Lorsque l’on pense à George Harrison, le premier lien qui se tisse est généralement avec la musique, tant son nom reste indissociable des Beatles. Pourtant, le « quiet Beatle », passionné par la spiritualité, la guitare et l’expérimentation sonore, était également un grand amateur de cinéma. Son film préféré, dont il ne s’est jamais caché, était la comédie satirique « Monty Python’s Life of Brian » (en français « La Vie de Brian »), signée par le célèbre groupe d’humoristes britanniques Monty Python. Sorti en 1979, ce long-métrage figure non seulement parmi les œuvres cultes de la fin des années 1970, mais entretient surtout une relation étroite et singulière avec George Harrison lui-même, qui en fut un ardent défenseur et même… le principal mécène.
Sommaire
Contexte historique et artistique : la rencontre avec les Monty Python
Les années 1970 marquent pour George Harrison une période d’émancipation créative. Après la séparation des Beatles en 1970, il investit son temps dans des projets variés : carrière solo, soutien à la scène musicale émergente, organisation du Concert for Bangladesh (1971), mais aussi un vif intérêt pour le cinéma. Durant cette décennie, le groupe de comédiens des Monty Python – composé de Graham Chapman, John Cleese, Terry Gilliam, Eric Idle, Terry Jones et Michael Palin – révolutionne l’humour britannique avec des sketches télévisés absurdes et décalés, ainsi qu’un premier long-métrage hilarant, « Monty Python and the Holy Grail » (1975).
George Harrison, grand amateur de leur sens de l’absurde, ne cache pas son admiration. Il se lie d’amitié avec Eric Idle, membre fondamental de la troupe. Les affinités artistiques entre Harrison et les Monty Python s’exacerbent lorsqu’ils cherchent à produire leur prochain film. Celui-ci sera une parodie biblique irrévérencieuse et intelligente, « Life of Brian », qui tourne en dérision le fanatisme religieux autant que le conformisme social.
Le tournant décisif : Harrison, producteur de « Life of Brian »
En 1978, alors que le projet « Life of Brian » se retrouve menacé faute de fonds, le producteur originel, EMI, reculant face aux potentielles controverses religieuses, George Harrison intervient de manière décisive. Il crée la société HandMade Films, dans le but avoué de sauver la production. Le financement du film par la star de la pop anglaise – à hauteur de 4 millions de livres sterling, somme considérable pour l’époque – sera perçu par Eric Idle comme « le billet de cinéma le plus cher de l’Histoire », car Harrison, fan inconditionnel, souhaitait avant tout voir ce film exister. Dans une interview, Idle a confié : « George voulait voir ce film. Il a littéralement hypothéqué sa maison pour nous aider à le faire. » Grâce à lui, « Life of Brian » sort en 1979, remportant un succès critique et public retentissant, malgré des polémiques religieuses dans plusieurs pays.
Un film favori et une complicité artistique
Ce long-métrage est plus qu’un simple favori pour Harrison : il incarne la quintessence d’un humour britannique qu’il adorait et un projet dans lequel il a activement investi, financièrement comme émotionnellement. George Harrison, intervenant occasionnellement dans l’univers du cinéma, ne sera jamais un producteur prolifique, mais HandMade Films contribuera par la suite à soutenir d’autres œuvres emblématiques du cinéma indépendant britannique, telles que « Time Bandits » (1981) de Terry Gilliam ou « Mona Lisa » (1986) de Neil Jordan.
Au fil des années, Harrison ne s’est jamais départi de son affection pour « Life of Brian ». Dans diverses interviews données durant les années 1980 et 1990, il rappelait que ce film, à la fois piquant et farceur, incarnait un esprit d’irrévérence et de liberté créative qu’il chérissait. Pour lui, c’était un symbole de l’intelligence artistique collective, de l’amitié et d’une vision partagée de ce que l’humour, même au cœur de la controverse, peut apporter à la réflexion humaine.
Une empreinte durable sur l’héritage culturel
Avec « Life of Brian » comme film préféré, George Harrison a laissé entendre qu’il ne limitait pas sa quête esthétique à la seule musique. Il était sensible à toutes les formes d’expression artistique, pourvu qu’elles soient empreintes de sincérité, de liberté et d’inventivité. Le choix de ce film est également un rappel de la façon dont, après l’épopée Beatles, Harrison a su s’aventurer dans d’autres sphères : spirituelles, philosophiques, mais aussi cinématographiques.
Plus de quarante ans après la sortie du film, « Monty Python’s Life of Brian » reste une œuvre phare, et l’engagement d’Harrison envers ce projet continue de fasciner. Sans l’ex-Beatle, ce long-métrage culte n’aurait peut-être jamais vu le jour, et son attachement indéfectible envers cette comédie satirique souligne la facette d’un homme pour qui la créativité, l’amitié et l’humour valaient la peine de tous les risques.













