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George Harrison – Concert hommage : une chronique

Autant mettre fin au suspense, Bob Dylan n’est pas apparu au concert en hommage à George Harrison, vendredi 29 novembre au Royal Albert Hall de Londres. En tournée américaine, le baladin avait prévenu de son absence la semaine dernière, avant d’interpréter Something. Pas de Dylan, donc, pour la célébration de « la vie et de l’?uvre » du guitariste des Beatles, mort le 29 novembre 2001, mais quelques noms sur l’affiche qui justifiaient amplement le déplacement : Eric (Clapton), Ringo (Starr), Paul (McCartney) et les autres.

Une heure a suffi pour que les places mises en vente trouvent preneurs. A l’extérieur, quatre fidèles d’Hare Krishna manifestent bruyamment, avec tambourin et clochettes, leur admiration pour le Beatle hindianisant. A l’intérieur, un chanceux nous assure qu’il a pu pénétrer dans l’enceinte sans billet, en économisant la modique somme de 150 livres. Des tarifs prohibitifs, mais la recette était versée à The Material World Charitable Foundation, organisme créé par le disparu en 1973.

Un portrait de Harrison moustachu, en sage oriental, surplombe la scène. Des musiciens en sari prennent place. Sa veuve, Olivia, allume quelques bougies avant que n’apparaisse celui à qui elle a confié la direction des opérations musicales, Eric Clapton. On n’est pas sûr que cela soit la meilleure idée, au regard de la production récente du guitar hero, mais cette réserve sera vite balayée.

« God » explique que les amis de George ont répété pendant trois semaines et que la soirée va débuter par une « expérience spirituelle ». L’hommage du maître au disciple. L’octogénaire Ravi Shankar salue celui qu’il considérait comme « son fils », s’assoit, et laisse à sa fille, Anoushka, le soin de s’emparer du sitar, dont elle joue prodigieusement. Avec un ensemble de 40 instrumentistes et choristes, le musicien indien a conçu une suite pour celui qu’il nommait Jairaj, mêlant une adoration de Ganesh, la chanson méconnue de Harrison, The Inner Light (chantée par le leader d’Electric Light Orchestra, Jeff Lynne) et un chant d’offrande, Arpan. Il y a plus de trente ans, lors du concert pour le Bangladesh organisé par Harrison, des spectateurs manifestèrent leur impatience. Ce soir, Ravi Shankar et les siens sont acclamés après quarante minutes de raga. Les temps ont heureusement changé.

Un intermède et l’effigie a été remplacée par une photo de Harrison jeune, au temps des Beatles. La spiritualité cède provisoirement la place à l’humour british. La joyeuse bande des Monty Python, reconstituée pour l’occasion, interprète Sit on My Face en tenue de serveurs de restaurants… avant de dévoiler des culs nus derrière le tablier.

Place, enfin, aux collègues du rock. La scène du Royal Albert Hall s’emplit jusqu’à l’engorgement. En première ligne, les chanteurs, Clapton et Lynne, et le fiston de Harrison, Dhani (producteurs avec Lynne de l’album posthume Brainwashed). Derrière eux, une dizaine de musiciens chevronnés, le facétieux percussionniste Ray Cooper, le claviériste de Procol Harum Gary Brooker ou le batteur vétéran Jim Keltner. Six guitaristes, deux batteurs, et autant de claviers, saxophones et choristes.

Clapton a réuni un « supergroupe » et opté pour le « mur du son », le mille-feuille instrumental inventé par l’Américain Phil Spector, qui produisit All Things Must Pass, le grand ?uvre de Harrison. Une ampleur de cathédrale pour rendre gloire à ces chansons ? I Want To Tell You, If I Needed Someone, Old Brown Shoe ? que Lennon et McCartney n’accueillirent qu’avec parcimonie. Ce parti pris génère le plus souvent de la mélasse sonore, ici tout est idéalement en place, puissant et dense.

LA GUITARE DE CLAPTON

Interviennent Joe Brown (personne ne semble savoir qui il est) pour Here Comes the Sun et la chanteuse de soul Sam Brown, qui embrase Horse To the Water. La notoriété n’offre pourtant aucune garantie de réussite si l’on en juge par la version pataude que Tom Petty donne de Taxman. La baisse de régime est heureusement enrayée par l’association du rocker blond et de Jeff Lynne. Ils tentent l’impossible : ressusciter à eux deux les Traveling Wilburys (confrérie qu’ils formèrent avec Harrison, Dylan et Roy Orbison), et y parviennent miraculeusement pour un épatant Handle With Care.

Evidemment, les camarades de l’autre groupe auquel Harrison a appartenu ont été réservés pour la fin. On passera rapidement sur Ringo Starr, communiquant juste sa bonne humeur avec Photograph et Honey Don’t, pour en arriver à son bassiste. Paul McCartney expédie For You Blue dans les étoiles. Il entonne Something au ukulélé, sur un rythme jazzy, quand advient le moment le plus stupéfiant de la soirée. A mi-chemin, la chanson retrouve ses arrangements pop d’origine, Clapton fait pleurer sa guitare, chante à son tour l’hymne de Harrison pour cette femme que tous deux ont aimée. La suite était attendue : While My Guitar Gently Weeps, My Sweet Lord. Quand résonnent les derniers accords de Wah-Wah, George peut compter ses amis : ils sont 35 sur scène.

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