Géré de main de maître par la société Apple, qu’ils ont fondée en 1967 et que distribue avec une joie non dissimulable le groupe EMI, le catalogue des Beatles ne reste jamais très longtemps en friche. Il y a toujours un anniversaire ou un nouveau format pour une réédition en fanfare des chansons de ce qui restera le plus grand groupe pop de l’histoire de la musique.
Cette fois, Paul McCartney – car, avouons-le, c’est lui, aujourd’hui, le seul grand patron gestionnaire, Yoko Ono et Ringo se contentant de toucher les royalties – y va d’une petite vengeance déguisée sous des tonnes d’arguments musicaux.
Après avoir énervé la veuve Ono-Lennon en osant inverser les noms du sacro-saint crédit Lennon – McCartney sur les titres des Beatles repris lors de sa dernière tournée solo, Paulo le révisionniste a décidé de publier une version nue (naked) de « Let it be », le dernier album paru, en 1970, à la séparation des Beatles, même s’il fut enregistré avant « Abbey road », en 1969.
Au-delà de la vaste opération de marketing qui s’est traduite vendredi, par un concert de Abbey Road sur le toit du musée d’instruments de musique, à Bruxelles, le double CD « Let it be… naked » est un document d’histoire. Il s’agit du disque rêvé et réalisé par McCarney et George Martin, avec la complicité distraite du reste des Fab Four, avant que le producteur Phil Spector ne s’en saisisse pour y ajouter sa touche, ce fameux « wall of sound » (mur du son) qui lui vaut, aujourd’hui encore, d’être considéré comme un des plus importants producteurs des années 60 et 70.
Spector était à l’époque un proche de Lennon et de Harrison, dont il produira les premiers albums solo. Aujourd’hui, il attend son procès pour le meurtre (supposé) de son amie Lara Clarkson. McCartney ne l’a jamais aimé et obtient donc sa vengeance avec cette version épurée de « Let it be ».
« Naked », sans être supérieur à l’original, n’est pas sans intérêt. L’ordre des chansons (de « Get back » à « Let it be ») est plus logique, les anecdotiques « Dig it » et « Maggie Mae » ont été remplacés par l’excellent « Don’t let me down » et, pour les amateurs, un second CD, intitulé « Fly on the wall », joue la mouche présente en studio, avec les dialogues et ambiances de travail. Comme le dit la phrase consacrée, avec « Naked », c’est comme si on était dans le studio aux côtés des Beatles.
Les violons de « The long and winding road » et les fioritures de « Across the universe » manqueront à certains, qui devront se faire à ce nouveau son plus « live », plus sobre, de « Let it be », plus proche du film.
Le tout est de savoir si tout cela mérite un nouvel investissement. Pas sûr…·














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