En mars, l’artiste japonaise a entamé des poursuites contre Philippe Goujon, qui commercialise la boisson « John Lemon ». Le litige va se régler par un changement de nom.
Entre le sens de l’humour et le sens des affaires, Yoko Ono a choisi le second. L’artiste japonaise, veuve de John Lennon, veille comme une louve sur l’héritage de l’ancien Beatles. Et a moyennement goûté qu’une entreprise polonaise produise un jus de fruits sous le nom de « John Lemon », même sans gluten.
L’affaire a de quoi faire sourire. Jaune, en ce qui concerne Philippe Goujon, un entrepreneur d’Elbeuf (en Seine-Maritime) qui commercialise la boisson en France. Le chef de l’entreprise VM02 distribution, implantée à Elbeuf, a été attaqué en justice en mars par la batterie d’avocats engagés par Yoko Ono. « Nous avons été attaqués les premiers, avec mon confrère qui commercialise la boisson en Angleterre, précise-t-il. Comme nous ne sommes pas propriétaires de la marque, nous avons renvoyé la balle au fabricant. »
Avec 2 millions de bouteilles vendues chaque année en Pologne, « John Lemon » commençait à se faire un nom dans le marché de la boisson. D’autant que les ventes sont en hausses en France et au Royaume-Uni. « C’est probablement pour cette raison que Yoko Ono a agi, estime Philippe Goujon. Comme on marche bien, on est plus facile à trouver. »
La Japonaise n’a pas apprécié que l’image de son ancien mari soit utilisée à des fins commerciales. En plus du détournement du nom, une campagne de publicité a montré un citron portant les mêmes lunettes, fines et rondes, que celles du chanteur. Sans parler de la chanson Let it be, utilisée pour une autre pub.
« Soit on gagnait le procès, soit on coulait la boîte »
Même si la marque « John Lemon » a été déposée, impossible de lutter face à Yoko Ono et ses nombreux avocats, qui demandaient dans un premier temps l’interdiction pure et simple du soda. « C’est un peu le pot de terre contre le pot de fer, déplore l’entrepreneur elbeuvien. Notre avocat nous a dit que l’on pouvait gagner. Mais la procédure aurait été longue et trop coûteuse pour la société. Soit on gagnait le procès, soit on coulait la boîte. » Les brasseurs polonais ont préféré jouer la prudence en négociant un accord avec les représentants de la veuve de John Lennon. De quoi rendre Philippe Goujon furieux : « On perd par défaut. Face à la puissante Yoko Ono, on a juste à se taire. »
L’Elbeuvien estime par ailleurs qu’il ne devrait pas y avoir trop de conséquences sur le plan économique. « Le problème, c’est qu’il faut refaire toute la communication. Pour une petite entreprise comme la nôtre, cela représente pas mal de boulot, assure-t-il. Reste aussi à voir si les gens qui commençaient à s’habituer au « John Lemon » vont nous suivre. »
Pour se consoler, Philippe Goujon pourra toujours se dire qu’avec cette affaire, reprise par la presse internationale, la boisson qu’il commercialise a bénéficié d’une sacrée campagne de publicité. Celle-ci a un coût, puisque selon l’accord trouvé entre les avocats, l’entreprise polonaise doit abandonner le nom « John Lemon » et cesser la commercialisation des boissons sous cette appellation avant la fin du mois d’octobre, sous peine de 5 000 € de pénalité par jour et 500 € par bouteille. Ensuite, la marque sera rebaptisée « On Lemon ». C’est moins risqué que « Hey juice ».













