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[FOCUS] La chanson des Beatles Please Please me

Les secrets de la chanson des Beatles Please Please me
Please Please Me était l’une des ces chansons pop apparemment innocentes dont les pa­roles ont, en réalité, un sens subversif. Cer­ tains critiques y ont vu un plaidoyer en faveur de l’éga­lité du plaisir sexuel. Robert Christgau, le responsable de la rubrique musicale du magazine new-yorkais The Village Voice, a explicitement prétendu que le véritable sujet de la chanson était la fellation.
Iris Caldwell se souvient que Paul lui avait rendu visi­te un soir chez elle et lui avait lu les paroles de cette chanson, qu’il venait de terminer. « D’habitude, il prenait la guitare de mon frère pour chanter, se souvient-elle, mais ce soir-là, il s’est contenté de lire les paroles. À l’époque, j’ai pensé que ce texte n’avait aucun sens, et que la chanson serait horrible. » Il s’agissait au départ d’une chanson bien inoffensive, puisque le refrain avait été inspiré par Please, une chanson de Bing Crosby de 1962 composée par Léo Robin et Ralph Rainger, dont les premiers vers jouent sur l’homophonie des mots please (supplique) et please (s’il te plaît) : « Oh please, /end your little or to my pleas, Lend a ray of cheer to my pleas. Tell me that you love me too » (S ’il te plaît, prête une oreille attentive à ma supplique, illumine ma sup­plique, dis-moi que tu m’aimes aussi). John raconta plus tard qu’il se souvenait que sa mère, Julia, lui chantait cet­ te chanson quand il était enfant et qu’il avait toujours été fasciné par cette homophonie.
Lorsque John se mit au travail sur cette chanson, dans sa chambre, au 25 I Menlove Avenue à Liverpool (« Je me souviens encore de ce jour et de l’œillet rose sur le lit »), il imagina l’interprétation que Roy Orbison pourrait en donner, parce qu’il venait juste d’écouter Only The Lonely ; il est d’ailleurs facile d’ima­giner une version plus lente de Please Please Me chan­tée par Orbison. Le chanteur américain, un homme pâle, un peu empâté et qui ne quittait jamais ses lunettes noires, ne ressemblait pas à l’idée que l’on pouvait se faire d’une star du rock, mais il était brillant et inspiré, et composait ses propres chansons. Ses textes parlaient d’amour perdu, de nostalgie et de soli­tude. et il était facile à John de s’identifier à lui.
Quelques mois après que Please Please Me fut sorti et eut atteint la deuxième place des charts, les Beatles furent choisis pour assurer la première partie de la tournée de trois semaines que Roy Orbison allait faire en Grande-Bretagne. « Nous n’avons jamais parlé d’écriture durant cette tournée, raconta Orbison des années plus tard. Le sujet qui les préoccupait à l’époque était ce que je pensais de leurs chances sur le marché américain. Je leur ai conseillé de se faire connaître en tant qu’Anglais, et d’apparaître dans une émission du genre « E d Sullivan Show ».
Dans une interview au New Musical Express, accor­dée en mai 1963. Orbison ajouta : « Les Beatles pour­ raient être numéro un aux Etats-Unis. Ces garçons ont assez d’originalité pour conquérir les charts amé­ricaines au pas de charge comme ils l’ont fait ici, à condition de le faire bien. Ils ont quelque chose qui est entièrement nouveau, même pour les Américains, et malgré tous nos groupes capables d’obtenir un suc­cès, je crois qu’ils pourraient gagner la tête des charts… Il est intéressant de voir enfin paraître de nou­velles stars qui ne sont pas des versions édulcorées d’Elvis Presley. J’ai l’impression qu’ils ont défini et ont rendu célèbre leur propre son, et je crois que c’est le meilleur qui soit. Pour vous, c’est le son du Merseyside, mais je suis certain que les Américains diront que c’est le nouveau son anglais. »
Roy Orbison ne découvrit que John avait écrit Please Please Mc en imitant son style qu’en 1987, lorsque le producteur George Martin lui en parla dans les studios d’Abbey Road, durant la soirée organisée pour la commémoration du vingtième anniversaire de la sortie de Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band. « Il m’a dit que la première version ressemblait tellement à du Roy Orbison qu’ils ont été obligés de la changer un peu, ajoute Orbison. C’est le genre de choses que l’on est vraiment heureux d’apprendre. »
En mars 1963, John révéla que les Beatles avaient  d’abord penser mettre Please Please Me en face B de leur premier 45 tours, mais que George Martin s’était plaint de cette ressemblance. « Il trouvait les arrange­ments trop chargés, alors nous l’avons simplifiée, raconte-t-il. Dans les semaines qui ont suivi [les ses­ sions Love Me Do], nous l’avons retravaillée encore et encore. Nous avons changé le tempo, réécrit certains vers, et repris l’idée de l’harmonica à la manière de Love Me Do. Quand nous sommes retournés en studio, nous étions si heureux du résultat que nous voulions l’enregistrer tout de suite. »

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