L’année 2008 sera celle de la ville des Beatles. Confiance, espoir, et renaissance sont les maîtres mots de la Capitale européenne de la culture qui parrainera de fait des dizaines d’événements.
Au 10 Mathew Street, une volée de marches descend vers la pénombre du Cavern Club. Au fond de la salle, à l’opposé du bar, une petite scène rappelle que tout commença ici, au c?ur du vieux Liverpool, en 1961. Les « Fab Four » rajeunirent le monde dans cette cave humide où ils jouèrent près de 300 fois. « Liverpool est un réservoir de vie », avait observé, en 1927, le psychologue Carl Jung. Les Beatles, tous enfants du port, lui donnèrent joliment raison.
Quarante-deux ans après leur premier disque, Liverpool tire le meilleur profit de ses glorieux fils. Elle offre aux fans en mal de pèlerinage des circuits en bus « magiques et mystérieux » sur tous les lieux de légende – de Strawberry Fields à Penny Lane -, sans oublier la maison d’enfance de Paul et la statue en bronze de John dans l’aéroport international qui porte son nom. Sur Albert Dock, une nouvelle exposition permanente présente « L’histoire vivante » du groupe, un récit de l’épopée raconté par Julia, s?ur de John, que l’on suit, casque à l’oreille, dans les corridors d’un petit musée. Son directeur, Jerry Goldman, rêve de voir un jour Liverpool égaler Memphis, où le souvenir d’Elvis attire neuf millions de visiteurs par an.
Le marketing effréné qu’inspirent aujourd’hui les Beatles trahit un remords, car la ville a beaucoup tardé avant de comprendre que le célèbre quatuor était son plus précieux patrimoine. Au point d’avoir naguère laissé détruire en partie l’ancien Cavern, à quelques yards du club actuel. Maintenant que les Beatles sont identifiés pour toujours à leur cité natale, et lui assurent une rente, Liverpool joue d’autres cartes. » Dans son acte de candidature pour le titre de capitale européenne de la culture en 2008, sur les 150 pages un seul paragraphe évoquait les Beatles, note Joe Riley, rédacteur en chef du Liverpool Echo, le plus fort tirage local. La ville ne se contente plus de vendre son passé. »
Pari gagné. Le 4 juin 2003, Liverpool l’emportait face à cinq villes rivales du royaume, dont la favorite, Newcastle. Manchester avait accepté de ne pas entrer en lice pour laisser sa voisine porter les couleurs de la région. 2008 est le nouvel horizon de Liverpool, qui parrainera, cette année-là, des dizaines d’événements culturels. La ville en attend de grands bienfaits. « 14 000 emplois, 1,7 million de visiteurs et 2 milliards de livres d’investissements supplémentaires », prévoit Mike Storey, chef du conseil municipal. David Henshaw, directeur général du conseil, se réjouit de la « réponse encourageante » des milieux d’affaires. Liverpool fêtera aussi – en 2007 – ses 800 ans et le souvenir du roi Jean sans Terre qui la fit naître.
Autre grande nouvelle, cruciale à long terme : le 2 juillet, plusieurs quartiers de la ville ont été inscrits par l’Unesco sur la liste du Patrimoine culturel mondial. Hommage mérité à cette cité de bâtisseurs qui compte, autour d’Albert Dock, le plus grand nombre d’immeubles classés en dehors de Londres. Harvey Lonsdale Elmes avait 25 ans lorsqu’il dessina le St George’s Hall, imposante merveille néoclassique (1854) en cours de restauration, qu’ornent les statues des marchands qui l’avaient commandité.
Joyau architectural de Liverpool sur les quais de la rivière Mersey, les Trois Grâces symbolisent la ville depuis près d’un siècle. Achevé en 1911, l’immeuble Liver – le plus célèbre des trois – aux tours jumelles surmontées de leur oiseau de pierre, servit de modèle à plus d’un gratte-ciel new-yorkais. C’était un temps où les édifices de Liverpool, deuxième ville de l’Empire, exaltaient l’optimisme conquérant, et où celle-ci prétendait rivaliser avec Londres, imitant ses statues, copiant les noms de ses rues et de ses clubs. Une « quatrième Grâce » devait les rejoindre dans quelques années : ce gros champignon de verre, qui nourrit la controverse – « Comme la tour Eiffel à son époque », sourit Kris Donaldson, l’un des hommes chargés de « vendre » le nouveau Liverpool – ne sortira sans doute jamais de terre, les partenaires publics ayant récemment renoncé à le financer.
Liverpool revient de loin. L’orgueilleuse ville natale de William Gladstone, qui avait bâti sa fortune sur le coton, le sucre et la traite des esclaves, perdit de sa superbe entre les deux guerres, avant de sombrer au fond de la déprime. Son dernier demi-siècle fut, pour l’essentiel, celui d’un lent déclin – crépuscule portuaire, chômage, dépopulation – où le triomphe des Beatles et les succès des deux clubs de football (Liverpool FC et Everton) n’offrirent que des répits sans lendemain. Cette ville atlantique, dernière escale avant l’Amérique, se replia sur ses doutes et se raidit sous l’égide d’une municipalité travailliste d’un autre âge, doctrinaire et malthusienne, remplacée en 1997 par une équipe libérale démocrate, qui gère et incarne aujourd’hui son renouveau grâce notamment à l’argent de l’Europe (1,5 milliard de livres entre 1994 et 2008).
Confiance, espoir, renaissance sont les mots qui reviennent dans toutes les bouches. Après l’arrogance d’antan, l’abattement puis l’humilité, Liverpool retrouve la fierté, la foi en elle-même. Elle qui vit passer neuf millions d’émigrants veut redevenir « une destination ». Son vieux c?ur, longtemps délaissé, a accueilli 10 000 nouveaux habitants en cinq ans. Les projets urbains fourmillent : un centre de conférences, une salle de concert, des hôtels, un nouveau terminal portuaire, un immense ensemble commercial, l’extension des deux universités (80 000 étudiants). La reconversion du vieux quartier des docks, qui abrite le Musée maritime et la Tate Gallery, est un succès esthétique et populaire.
Liverpool a l’oreille musicale, nourrie des rythmes celtiques de ses ancêtres irlandais et gallois et des blues du temps de guerre importés par les GI qui donnèrent le Mersey Sound, dont s’inspirèrent les Beatles. L’enfant prodige, et meilleur chef d’orchestre britannique, Simon Rattle, parti à 25 ans, revient, le temps d’un concert, conduire le Fab 54, le Royal Liverpool Philharmonic. Les théâtres se réveillent en se souvenant d’avoir accueilli sur leurs planches Cary Grant et Chaplin enfant. The Walker reste le plus riche musée en dehors de Londres.
La Biennale d’art contemporain s’efforce, explique son directeur, Lewis Biggs, « d’attirer les artistes en leur permettant de gagner leur vie ici ». Grâce à la culture, Liverpool se redécouvre, se réinvente et s’aime à nouveau












