Les maires de Saint-Macaire, Saint-Pierre-d’Aurillac, Caudrot et Gironde-sur-Dropt ont publié des photos pour le moins insolites sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Leur objectif : faire le buzz pour mettre en avant leur combat contre les changements d’horaires des petites lignes de train.
Ils sont quatre, comme les Beatles. Et ils ont décidé de s’inspirer du groupe britannique pour défendre leurs petites communes. Quatre maires du Sud-Gironde (Saint-Macaire, Saint-Pierre-d’Aurillac, Caudrot et Gironde-sur-Dropt), représentant environ 7 000 habitants entre Langon et La Réole, ont publié ces derniers jours des photos sur Facebook, dont l’une parodiant la pochette d’Abbey Road, album sorti en 1969 par les Beatles. On les voit en file indienne, avec leur écharpe tricolore d’élu, non pas sur un passage piéton, mais sur une voie ferrée en gare de Saint-Macaire. Les élus dénoncent les changements d’horaires de la ligne TER 44 Bordeaux-Agen à compter du 12 décembre. Les trains en départ de ces petites communes seront avancés d’une demi-heure le matin, puis retardés d’une demi-heure pour rentrer le soir.
À qui souhaite-t-on ces horaires de vie ? – Jérémie Gaillard, maire de Caudrot
Des changements annoncés depuis le mois d’avril par la Région aux élus, mais ces derniers ont depuis l’impression de crier dans le vide. « Quelles sont les armes qu’il nous reste, quand on mène un combat dans lequel on n’est pas entendus ? », se demande Jérémie Gaillard, le maire de Caudrot. « Eh bien il nous reste celui malheureux du buzz, comme on dirait aujourd’hui, et on l’a fait avec un certain plaisir. » Le buzz pour dénoncer ces nouveaux horaires de TER, qui créeront une amplitude horaire de onze heures entre les trains du matin et ceux du soir. « Donc il va falloir partir de chez soi à 7 heures du matin, alors que les services publics pour les parents, comme les crèches ou les garderies, ouvrent à 7h30 », continue le maire de Caudrot. « Les étudiants et lycéens, quant à eux, n’auront pas le choix et devront prendre le train de 6 heures pour ne pas arriver en retard. »
Selon l’élu, ces nouveaux horaires provoqueront aussi un non-sens écologique. « Aujourd’hui, c’est pour nous une aberration de remettre des habitants dans leur voiture », déplore Jérémie Gaillard. « Il y a une forme d’écologie punitive, et ce sont souvent les mêmes qui se retrouvent pénalisés par ça. » « Mais là, il y a même des gens qui n’ont pas de véhicule », complète, à côté de lui, Stéphane Denoyelle, maire de Saint-Pierre-d’Aurillac. « Pour eux, ça pose tout simplement la question du maintien dans l’emploi. Derrière, ce sont des drames qui peuvent se jouer. Et c’est vrai que je suis très démuni quand je rencontre ces gens parce que je leur dis que je me bats, mais ils sont vraiment en plein désarroi. »
Une vraie-fausse concertation, selon les élus
Ces quatre maires du Sud-Gironde affirment aussi ne pas avoir été vraiment concertés par la Région pour la mise en place de ces nouveaux horaires. « Nous avons demandé à la Région des éléments de compréhension il y a à peu près un an, quand nous avons appris qu’il y avait des réflexions sur la modification des horaires », explique le maire de Caudrot. « Nous avons ensuite eu deux visio-conférences à distance avec les services du conseil régional et de la SNCF, en janvier et en avril. Pendant celle d’avril, on nous a présenté les horaires qui seront applicables au 12 décembre. Et dès mi-avril, nous avons fait part, de manière argumentée, des problématiques que cela posait. Depuis cette date, nous n’avons eu aucun retour… Donc pour nous, la concertation, à partir du moment où elle est unilatérale et informative, ça n’en est pas une », tacle Jérémie Gaillard.
La régulation des trains et les circulations, ce n’est pas un petit truc ! – Jacky Emon, conseiller régional délégué aux TER et à l’intermodalité
« Je m’inscris en faux sur l’absence de concertation. Ils en ont eu plus que les autres en moyenne », lui répond Jacky Emon, conseiller régional délégué aux TER et à l’intermodalité. « Quand je suis allé les rencontrer là-bas, à plusieurs reprises, je n’avais pas remarqué un climat de défiance. Après, on a vu évoluer les choses. De notre côté, on a essayé de retravailler les horaires… Tout ça, on l’a fait ! », justifie le conseiller régional. « J’entends bien la réclamation légitime de la demande en termes de service souhaité, puis après il y a le travail immense et ô combien compliqué qui consiste, surtout quand on est en périphérie d’une gare comme celle de Bordeaux, à pouvoir réaliser le trafic », détaille Jacky Emon, qui affirme qu’il n’y a pas eu de marge manoeuvre possible, pour se caler avec les nouveaux horaires des TGV.
« La même stratégie que La Poste »
Pour le maire de Saint-Pierre-d’Aurillac, ces bisbilles sur les horaires de TER révèlent un problème plus global. « J’appelle ça le syndrome de la poste », indique Stéphane Denoyelle. « La Poste avait utilisé la même stratégie. On venait nous voir pour réduire les horaires, notamment les plus intéressants comme le week-end, et après on revenait nous voir en disant qu’il n’y avait plus personne dans le bureau de poste. Bah oui, il n’y a plus personne puisque vous avez tellement réduit les horaires que ça ne correspond plus à aucun usage, et donc on a personne. Et là, on a la même inquiétude en ce qui concerne nos gares », explique l’élu.
« On a peur qu’ils nous disent ‘bon on a sauvé vos gares, mais finalement on a mis des horaires qui ne correspondent plus à rien’. Et demain, je pense que les mêmes viendront nous expliquer que plus personne ne prend le train. Et ça, nos populations le vivent depuis des années et des années… », conclut, abattu, Stéphane Denoyelle. La Région se défend en appuyant que malgré ces horaires plus réduites, il y aura plus de TER en circulation sur cette ligne à partir du 12 décembre.













