neuvième) pour ces seize chansons. En se moquant de la virtuosité, mais toujours à la recherche de l’enchaînement parfait qui rendrait ses chansons éternelles.

Source : Bruno Lesprit / Le Monde

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