Derrière l’image du dandy et gentleman, toujours tiré à quatre épingles, Robert Palmer, mort vendredi à Paris à 54 ans, appartenait à cette lignée de chanteurs britanniques d’exception, tels Rod Stewart et Joe Cocker, tous marqués par les musiques noires.
Comme Stewart et Cocker en solo, Mick Jagger, Robert Plant (Led Zeppelin) ou Paul Rodgers (Free), Palmer fait partie de cette génération d’artistes blancs qui ont été profondément marqués dans leur jeunesse par les chanteurs noirs américains, bluesmen le plus souvent.
Comme ces enfants de la middle class britannique, Palmer fera son apprentissage « à la dure », en sillonnant les routes du Royaume-Uni, au sein de groupes dont la notoriété dépassera rarement celle des mordus de musique : The Alan Bown Set, Dada ou Vinegar Joe.
Lorsqu’il quitte cette dernière formation, le jeune chanteur songe un instant à raccrocher mais Chris Island, patron de Island Records (l’homme qui a imposé Bob Marley auprès du public occidental, l’architecte du rock anglais des 60’s : Cat Stevens, Free, Jethro Tull, Roxy Music, Grace Jones…) le convainc de tenter sa chance en solo.
Sous l’égide de Blackwell, Palmer enregistre quatre albums qui portent la marque de ses passions: « Sneakin’ Sally Thru The Alley » (1974, gorgé de rythmes et mélodies de la Nouvelle Orléans), « Pressure Drop » (1975, aux accents reggae), « »Some people Have All The Fun » (1976) et « Double Fun » (1978), qui paressent sur les rythmes nonchalants du funk.
Outre la musique, ce beau gosse soigne également les pochettes qui le voient systématiquement flanqué de jolies filles, imposant l’image d’un séducteur dont il aime jouer.
Au début des années 80, Robert Palmer effectue une véritable mue musicale. L’époque est aux synthétiseurs et il se glisse avec bonheur dans le sillage de la new wave, avec l’album « Clues », dont sont extraits ses deux premiers tubes : « Looking For Cues » et surtout « Johnny And Mary ». La publicité fait appel à ce thème, comme elle le fera peu après d’une autre composition, « Every Kind Of People ».
L’image et le visuel auront un rôle décisif dans la carrière de Palmer : en 1986, « Addicted To Love » et son vidéo-clip où il apparaît entouré d’un groupe de créatures de rêve, en fait un des artistes-phares de la chaîne de télévision musicale MTV qui vient de naître. La même année, il y aura aussi « l’album « Riptide » (N05 au hit-parade américain) et la chanson « I Didn’t Mean To Turn You On » (N02).
Il compose aussi la musique d’un film réalisé par Nathalie Delon, compagne de Blackwell (« Sweet Lies ») et en 1987, il quitte les Bahamas où il vit depuis 1977, pour s’installer avec sa famille en Suisse. A la même époque, il signe un nouveau contrat avec EMI chez qui il enregistra une demi douzaine de disques. Nouveau succès en 1988 avec « Simply Irresistible ». Il participe à la B.O de « Pretty Woman » le film qui révèle Julia Roberts (1990). Il s’associe avec le groupe UB40 pour une reprise de Dylan « I’ll Be Your Baby Tonight ». En 1992, il réalise un rêve d’enfance en enregistrant des standards des comédies musicales et des big bands (« Riding High »), ce qui lui vaut de passer fin novembre deux soirs avec un grand orchestre au Royal Albert Hall de Londres.
Sa versatilité et son image de play-boy ont sans doute un peu desservi les qualités du chanteur. « Je n’aime que les chansons. Il n’y a aucun groupe ni chanteur que j’aime en bloc. Je picore à droite à gauche et je me fais des cassettes. Ca va de Fred Astaire au folkore africain », avait dit Palmer dont un des derniers enregistrements aura été une reprise de « The Long And Winding Road » des Beatles.












