Les Beatles à Nice

Après avoir fait un détour par Milan (le 24 juin 1965), Gênes le 25 juin et Rome (les 27 et 28), les Beatles revinrent en France une dernière fois contrairement à une autre légende qui soutient que le concert niçois fut annulé. Leur Caravelle du vol 643 d’Air France atterrit sur l’aéroport de Nice Côte d’Azur, le mardi 29 juin à 12h40, où ils étaient attendus par une vingtaine de journalistes, et seulement par une trentaine (selon certains) ou une centaine (selon d’autres) de fans tapageurs qui s’étaient massés dans le hall et sur la terrasse brûlante de l’aérogare. Ils n’eurent toutefois que le temps de les apercevoir, puisque les « quatre chevelus de charme » furent immédiatement conduits sous escorte policière à leur résidence, l’hôtel Négresco, où, après restauration, ils donnèrent une conférence de presse à 17 heures.

Le lendemain matin, mercredi 30 juin, les Beatles s’éclipsèrent discrètement pour aller faire une ballade en mer sur un yacht privé à Antibes. Le soir, sous l’oeil vigilant de 300 policiers équipés di dix lances d’incendie braquées vers le public, et après une interminable et ennuyeuse première partie, ils donnèrent vers 23 heures un concert au Palais des Expositions de Nice devant (selon les sources) 5000 à 8000 fans déchaînés. Guy Bedos et Sophie Daumier faisaient partie de l’assistance dont les hurlements surtout féminins couvraient partiellement la musique du groupe Puis, en guise de détente après un récital dans une salle envahie par l’hystérie et chaude comme une étuve il y eut plusieurs évanouissements les quatre garçons se retrouvèrent à faire du karting à 2 heures du matin ( !) avec leur chauffeur Alf Bicknell, à la Siesta, près de Villeneuve Loubet. Le lendemain à 15h45, ils quittaient définitivement la France et s’envolaient pou l’Espagne où le 2 juillet ils se produisirent à la Plaza de Toros de Madrid.

Via ce dossier, nous vous proposons une revue de presse complète de la venue des Beatles à Nice : une façon originale de vivre (ou de revivre) cet événement !

 

« ILS » sont arrivés ! Premier repas (léger et britannique) des Beatles en terre niçoise : porridge, thé et whisky – L’Espoir – 29 Juin 1965

Tout était prêt ce matin pour accueillir les Beatles à Nice, à leur descente de l’avion d’Air France. Pour les services de M. Edely, commissaire principal chargé de la voie publique, l’urbanité de George, Ringo, John et Paul ne saurait être mise en doute. De Britanniques qui peuvent mettre les initiales « MBE » (membre de l’Ordre de l’Empire Britannique) sur leurs cartes de visites, on peut attendre toute la placidité requise. Le « danger » peut venir d’ailleurs : des « fans » locaux bien décidés à conduire rondement la claque à leur arrivée pour atteindre peut-être au délire convulsionnaire. On pouvait espérer que la modération latine permit d’échapper aux débordements qui marquent généralement les déplacements des Beatles dans les pays anglo-saxons. Hélas, une information d’origine italienne nous apprenait ce matin qu’à Rome – où ils se produisaient hier soir – les quatre chevelus de charme ont déclenché dans le public des transes juvéniles. Ils sont donc arrivés en début d’après-midi et apparaîtront sans doute vers 17 heures au balcon du Négresco. La Promenade des Anglais pourrait bien connaître à ce moment-là des « mouvements divers’. A moins bien sûr que la sagesse niçoise soit plus réelle que la sérénité romaine, fortement ébranlée hier soir, nous l’avons dit. Kidnappés à l’aéroport pour être conduits sans tarder, à bord d’une voiture américaine qui les attendaient au pied de l’échelle de coupée de l’avion et démarra en trombe, dans leurs appartements du palace niçois, les Beatles (en chemises roses) et leurs imprésarios (MM. Evans et Aspinell et n’oublions pas la secrétaire Miss Houson) se sont fait servir à déjeuner. On devrait plus exactement parler de »breakfast tardif« : peu après 13 heures en effet, ils faisaient monter par le personnel du Négresco du porridge, du thé, du coca-cola, des jus de fruits et du whisky. Cependant, on ne désespère pas, avant leur représentation de demain soir, de convertir le groupe à une table plus »gastronomique’. La centaine d’adolescents qui attendaient dans le hall et sur les terrasses de l’aérogare en brandissant des banderoles « Bienvenue aux Beatles » ont été très déçus. Ils n’ont pratiquement pas vu leurs idoles qui, quelques minutes plus tard, s’engouffraient dans l’entrée de l’hôtel Négresco. Ils se rattraperont demain soir au Palais des Expositions.

Quand passent les Beatles… Nice accueille aujourd’hui les 4 Garçons coiffés par le vent de la Gloire – Le Provençal – 29 Juin 1965

Les Beatles « Members of the British Empire ». Des millions de « fans » accrochés à la voix des quatre dandys beatnicks. Leur portrait qui couvre le monde. Et maintenant ? Les Beatles à la Chambre des Lords ? Pourquoi pas ? Les Beatles ambassadeurs ? On se rapproche de la réalité. Une réalité qui prend aujourd’hui la forme du vol 643 d’Air France qui, en provenance de Rome, va déposer les « idoles’ britanniques sur l’asphalte de l’aéroport de Nice-Côte d’Azur. Celui-ci en a vu bien d’autres, mais l’arrivée de ces quatre garçons nés coiffés, au chemin constellé de cris et de gloire, sera sans nul doute une date que les sociologues noteront sur leur carnet. Le rythme est communicatif. On a connu dans l’histoire des périodes où la danse prenait des allures épidémiques inquiétantes ; il en est ainsi aujourd’hui avec le rock, le twist et … les Beatles. Après leur passage à l’Olympia en compagnie de Trini Lopez et d’une jeune fille qui s’appelait Sylvie Vartan, les quatre garçons dans le vent ont reconquis Paris. Rome, ville ouverte, a eu ses portes bloquées. Nice, en état d’anxiété et proche du déclenchement du plan ORSEC, s’apprête à son tour à accueillir ces personnages notoires. La présence des Beatles à Nice est un événement. Sur le plan social d’abord puisqu’il convient de rendre aux Beatles ce qui leur appartient. Sur le plan de la chanson ensuite, puisque c’est la première fois que le groupe se produit en province. Le Nouveau Casino a donc consenti à faire un effort exceptionnel. La venue des enfants prodiges ne s’est pas organisée sans difficulté. Une exclusivité dans le midi de la France, plus de 1 0.000 places au Palais des Expositions, une escorte imposante, les forces de police mises sur pied, tout cela pour une chanson. Pourquoi un tel engouement ? Les psychologues cherchent en vain les fondements de cette vague de fond. Chez Mme Tussaud (le musée Grévin d’outre-Manche), les Beatles voisinent à côté de William Shakespeare et de … Jeanne d’Arc. Mais cela ne les étonne plus. Subissant placidement ce phénomène sans précédent, ils achètent des Rolls et mettent de côté une grande part financière de leur succès. Ils ont écrit leurs soixante triomphes en se sifflotant des airs qu’ils apprennent par cœur, sans connaître une seule note de musique. Que va-t-il se passer aujourd’hui à Nice ? On n’ose prévoir. Une sarabande de rythmes par les fans – beatlemaniaques – et une arrivée à l’hôtel Négresco où, à 17 heures, une réception sera offerte en leur honneur. Nice à l’heure des Beatles ? C’est un petit vent de folie ou une tornade qui s’emparera de la jeunesse en proie à ce phénomène qui, somme toute, est un défoulement sain à une époque par ailleurs si bouleversée. Défoulement éphémère, car, comme le précise justement John Lennon, l’intellectuel de l’équipe – « Si la jeunesse est un défaut, on s’en corrige très vite ! ».

Les Beatles sont à Nice- Le Patriote – 30 Juin 1965

Midi trente sur l’aéroport Nice-Côte d’Azur : jusqu’au pied des verrières, l’asphalte fume. Le « Rome » d’Air France, une Caravelle sans fanion spécial, vient se fixer sur l’aire avec cinq minutes d’avance. Mains de vingt journalistes guettent sa coupée : les Beatles arrivent à Nice comme de vulgaires chefs d’état. Pour eux, ce pourrait être une amusante surprise. Ils la goûteront peu. Le premier qui apparaît au sommet de l’échelle, Paul, le plus grand, crinière aplatie, visage tiré, un peu lévrier afghan, se montre d’abord simplement maussade. Une ombre de sourire, un déhanchement pour la photo, pas un geste de plus. Il porte une lourde veste de Laine verdâtre : croit-il que cette escale est Stockholm ? On pense que le monde appartient à ces quatre garçons de vingt ans et voilà qu’ils se sentent, eux, un peu perdus. Sur l’échelle, les quatre chevelures très vite en sueur, visages amaigris et un peu rouges, se rangent, à peine le temps de deux photos : ce comité d’accueil ne vaut pas plus. L’impresario fait avancer le vaste taxi, à toucher l’échelle. Moroses mais gentils, point du tout nerveux, ils donnent à eux quatre, trois autographes : je veux dire trois griffonnages, pareils à un ruban mouillé, sur le cahier de Muriel (15 ans), qui a réussi à nous suivre sur la piste. Le taxi démarre sec : Ringo, inquiet, le fait stopper, dix secondes encore … Ce soir, les Beatles nous diront que jamais ils n’ont souhaité de bagarres, qu’ils adorent la foule jeune et qui piaille, mais il y a le manager … Pour l’instant (il est 13 heures), le fourgon de police secours, ostensiblement rangé au seuil du terrain, lance deux notes dépitées et s’en va, inutile, à la sauvette. Les 30 à 40 gosses (14 à 17 ans) qui attendaient là-bas derrière l’aérogare et les képis blancs, doivent fondre sous leur banderole qui crie timidement : « Hurrah pour les Beatles ». On nous dit qu’à Rome, la veille, ce fut un triomphe antique, avec de jeunes et belles esclaves évanouies et la Via Veneto en partie bloquée. Rome ne refuse pas un spectacle géant : quand elle en manque, son génie en créé. Nice, c’est presque l’inverse. Une étoile lointaine y est souvent reçue à la lyonnaise – elle doit d’abord montrer ce qu’elle sait faire. On verra ce soir au Palais des Expositions. Mais une chose est sûre, ces quatre fils de Liverpool sont plus que simples ; ils sont doux et peureux. Ils savent quand même qu’ils sont les Beatles. A 17 heures, une quinzaine d’adolescentes nous guette en face du Négresco : elles comptent bien, dans notre sillage atteindre les chers monstres (elles ont, en hâte, acheté trois disques). Deux seulement y parviendront et sous les palmiers de la promenade, la police veille encore à l’orage. Nous nous sentons, un peu tristement, en sûreté ! Dans le petit salon jaune, John Lennon (écrivain et guitariste), George et Paul (guitares) et Ringo (batteur), seront à l’heure à notre rendez-vous et ne refuseront aucune question. Exemple : le second bouquin de John, à peine sorti, s’intitule « Un Espagnol au boulot ». Il est autobiographique. Pourquoi ce titre ? « Sais pas » dit John avec un sourire conciliant. C’est lui qui nous explique pourtant comment ils font leurs films, en modifiant le scénario ; pourquoi ils passent leurs vacances deux par deux (à deux, on ne les reconnaît que rarement… On ne harcèle pas la moitié d’un mythe !). Et il avoue sa joie lorsqu’on refuse de les identifier : « Pas de blague, garçons ! Vous n’êtes pas les Beatles ! ». John, fatigué et lissant nerveusement sa frange, rit franchement à ce Souvenir. Je l’arrête : « Mais dites ! Au fait ! Etes-vous vraiment les Beatles – « Sûr ! Absolument ! Nous sommes eux !! ».

Leur air de doux étonnement tranquille devant la gloire s’aggrave et ils lissent et secouent leurs crinières. Ils sont désarmants. Nos jeunes compagnes se retiennent de les embrasser – pour les rassurer. L’avenir ? Un mythe n’a pas d’avenir : donc, les Beatles n’y songent pas.

Se retirer à la campagne (anglaise), réserver une villa en Corse pour les vacances (à tour de rôle) ? Pas question. L’avenir, c’est la prochaine escale. Barcelone. A moins que ce soit Madrid. Enfin de ce côté-là, quoi !

« Les filles ne vous ont jamais désunis ? » Ils rient : « Oh ! que non … ».

Deux Beatles sont mariés, mais les femmes restent à la maison. Où ? Ils n’ont pas l’air de s’en Souvenir … Ils voudraient maintenant monter dans leurs appartements, ils ont affreusement chaud, mais refusent (gentiment) de tomber la veste. Ils se lèvent du canapé, ils s’excusent et s’en vont à grands pas de velours (deux d’entre eux ont des souliers de velours). La corvée des photos les attend là-haut, avec leur stock de Coca-Cola. Et puis après les flashes, ils pourront enfin déposer leurs vestes ! Un dernier mot : c’est quoi cette décoration remise par la Reine, le MBE ?

John lui-même l’ignore : « Sais pas ! ». Il sourit pour s’excuser encore. « On nous a mis sur une liste, c’est tout … ». C’est ça la gloire à vingt ans : ne plus savoir qui l’on est, ni même qui l’on parait être. Il est 18 heures. Les quatre sont dans leur bain. En bas, sur le trottoir, les jeunes délaissées ont quand même crié deux ou trois fois, avec un rien de tendresse, pour qu’ils sachent qu’ils ne sont pas seuls sur cette rive inconnue… Alors, le brigadier a traversé, leur a arraché leur banderole « Hurrah aux Beatles », l’a soigneusement enroulée et s’est engouffré dans le panier à salade. On a eu chaud, mais l’ordre a eu le dernier mot. Il n’y a pas eu d’émeute, il n’y a pas eu de révolution. Au départ du fourgon, un orage gronde : mais c’est au ciel.

Entre cacahuètes et Whisky, colloque à bâtons rompus avec les Beatles – Nice Matin – 30 Juin 1965

Quatre des plus importants industriels britanniques du spectacle sont arrivés hier à 12 heures 40 à l’aéroport de Nice, en provenance de Rome. Une foule juvénile les attendait sur la terrasse et, de loin, leur a réservé un accueil chaleureux. On distinguait un drapeau de l’Union Jack vigoureusement brandi – moindre des choses pour des « Members of the British Empire » – une banderole rustique « Hurrah for the Beatles ».

Car il s’agissait bien du quatuor britannique, aussi célèbre par ses chevelures que par ses voix, et important fournisseur de devises pour le Trésor de la Couronne. Au fait, quand je dis qu’une « foule » de fans les attendait, j’exagère. Mais les cinquante adolescents sur leur toit brûlant faisaient du bruit comme cinq cents. L’illusion y était donc. Pour ne point trop dépayser nos hôtes, une jeune demoiselle poussa même un cri si perçant que des nuées de mouettes, épouvantées, s’envolèrent vers le large … Hélas ! Cette marque de bonne éducation se noya dans le grondement des moteurs qui déjà, emportaient les idoles chevelues. Ce fut un véritable tour de passe-passe. L’instant d’avant, les Beatles cravatés posaient complaisamment à la porte de la Caravelle pour une meute de Photographes et de cameramen. L’instant d’après, ils étaient propulsés dans une énorme voiture américaine qui se ruait vers la sortie. Rideau. Fin du premier acte. Dieu merci, nous allions retrouver nos idoles quelques instants plus tard dans un des salons du Négresco où MM. Ruzier et Marchetti, respectivement directeur et administrateur du Nouveau Casino, organisateurs de leur récital au Palais des Expositions, avaient prévu une conférence de presse. Avant de restituer questions et réponses de ce colloque en étuve. Précisons certains points. D’abord, les Beatles sont d’une très britannique exactitude. Arrivés à l’heure pile à Nice-Côte d’Azur (la Caravelle, il est vrai, y était pour quelque chose), ils se présentèrent à l’heure pile (17 heures) pour recevoir les journalistes. Ensuite, John, George, Ringo et Paul, coiffures en forme de chapeaux melons enfoncés jusqu’aux yeux et costumes gentlemen de Soho, sont aimables, réservés et non dénués d’humour. Alignés sur un canapé quadriplace, ils répondent, entre cacahuètes et whisky, par le truchement des cinq ou six managers, impresario, assistante impresario et assistante-assistante impresario qui papillonnent autour de leur groupe immobile. Question : Avez-vous demandé au service d’ordre d’écarter vos supporters qui vous attendaient à Nice ?

John : Non, nous n’avons rien contre les fans. Au contraire.

Question : Quels sont les privilèges attachés à la distinction

de « Membres de l’Empire Britannique » qui vient de vous être décernée ?

John : Je ne sais pas

George : On est juste sur une liste, rien de plus.

Une voix dans la foule : Sûr qu’ils préfèrent figurer sur la liste des « best-sellers »…

Question : Si le succès vous quittait, que feriez-vous ?

Ringo : En attendant, nous continuons. On verra…

Une voix dans la foule : Vous ne trouvez pas que Ringo ressemble à Du Guesclin ?

Question : Etes-vous célibataires ?

Ringo : Je viens de me marier. Ma femme attend un enfant.

John : Je suis marié aussi. Et père de famille.

George et Paul : Nous restons libres.

Voix féminines dans la foule : Lesquels ? Lesquels ?

Question : Sortez-vous ensemble quand vous ne travaillez pas ?

George : Généralement non. Individuellement, les gens ne nous reconnaissent pas.

Question (en désignant les coiffures) : Comment est-ce possible ?

George : On nous prend pour de faux Beatles.

On apprendra encore que ces quatre garçons dans le vent continueront à faire du cinéma s’ils ont du succès ; que John était venu assister au dernier festival de Cannes et que The Knack était son film favori ; que les trois autres ne connaissaient pas la Côte d’Azur : que John vient de publier son deuxième livre, A Spaniard in the Works, mais il se demande bien pourquoi diable il a pu lui donner ce titre ; qu’ils aiment le football, qu’ils sortent peu lorsqu’ils sont en tournée, qu’ils étaient à l’école ensemble à Liverpool et qu’ils fréquentent le même coiffeur ; que leur style (musical) évolue constamment… Une apparition au balcon du Négresco suscite une grande clameur de joie dans la rue. Le nombre des admirateurs a doublé depuis midi. On en décompte maintenant une centaine. Plus une centaine de promeneurs ébahis. Dans le salon du Négresco, la chaleur monte. Un vieux major Thompson passe devant la porte – « What’s cooking down ? » – « The Beatles »

« Oh yes ! hum … hum …. very Well, God save the Queen » – Rideau. Troisième acte ce soir au Palais des Expositions.

Flagrant Délire àNice- Le provençal – 30 Juin 1965

Le jour tant attendu est arrivé avec les quatre garçons dans le vent qui, depuis Rome, se sont dirigés à bord d’un vol d’Air France vers la baie des Anges qui les accueillit… en flagrant délire. Souriants, vêtus à la beatnik, pantalon noir et chemise rose pour Ringo, mèche légendaire pour tous et surtout forces de police, les quatre Beatles, un peu fatigués après leur nuit romaine, n’avaient qu’un idéal : rejoindre au plus vite leurs appartements du Négresco. Bravant le soleil de juin et les éléments facilement déchaînables, une centaine de fans agitaient du haut de la terrasse de l’aéroport des fanions britanniques et des banderoles : « Bienvenue aux Beatles ». Mais ceux-ci en ont vu bien d’autres ! La veille au soir, le public romain s’est évanoui en les écoutant. Faisant confiance aux dispositifs policiers, ils se sont laissés escamotés pour mieux continuer leur carrière bruyante et conserver un mythe judicieusement établi. Rapide embarquement dans deux puissantes voitures, la promenade des Anglais s’ouvrait devant eux grâce à une voiture de police où avait pris place le commissaire Edely. Les membres de l’ordre de l’Empire Britannique seraient-ils sportifs ? On n’en a jamais douté ! Tous les records ont été battus. Les étages du Négresco furent couverts, cheveux au vent. Les chambres 414, 415, 416 de Ringo et John, les 420, 421, 422 de Paul et George se refermaient sur une nouvelle légende qui ferait hurler les gastronomes français. « Je suis très fatigué, je n’ai pas dormi de la nuit. Maintenant, nous allons nous laver les cheveux et manger copieusement ». Cette déclaration que nous fit John en excellent anglais devait céder la place à une multitude d’appels téléphoniques. Alors que le shampooing rénovateur coulait allègrement sur ce que ces idoles ont de plus précieux, on voyait monter successivement : deux bouteilles de scotch, douze Coca-Cola, douze jus d’orange, dix litres d’eau d’Evian, du porridge et du thé chaud. Bon appétit messieurs. Je ne sais pas si un tel menu est excellent pour le rythme, mais il fit en tous cas pâlir les princes de la gastronomie qui n’en sont pas encore revenus et désespèrent de les convertir. Et au fond, pourquoi les convertir ? Du haut de leur salon Louis XIII dominant la baie des Anges, repus, les Beatles cotés en Bourse semblaient dire : « On nous admire, nous sommes célèbres. C’est ici que l’or gît ( !!!) … » Tout cela pendant que plus bas, sur la promenade en plein soleil, les fans attendaient impatiemment une apparition éphémère.

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Les Beatles à Nice – Le Provençal – 1er Juillet 1965

Pour avoir eu un lévrier afghan, je me souviens que la tonte est le moyen le plus efficace pour passer l’été sans trop souffrir de la chaleur. Hélas, cette situation ne convient pas aux quatre prodiges de Liverpool : tout dans les cheveux, le reste dans la voix, ils se sont plaint tout le jour d’un ennemi commun, le soleil. Après la conférence de presse durant laquelle ils sont restés très sages, les Beatles – qui détestent prendre un bain de foule – ont regagné leur bastion imprenable du 4ème étage de l’hôtel Négresco. Ignorant les fans qui attendaient impatiemment leur apparition sur la Promenade des Anglais, ils ont vécu cloîtrés, négligeant leurs admirateurs qui pourtant furent les créateurs et les porteurs de leur légende. Cela ne leur coupa pas l’appétit. Le dîner servi à 20 heures comportait : crème de volaille, agneau, melon et pêche melba crème chantilly. Puis les portes se sont refermées sur leurs appartements respectifs. Il était 22 heures et dehors, la nuit de Nice commençait à vivre près des Beatles … sans les Beatles. Dès leur lever, ils ont redemandé du shampooing. Il faut bien soigner son personnage. Brusquement, John et George ont disparu du Négresco. Les deux autres n’allaient pas tarder à faire de même. Dissimulés dans une puissante Mercédès, ils se rendirent à Antibes où l’embarcation de M. Marouani les attendait. Elle leur permit de plonger au large, loin des foules en délire. Séance de bronzage, promenade le long des côtes. Là-bas, au fond du Palais des Expositions, les Techniciens préparaient leur matériel. « Nous, on n’a pas besoin de répéter, déclare Ringo. Ce sont les monteurs et électriciens qui règlent l’amplitude sonore ». Le soir, ceux que tous attendaient sont arrivés avec leur voiture, à quelques mètres de la scène, au milieu des cris stridents. Impassibles au milieu du tumulte, ils ont prouvé qu’ils étaient les plus grands. Deux, trois chansons. Tout ce quels font est parfait. On est bien obligé de reconnaître qu’il s’agit du plus extraordinaire phénomène musical de notre époque. Quand les clameurs se sont tues, il y avait longtemps qu’ils étaient partis, laissant derrière eux dégâts, regrets et désespoirs qui font désormais partie du programme.

Après trois heures d’attente dans une chaleur d’étuve, la bataille des Beatles n’a pas eu lieue – L’Espoir – 1er Juillet 1965

Selon le mot d’un spectateur, hier soir 8000 fans avaient oublié la bataille de Waterloo. Ils étaient venus au Palais des Expositions à Nice pour acclamer les Beatles, ces quatre gentlemen britanniques, rois, empereurs, papes de la sono électronique et du chahut international. On attendait l’ouragan annoncé par les professionnels du spectacle. Celui qui brise les fauteuils et déclenche les bagarres mémorables. Ce ne fut qu’un petit orage qui agita quelques crinières, les vraies et les fausses, l’espace de 25 minutes. Après une nuit calme – car cet ouragan n’a pas pu empêcher un seul spectateur, fut-il CRS, de dormir – il ne reste plus qu’un murmure de 8000 voix fidèles qui, pour la plupart, expriment un sentiment de déception et de frustration. Parce qu’on s’attendait à ressentir ’quelque chose’, peut-être un élan, une joie ou une peur, peu importe. Parce qu’on espérait ’quelque chose« de puissant, nouveau ou insolite, qui subjugue, qui emporte … Or, rien de cela. Pendant une très courte demi-heure, quatre garçons de bonne prestance sont venus faire leur tintamarre à eux, bien à la hauteur de leur réputation certes, mais sans communication, sans contact avec le tintamarre des autres, ceux qui étaient dans la salle. Il y avait trois clans : les Beatles (le prétexte, le catalyseur), les fans qui en profitaient pour se faire remarquer, enfin ceux qui, curieux ou égarés, étaient venus là pour voir. Bilan : trois ou quatre crises de nerfs, autant d’évanouissements dans les bousculades de la sortie et la destruction d’un mythe. Celui d’une jeunesse hystérique prête à tout pour se défouler. Qui le regrettera ? A 20 heures, il y avait foule devant les portes du Palais des Expositions. Surtout des jeunes, bien entendu. Ils étaient venus de toute la Provence, de Marseille à San Remo. Il y avait aussi beaucoup de touristes, des Parisiens, des Anglais, des Allemands, des Américains … A 21 heures, l’enceinte était pleine. Le thermomètre montait, atteignant la cote d’alerte. Sifflets et hurlements résonnaient longuement sous la voûte gigantesque. Les policiers, nombreux et attentifs, surveillaient certains points chauds dans les tribunes. Sévères avec les garçons, ils se montraient paternels et… embarrassés avec les jeunes filles dont la plupart n’avaient pas 16 ans. Ils avaient surtout confiance dans leur arme secrète : dix petites lances à incendie, dissimulées derrière la scène par les sapeurs-pompiers, des lances de taille à refroidir les plus brûlants enthousiasmes. Disons tout de suite qu’elles n’eurent pas à entrer en action. Beaucoup se prendront à le regretter pour des raisons diverses… La première partie se déroula dans des conditions assez exceptionnelles. On aurait pu Imaginer une graduation savante amenant au paroxysme attendu en deuxième partie. A part un orchestre ’yé-yé’, les autres numéros, malgré leur qualité, n’étaient pas dans le ton du spectacle. Le public le fit savoir par des sifflements redoublés. A ce moment, l’incident était à craindre, mais rien ne se produisit. Dès lors, il était assez aisé de deviner qu’il ne se produirait pas. Les fans prirent leur mal en patience. Bravo tout de même aux artistes qui eurent le courage de monter sur scène dans ces conditions. De toute évidence, les applaudissements quels recueillirent à la fin de leurs exhibitions marquaient surtout une satisfaction de voir arriver l’heure des Beatles. Brusquement, le public hurla de plus belle. Certains montèrent sur les chaises vacillantes (mais attachées). D’autres tentèrent de se précipiter vers la scène. Enfin, ils pouvaient LES voir, LES entendre. Ce fut l’instant de triomphe. Nous l’avons dit, le numéro des Beatles dura 25 minutes. Ils chantèrent et jouèrent tous leurs succès. Bien tranquillement, sans souci des quelques bousculades qui se produisirent ça et là, tout en gardant leur sourire, leur cravate, leur veste et le parfait ordonnancement de leur coiffure. Un dernier salut et ils se retirèrent sous les hurrahs. La bataille des Beatles n’a pas eu lieu. Tout le monde s’en félicitera. On dira que les latins sont moins emportés que les anglo-saxons alors que d’autres apporteront la preuve du contraire. D’autres expliqueront que le prix des places a opéré une sélection dans le public. Mais il n’est pas certain que les »fils à papa » avaient été les plus nombreux et les moins actifs. Nous pensons plutôt que les Beatles, et surtout leurs supporters, commencent à vieillir. Déjà ? Direz-vous. Mais aujourd’hui, tout va tellement vite. On a connu les mêmes débordements pour Paul Anka il y a quatre ou cinq ans. Et ceux-là qui les créèrent sont déjà des ’croulants’. Actuellement, nous avons les Beatles. Mais déjà, ils font partie des classiques du genre. La place sera bientôt à prendre pour de nouvelles idoles.

Et voici les Beatles – Nice Matin – 1er Juillet 1965

8.000 fans, semi-fans ou curieux, 150 CRS venus spécialement de Marseille à bord d’une dizaine de cars, une centaine de gardiens de la paix répartis en groupes équipés d’émetteurs-récepteurs, un nombre imposant de policiers en civil, une équipe de sapeurs-pompiers prêts à utiliser dix petites lances d’incendie branchées elles-mêmes sur un camion citerne dissimulé derrière la scène, telle était la « charnbrée » et tels étaient les éléments ‘d’ambiance’ du récital donné hier soir sous la voûte du Palais des Expositions à Nice par les « very famous » Beatles. Certes, il est incontestable que ce spectacle, organisé par le Nouveau Casino, avait pris l’allure d’un véritable « event ». Les amateurs, venus en foule de tous les coins de la Côte d’Azur, en avaient mesuré le caractère exceptionnel. Et ceci explique sans doute que tribunes et enceintes affichaient complet. Disons tout de suite que, pendant trois heures, il a fait chaud. Très chaud. On se prenait à souhaiter vivement que les quatre garçons dans le vent, clou de ce spectacle, puissent effectivement faire souffler de la scène un petit courant d’air frais. La première partie du programme, bien qu’elle comportât d’excellentes attractions de music-hall, parut être difficilement absorbée par une assistance qui s’était avant tout déplacée pour goûter aux délices de la « beatlemania ». Puis vinrent les Beatles. Et instantanément, la température monta – mais était-ce bien nécessaire il – de sensible façon. John (et sa casquette), Paul (avec sa figure d’ange), George (le plus chevelu) et Ringo (derrière sa batterie), en costumes noirs stricts, chemises bleues et bottines de daim, furent salués par une ovation qui parut devoir faire crouler la voûte. Dès les premières notes tonitruantes émises par l’ensemble (il y avait sur scène près de 1 5.000frs de matériel sonore), divers mouvements commencèrent à se dessiner au sein du très juvénile public. Et aussi, conséquence directe, du côté du service d’ordre.

On put voir un drapeau de l’Union jack se déployer dans les premiers rangs où s’était installé un commando de supporters particulièrement chevelus et acharnés. Un peu plus loin sur les tribunes, des rangs entiers commencèrent à onduler. Et ça et là, à gauche comme à droite, des chemises, des blousons noirs frappés d’emblèmes furent brandis à bout de bras. Mais partout, l’œil de la police était à pour surveiller ces points chauds. Et les allées et venues des uniformes bleus, dont les porteurs paraissaient gagnés par une nervosité croissante, allaient constituer une bonne partie du spectacle dans la salle. Cela allait d’ailleurs valoir à quelques « agités » d’être « calmés » d’une façon pour le moins énergique. Etait-il nécessaire d’intervenir ainsi pour éviter que la soirée dégénère ? A l’issue d’une sorte de chasse à l’homme dans les travées de l’enceinte, un supporter, la figure en sang, fut propulsé au-dessus d’une barrière par les policiers. Peu après, le drapeau britannique était confisqué… Imperturbables, les Beatles poursuivaient sur scène un tour de chant qui allait durer environ vingt-cinq minutes. Puis, ils se retiraient et réussissaient une sortie de scène et du Palais des Expositions qui n’allait fort heureusement être émaillée d’aucun incident. On nota cependant quelques bousculades à la sortie. Elles n’étaient d’ailleurs pas imputables à la Beatlemania mais à la grande foule se pressant dans des issues étroites et quelques femmes s’évanouirent. Ce furent là les seuls faits regrettables d’une soirée assez curieuse, sinon excellente. Les Beatles ont certainement produit ce que l’on attendait d’eux sur le plan du spectacle, mais rien de véritablement exceptionnel en définitive. Il convient surtout de souligner qu’aucun incident grave n’a marqué leur premier passage à Nice. Il est vrai que le service d’ordre s’évertua à faire preuve d’une constante efficacité…

Hier soir à Nice, six mille fans ont patienté pendant deux heures pour avoir une demi-heure de spectacle-Le Patriote – 1er Juillet 1965

Messieurs les CRS, vous avez bien tort de céder, parfois, à vos nerfs, vous qui comme nous n’avez plus vingt ans… Car cette jeunesse si bruyante, cette jeunesse explosive, comme elle est patiente… Deux heures, hier soir, dans le vaste vaisseau du Palais des Expositions à Nice, étuve géante, hangar aux échos déchirants à force d’être faux et cassés, deux heures durant, cette jeunesse – entre 5 et 6000 grands gosses – a attendu ses 4 idoles. Et pour les attendre, elle a subi un programme de music-hall parfois désolant, souvent aux antipodes de ce qu’on peut Imaginer pour précéder en scène les Beatles et toujours, grâce à une ‘sonorisation’ proprement scandaleuse, insaisissable à l’oreille. Ils ont crié, ils ont protesté, ils ont congédié une ou deux fois le malheureux présentateur. Oui, mais ces gosses, qui avaient donné le salaire d’une semaine pour cette plaisanterie, ont été au bout du compte plutôt élégants – ne souriez pas, Messieurs les CRS – plutôt chahuteurs que chicaneurs, plutôt ardents que brutaux. Vous avez bien vu comme, en tuant le temps sous les lumières rallumées en plein programme, ils sont venus par centaines quêter les autographes des inlassables Sophie Daumier et Guy Bedos au parterre, encore plus patients qu’eux-mêmes. Vous l’avez vu et deux d’entre vous, gentiment, ont fait la chaîne pour passer les billets et les cartes (les programmes étaient introuvables et coûtaient 6 francs) afin que Sophie et Guy donnent le bonjour à tous, à coup de stylo-bille. Et ceux que vous avez si ouvertement bousculés, dans les passages et près de l’orchestre lorsqu’enfin les Beatles sont apparus. Qui menaçaient-ils en brandissant une vieille veste ou même, suprême courtoisie, le drapeau britannique ? Je le sais bien que l’un d’eux, à la tribune K en cours de soirée, se mit à se dévêtir un peu ostensiblement (et le panier à salade lui a servi de vestiaire), mais il faisait si chaud sous cette voûte si mal ventilée… Donc, c’est dit : ce Palais qui aurait dû sauter, non de joie ou de délire, mais d’impatience et d’indignation, était encore intact à 23 heures, lorsque les nombreux installateurs des fils, caisses de résonance et instruments des Beatles achevèrent leur ouvrage de broderie… Le Palais des Expositions était intact, les sifflets devinrent hurlements, les CRS bousculèrent quelques Photographes à l’avant-scène, mais les plus fous de nos fans, pas si bêtes, se tinrent dans les rangs, loin des bâtons blancs ou noirs. Près de nous, José Saley, le plus romantique de nos auteurs-compositeurs de rythm’n’blues, les admirait avec nous. « On n’avait pas besoin d’attacher les chaises », dit-il avec un sourire attendri. Et il fallut attendre 23 heures l5 exactement pour voir la première crise nerveuse (une jolie brunette de 18 ans qui voulait « les embrasser » et qu’un policier, enfin désarmé, grondait avec douceur… ). Jimmy Rolles et ses Wickles et les Cinq Dominos, seuls ensembles de rythme de l’interminable première partie (et fort honorables en leur genre) étaient dans la salle avec les 5.000 copains pour découvrir les Beatles. Par chance, leurs hauts-parleurs à eux furent bons, et sous la voûte, on a pu saisir tous les rythmes et une bonne moitié des accords. Les voix des Beatles – surtout John et Paul – tiennent bien le coup dans un si redoutable vaisseau, et ce mélange de coups de gueule et de gentillesse un peu pleurarde de cantiques vous fait bien agréablement balancer le cœur. Surtout lorsque, pour visualiser les cloches dont parle le rock intitulé Roll Over Beethoven, quatre à six cents garçons et filles balancent en vagues, à droite, à gauche, à droite, à gauche … l’m Just Happy To Dance With You, I Feel Fine, Eight Days A Week, si vous traduisez tout ça, il n’y a vraiment rien de voyou là-dedans, et les cris, voire les crises nerveuses qui habillent ici comme ailleurs ces fleurs bleues un peu déchiquetées, qui donc y voit le feu de l’enfer, le soufre et l’esprit du mai ?? Non, gens d’âge mûr, policiers ou non, cet orage- là ne menace même pas l’ordre établi. Quant à la musique, on la retrouve aisément en rentrant chez soi : il suffit de mettre sur l’électrophone un bon vieil Amstrong, un Count, un Modern jazz Quartet … Sans music-hall autour !

Les Beatles à Nice- Le Provençal – 2 Juillet 1965

Cette curieuse tornade qui signale le passage des Beatles, nous l’avons vécue dans le champ de bataille du Palais des Expositions. Le concert qu’ont offert ces quatre garçons nés coiffés restera comme la bataille d’Austerlitz. Il suffira de dire. « J’y étais ». D’ailleurs, la composition de ce vaste mouvement sort du commun. Prenez 8000 teen-agers installés et quadrillés par les forces de l’ordre. Ajoutez quelques centaines de policiers et CRS, des lances d’incendie braquées vers le public, n’oubliez pas les quatre Beatles, et vous obtenez le cocktail explosif aux réactions imprévisibles. Grâce aux laissez-passer spéciaux, nous avons vu, de rang en rang, un spectacle irréel. Spectacle tant attendu, il faut bien le dire, puisque les fans ont subi plutôt qu’apprécié la première partie du programme. Deux heures de patience, c’est un tonus en temps normal. Dans ce cas, c’est un refoulement qui, avec toute la logique du processus freudien, éclate quand le moment est arrivé. On va voir les Beatles comme on va chez le dentiste. Côté public, on a peur de ne pas maîtriser des réactions que l’on sait par avance incontrôlables. Côté forces de l’ordre, ce sont les préparatifs anxieux et la mise au point d’un plan d’attaque assez semblable aux répressions d’émeutes. La foule étudie la scène, les CRS étudient la foule, les Beatles n’étudient rien : ils offrent du spontané. Entrés dans une Land-Rover qui les conduit au pied de la scène, les quatre idoles de Liverpool attendent le moment propice. Derrière un complexe électronique, leurs silhouettes apparaissent. Chevelus, vêtus de noir, ils semblent sortir d’un théâtre romantique anglais. A leur vue, 8000 personnes se lèvent. Un long hurlement couvre tout. Une hystérie soudaine s’empare du public. Au premier rang, des filles pleurent. L’émotion est trop forte. Une jeune anglaise crie pendant un quart d’heure le nom de Paul (c’est son préféré). A force de crier, elle s’évanouit. A ses côtés, un groupe de teen-agers sanglote. « C’est de l’adoration poussée à son paroxysme » avoue un mélomane. Il ne tardera pas, lui aussi, à sombrer dans ce vent de folie qui décoiffe tout le monde sauf, là-bas, les monstres sacrés qui continuent de jouer avec un calme très britannique. C’est à peine si l’on arrive à les entendre au milieu des cris stridents des filles. Parfois, 8000 voix reprennent en chœur les paroles de Paul et de John. Le drapeau anglais flotte au premier rang, brandi par un public juvénile qui n’a pu se payer la place qu’après une semaine de travail. Pour eux, tous les sacrifices sont utiles. Au fond, parmi les chaises attachées, les rangs ondulent. On se bat même. Quelques matraquages en règle exécutent un ou deux ‘excités’. A quoi bon de telles répressions ? un sociologue n’avait-il pas prétendu que le phénomène Beatles était sain et positif ? Impassibles au milieu du déchaînement, les Beatles – qui sont des phénomènes musicaux – soutiennent le rythme et travaillent au corps l’assistance. Paul se rapproche doucement du micro et le caresse de ses lèvres. C’en est trop, les admirateurs se roulent par terre, Jettent leurs vêtements sur la scène, les CRS proposent leur panier à salade en guise de vestiaire ! Grands comédiens, les Beatles se prêtent à distance et distribuent une musique qu’ils ont apprivoisée pour les foules sauvages. Leur sortie ? Très réussie, un véritable escamotage. On en redemande ; il n’y en a plus … Commerçants de la musique, ils représentent un manifeste social très au point. En Angleterre, il y a eu Shakespeare … puis les Beatles. Entre les deux, il y a eu plusieurs guerres. C’est tout. La foule est épuisée. Pendant que les ambulances transportent les filles évanouies et que les forces de l’ordre sonnent la retraite, le groupe de l’Union jack est effondré. Un d’eux s’étouffe à force de pleurer et se mouche dans le drapeau britannique. Le drapeau tombe au sol et des milliers de personnes, les yeux au ciel, le piétinent. La société Beatles passe …. Saluons.

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