| A l’occasion de la publication du numéro de Décembre 2003, le magazine français « Rock’n Folk » sous la plume de Jérôme Soligny, consacre un grand article sur les Beatles et les produits incontournables de cette fin d’année (dans lequel Yellow-sub.net est mentionné).
Avec l’autorisation de Jérôme Soligny, que nous remercions vivement pour son soutien à notre site, nous vous livrons ci-après la transcription intégrale de cet article, suivi d’une rubrique qui vous livrera la liste des produits indispensables que le Père Noël vous apportera sans doute en cette fin d’année ! Bonne lecture, et bon Shopping !
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LIVERPOOL AUX ?UFS D?OR
Rigolote sur le papier ou dans les conventions, la polémique de comptoir qui, à un jet de boule de Noël, divise les fans des Beatles au sujet du remixage de ?Let It Be? et de l?éradication de touche spectorienne qui en faisait le charme depuis sa publication le 8 mai 1970, paraît bien désuète comparée à la réalité d?un métier qui chancelle et brûle ses dernières cartouches en même temps.
Quelle que soit la qualité intrinsèque de ?Let It Be? Naked?, moins révisionniste finalement que son prédécesseur, emballé à la hâte par un Spector au nez creux et aux dents longues qui, depuis le début des années 60, attendait l?occasion de sévir pour les Beatles, sa parution est lourde de symbole. On le claironne sur toutes les barricades depuis le début de l?année, l?industrie du disque se prépare au pire et même s?il existera toujours de la musique enregistrée (mais laquelle ?), et peut-être des gens pour en acheter, il est certain qu?elle va continuer à subir dans les mois à venir de profondes mutations obligatoirement douloureuses (de plan social en plan social). Pas moins alarmant, on sait que le DVD, support actuellement très en vogue chez les amateurs de musique, va lui aussi disparaître vite, dès que le super haut débit permettra de télécharger des films d?excellente qualité en un rien de temps. No Limit comme on dit chez Vaillante. Puisqu?on patauge déjà dans le désagréable, on peut également annoncer que les métiers se rapportant à la musique, les grands studios, les usines de gravure, les radios, les journaux (de rock par exemple) et les magasins vont tous morfler. En France, certaines grandes surfaces parlent de supprimer leur rayon disques dès l?an prochain.
Quatre musiciens aux personnalités surdimensionnées
Et alors que le tableau est plutôt sombre, paraissent simultanément en France et ailleurs, comme par hasard, une petite vingtaine de produits estampillés Beatles : CD, DVD et bouquins qui, comme depuis plus de trente ans, ne dépareront certainement pas au pied du sapin. Il y a là du bon et du moins bon, à boire et à manger, mais surtout un ?nouvel? album des Beatles. Pas une compilation, pas des chansons inconnues non plus mais un disque qui sonne neuf, et c?est normal puisqu?il a été complètement retravaillé en 2003. Un regard porté trop hâtivement sur la situation pourrait laisser penser qu?elle est simple : Paul McCartney n?ayant jamais aimé le son de la production de Phil Spector sur ?Let It Be?, et John et George étant partis courir dans les champs de fraise célestes, il a décidé de le faire remixer par les jeunes loups d?Abbey Road en pensant que Ringo Starr ne broncherait pas et que Yoko Ono n?y verrait qu?une nouvelle et substantielle rentrée de dollars. Erreur. On sait que c?est lors d?une rencontre fortuite en février 2002 que Macca et Michael Lindsay-Hogg, réalisateur du documentaire ?Let It Be?, ont évoqué l?idée de retravailler sur sa bande-son. Lindsay-Hogg lui même, attend depuis des lustres qu?on exploite officiellement le film en VHS puis DVD, mais Apple, pour des raisons sonores certainement mais avant tout stratégiques, avait choisi de gérer d?abord le projet Anthology et la compilation ?1?, destinés à rameuter les nouvelles générations. Mais bientôt, c?est annoncé, ?Let It Be? existera en DVD avec un mixage en phase avec les nouvelles normes DTS et 5.1. Et, pour plus de cohérence, on comprendra que Macca et les autres aient souhaité préparer le terrain en publiant un CD audio, plus nu et réaliste que l?album produit par Spector, mais correspondant à la fois au son du documentaire et par là même, à l?esprit ?retour aux sources? qui prévalait à l?aube du projet.
Joyeux bordel dans le quartier
Lorsque le producteur Denis O?Dell approcha les Beatles en décembre 1968 pour leur proposer de se produire dans le cadre d?un concert télévisé, précédé d?un documentaire sur les répétions censées se dérouler aux Twickenham Films Studios, les Fabs n?étaient pas exactement remis du White Album et aucun, hormis McCartney peut-être, n?était prêt à revivre l?enfer de ce double-album enregistré en 1968 par quatre musiciens aux personnalités surdimensionnées, déstabilisés par le décès de leur manager, et forcés par le destin à jouer aux apprentis businessmen. On connaît la suite. Les Beatles se les gèlent à Twickenham au lendemain du réveillon et McCartney a beau avoir convaincu les autres de la nécessité d?aborder le projet sans fioriture ni production excessive (George Martin est mis à l?index par un John envoûté par Yoko – omniprésente lors des séances – mais pas moins acerbe pour autant), rien ne sort des légendaire Get Back Sessions hormis George qui claque la porte le 10 janvier. Discussions au sommet, réajustement, le quatuor investit alors le sous-sol d?Apple (au 3, Savile Row à Londres) transformé en studio d?enregistrement dix jours plus tard, et George impose l?excellent claviériste noir Billy Preston aux séances. Tout simplement, avec sa bonne humeur communicative et son talent (le solo de ?Get Back?, c?est lui), Billy va sauver le projet. Momentanément. Ayant écarté toutes les propositions de lieu (sur un bateau, dans le désert, dans la cathédrale de Liverpool?), les Beatles, Preston et l?équipe de tournage de Lindsay-Hogg montent finalement sur le toit de leur QG le 30 janvier et y donnent le dernier concert de leur histoire. Joyeux bordel dans le quartier auquel la police va mettre fin en coupant le courant après 42 minutes de musique. Rideau.
Le feu vert pour avoir la paix
Remisé en attendant que le film soit monté puis retardé en attendant que la musique soit mixée (ingénieur des séances, Glyn Johns s?y collera en vain une paire de fois), le projet Get Back ne verra finalement le jour qu?un an plus tard, après la séparation officieuse des Beatles (le 10 avril 1970, dans le communiqué de presse annonçant la parution de son premier album solo, McCartney précisait qu?il ne jouerait plus jamais avec les trois autres). Entre temps, et avec Martin et Macca aux commandes, les Beatles enregistreront et feront paraître leur dernier album studio, ?Abbey Road?, fin septembre 1969. Le 23 mars 1970, Phil Spector est à Londres pour ?mixer? les bandes du projet Get Back. Il a convoqué un ensemble à cordes de vingt-sept musiciens, trois trompettistes, trois trombonistes, deux guitaristes et quatorze choristes pour enregistrer de nouveaux arrangements sur ?The Long And Winding Road?, ?Across The Universe? et ?Let It Be?. Le 2 avril, il regagne LA, un gros chèque en poche. La qualité de son travail, à des années lumières du concept initial, n?est pas à remettre en cause mais il semble que les Beatles, ravagés par la colère et la tristesse n?y aient prêté qu?une oreille distraite, ne donnant finalement donné leur feu vert que pour avoir la paix. Devenu ?Let It Be?, l?album parait sans la moindre interview promotionnelle et aucun des Beatles n?assiste aux premières du film à Londres, Liverpool et New York.
Confronter leurs points de vue à l?heure de la bûche
Hormis l?aspect sonore et les velléités de McCartney, Lindsay-Hogg et Apple de faire sonner ?Let It Be? comme il aurait toujours dû selon eux (un avis que Ringo et Yoko prétendent partager également), une récente enquête a démontré à Apple et Capitol que le public des Beatles rajeunissait et qu?il pourrait être judicieux de lui refourguer un disque garage dans l?esprit de ce qu?écoutent les gamins aujourd?hui, encore sensibles au rock?n?roll. La compilation ?1?, qui a atteint la cime des charts dans 34 pays et s?est vendue à près de 30 millions d?exemplaires dans le monde depuis sa publication en novembre 2000, a porté ses fruits : même si la génération du baby-boom constitue encore à l?heure actuelle l?essentiel du marché des Beatles, les vieux sont en passe d?être rejoints par leurs enfants. C?est la fameuse ? ?1? generation? que les marchands du temple Beatles entendent bien continuer à solliciter. Plus immédiat et dynamique, sans être surcompressé ou trop scintillant, et nettoyé des bribes de dialogue, le mixage de ?Let It Be? Naked? (vendu avec un épais livret et un second CD d?extraits de la BO du docu) exploite à fond les techniques les plus évoluées de traitement de son (les Beatles sont réellement dans votre salon !), tout en restant fidèle au concept de départ. S?il ne rameute pas tous les ados, il devrait logiquement faire cracher des millions de fans au bassinet, complétistes pour la plupart et ravis sûrement à l?idée de pouvoir confronter leur point de vue à l?heure de la bûche (sur yellow-sub.net, l?un des sites Beatles français les plus actifs, la polémique bat déjà son plein depuis quelques semaines).
Liverpool aux ?ufs d?or
Et donc, assurément pour profiter de l?effet ?Naked?, et se donner l?illusion, peut-être, que les Fabs pourraient sauver la reine chancelante (l?industrie du disque) et ses vassaux, les éditeurs de tous poils multiplient les parutions à l?approche des fêtes.
Côté DVD, en plus des ?Paul Is Live?, ?Quatre Garçons Dans Le Vent?, ?Lennon Legend?, ?The Four Ed Sullivan Shows Featuring The Beatles? et ?Concert For George?, déjà copieusement évoqués dans R&F, il convient de mentionner la sortie française (via TF1 vidéo !) de ?A Long And Winding Road?, une sorte d?anthologie parallèle et non autorisée en trois DVD (7 heures de programmes) qui ne risque pas de concurrencer l?originale mais offre un autre regard, forcément intéressant, sur la carrière des Fabs. Pratiquement sans musique des Beatles (on ne rigole pas avec ça), la force de ce document réside dans les témoignages des participants parmi lesquels Tony Sheridan (que les Beatles accompagnèrent à Hambourg), Julia Baird (la s?ur de John), Alf Bicknell (le chauffeur du groupe de 1964 à 1966) ou la garde rapprochée de Brian Epstein.
Moins musicaux mais beaucoup plus drôles, les deux DVD que diffuse Carlotta sont des monuments : ?La Première Folie Des Monty Python?, paru en 1971 sous le titre américain ?And Now For Something Completly Different?? compile des sketches de ces dangereux amuseurs tournés à l?époque pour la BBC. Destiné à breaker le marché US, ce film d?humour typiquement british (en VOST of course) doit sa présence ici au fait que George Harrison adorait les Monty (ils ont participé au Concert For George) et a produit certains de leurs films les plus célèbres. Plus hilarant encore, ?The Rutles/ All You Need Is Cash? est un pastiche de biopic, un documentaire tordant sur la carrière des Rutles qui comme leur nom l?indique ne sont pas les originaux mais presque? Née de l?esprit très tordu d?Eric Idle, cofondateur des Monty, cette bargerie de 1978, avec chansons bien dans l?esprit, amusa beaucoup George et Ringo et d?avantage Linda que Paul, parfois réfractaire à l?humour, qui n?apprécia pas que les Beatles puissent être raillés pour leur côté niais? Ces deux DVD sont admirablement présentés mais les puristes déplorent l?intervention de Mr Volcouve, auteur du livret de ?All You Need Is Cash? (jeter un ?il aux forums sur le Web), et grand bouffeur gaulois au râtelier Beatles, dont l?étalage de la collection de disques a déjà copieusement agacé les mêmes dans les bonus de ?Quatre Garçons Dans Le Vent?.
A feuilleter sans modération
De tous les Beatles books récemment parus en France, le plus vital est indiscutablement ?Enquête Sur Un Mythe? (Atlantica/ Séguier) d?Eric Krasker, très justement mentionné par Agnès Léglise dans sa rubrique du mois dernier. Avec une précision horlogère qu?apprécierait certainement Mark Lewisohn s?il lisait le français, Krasker revient sur les années 60-62 de la carrière du groupe, et tente d?élucider les différents mystères qui s?y rapportent comme la mort de Stuart Sutcliffe ou l?éviction de Pete Best. Elle a beau s?adresser d?abord aux spécialistes, cette somme de 400 pages se lit plutôt aisément et s?impose comme l?ouvrage définitif sur ces années cruciales. Dans le genre livre-objet, cadeau idéal qu?on a envie de garder pour soi, ?Lennon La Légende? de James Henke, conservateur en chef au Rock And Roll Hall Of Fame de Cleveland (qui accueillera George Harrison l?an prochain), est un splendide livre à tiroirs comme les affectionnent les enfants : le rédactionnel est une ode à la vie et à l??uvre de John Lennon, vraiment bien documenté, et chaque chapitre abrite, en guise de bonus, des fac-similés : des textes originaux de chansons, un paquet de chewing-gum Beatles, un ticket d?admission à l?Ed Sullivan Show ou des dessins de John sont ainsi dissimulés au fil du récit. L?ouvrage est présenté dans un boîtier orné par une photo célèbre de l?ami Bob Gruen et propose également le CD d?une interview de John donnée le 8 décembre 1980, jour de sa mort.
Dans le genre très beau également, ?Les Beatles/ Naissance D?Un Groupe Mythique? (Editions de la Martinière) est un album de photos de Harry Benson, à feuilleter sans modération pour revivre les aventures du groupe à Paris en 1964, à l?Ed Sullivan Show ou sur le tournage de ?A Hard Day?s Night?.
Comme des air-bags prêts à exploser
Plus dispensable, vient de sortir chez 10/18 ?Les Beatles?, version revue et augmentée d?un petit bouquin paru en 1972 dans la collection Albin Michel/ Rock&Folk, et rédigé par Alain Dister, photographe et rock-critic historique, cofondateur de la revue que vous tenez entre les mains. Bonne introduction à la carrière des Fabs, cette biographie ne saurait rivaliser avec celles signées Hunter Davies ou Philip Norman, mais a le mérite d?être en français, un atout non négligeable dans un pays réputé réfractaire aux langues étrangères en général et à celle de Shakespeare en particulier. La preuve, ?Paul McCartney/ Blackbird Singing?, recueil de textes paru chez le même éditeur, souffre d?une traduction parfois approximative (?When I?m Sixty Four?) ou trop académique (?Here Today?). Ils se sont pourtant mis à deux pour convertir en français les paroles des chansons de Paul McCartney (périodes Beatles et solo) mais la nécessité de connaître aussi bien l??uvre du musicien que les mécanismes des deux langues semble ne pas avoir effleuré l?esprit de l?éditeur.
Et puis trois CD pour la route de Noël qu?on souhaite à tous ni trop longue, ni trop ventée : ?Lennon Legend? (Capitol) est le best of de John réactualisé en fonction des clips du DVD, et ?Concert For George? (Warner), la BO du tribute orchestré par Clapton avec Ringo, Macca, Shankar, Preston, Petty et les autres, et un orchestre à cordes dirigé par Michael Kamen dont on vient d?apprendre le décès. Pour se remettre et rire un peu, et surtout parce que la vie est trop courte pour la passer assis, on conseillera vivement l?acquisition de ?The Punkles? (FGL), incontournable disque du réveillon. Gonflés comme des air-bags prêts à exploser, ces quatre Allemands passent le répertoire sacré (?Help!?, ?Hey Jude?, ?Michelle? ou ?Get Back?) à la moulinette punk pour en extraire la substantifique moelle des Four Moptops Le résultat n?est même pas moche, et tous les fans des Beatles qu?il révulsera n?ont qu?à rembarquer leurs guirlandes et aller se faire voir ailleurs, le plus loin possible de préférence. Let it be? à poil ! H
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