The Butcher Cover

Si il y a une pochette de disque des Beatles qui a fait naître un vrai scandale, c’est indéniablement la pochette du disque « Yesterday… and Today », dans sa première version, nommée par les fans « the butcher Cover ». Yellow-sub.net, votre site sur les Beatles, vous en dit plus !

Le track-listing de l’album :

Face A

  • Drive My Car – 2:24 (origine: Rubber Soul)
  • I’m Only Sleeping – 3:00 (origine: Revolver)
  • Nowhere Man – 2:43 (origine: Rubber Soul)
  • Doctor Robert – 2:15 (origine: Revolver)
  • Yesterday – 2:05 (origine: Help!)
  • Act Naturally (Johnny Russell et Voni Morrison) – 2:29 (origine: Help!)

Face B

  • And Your Bird Can Sing – 2:00 (origine: Revolver)
  • If I Needed Someone (Harrison) – 2:20 (origine: Rubber Soul)
  • We Can Work It Out – 2:15 (single)
  • What Goes On (Lennon/McCartney/Starkey) – 2:44 (origine: Rubber Soul)
  • Day Tripper – 2:46 (single)

La pochette de tous les scandales

La « Butcher Cover » (pochette boucher) est une partie intégrante de la légende des Beatles. Le sentiment qu’éprouvent les Beatles vis-à-vis du traitement américain de leurs œuvres semble bien se traduire dans la pose qu’ils prennent pour l’éphémère pochette de cet album. Sur une idée du photographe Robert Whitaker3, on les voit vêtus de blouses de bouchers, entourés de viande et de poupées décapitées. John Lennon raconte même à ce propos : « Ma première idée était de décapiter Paul. Mais il n’a pas voulu ! ».

750 000 copies ont été pressées et commercialisée, le disque fait immédiatement scandale. En catastrophe, Capitol le retire de la vente7 et les copies revenues à l’usine de Jacksonville sont détruites.

Le problème est résolu lorsqu’aux usines de Los Angeles et de Scranton, on colle une nouvelle photo plus sobre par dessus l’image controversée  Les fans s’amuseront dès lors, comme le raconte Ringo Starr « à la décoller à la vapeur » pour découvrir en dessous l’objet du scandale. Sur la nouvelle photo, prise subséquemment par le même photographe qui visitait les bureaux de Brian Epstein, on voit Paul McCartney assis dans une malle ouverte placée verticalement sur laquelle John Lennon est assis, les jambes croisées. Debout se trouvent Ringo Starr à droite et, derrière sur un piédestal, George Harrison. C’est la première pochette où les membres du groupe sont photographiés avec des vêtements individualisés.

Malgré un succès commercial certain, numéro 1 dans les « charts » nord-américains et certifié or, ce sera le seul album des Beatles qui causera une perte de revenus à Capitol8.

La « Butcher Cover » est devenue une authentique pièce de collection. Aujourd’hui, les collectionneurs classent l’édition originale dans trois catégories6:

  • Le « First State Butcher » : Version originale, achetée avant le retrait des ventes. Version la plus rare pouvant valoir jusqu’à 40 000 $US.
  • Le « Second State Butcher » : Version modifiée mais avec la photo collée encore intacte. Avec le temps, cette version devient de plus en plus rare.
  • Le « Third State Butcher » : Version où la photo collée a été enlevée professionnellement. Les pochettes endommagées par un décollage maladroit n’ont pratiquement aucune valeur aux yeux des collectionneurs mais un exemplaire très mal décollé peut tout de même valoir aux envions de 100$US.

En 1980, cette photo sera à nouveau publiée par Capitol, mais cette fois à l’intérieur de la pochette de la version nord américaine du disque Rarities12.

PAUL MCCARTNEY DONNE SON AVIS SUR LA POCHETTE

Paul McCartney : On avait fait quelques séances avec Bob avant celle là et il connaissait nos personnalités : il savait qu’on aimait l’humour noir et les blagues malsaines. C’était l’un de nos traits de caractère dominant à l’époque. Il a donc dit : « j’ai une idée : enfilez ces blouses blanches de laborantin. ». Ça ne nous a pas paru bien méchant, ce n’était que des poupées et de la viande. Je ne sais pas vraiment ce qu’il essayait d’exprimer, mais ça paraissait un peu plus original que ce que les autres nous avaient fait faire. Il avait déjà réalisé ce genre de clichés. Un jour, il avait fait venir du polystyrène qu’il nous a demandé de casser pendant qu’il nous Photographiait en action. C’est Capitol qui a refusé cette pochette, mais il faut se rappeler l’ambiance de l’époque. Sir Edward Lewis, le patron de Decca, avait refusé la pochette de l’album des Stones parce qu’on y voyait un graffiti sur un siège de chiottes. Mick est venu nous en parler et j’ai appelé Sir Edward pour lui dire qu’il devrait la sortir, mais il n’a rien voulu savoir. On n’était pas contre une petite provocation par ci par là, ça faisait partie de notre stratégie.

JOHN LENNON DONNE SON AVIS SUR LA POCHETTE

John Lennon : On a fait les photos à Londres au cours de l’une de ces séances. A l’époque, on commençait vraiment à détester ça. Une séance de photos, c’était un vrai supplice : il fallait avoir l’air en forme même quand on ne l’était pas. Le Photographe était un peu surréaliste et il avait apporté tous ces bébés, ces quartiers de viande et ces blouses de médecin et on a joué le jeu, c’est comme ça qu’on le sentait. Je n’aime pas rester tout le temps enfermé dans la même image, et là, on était censés être des espèces d’anges. Je voulais montrer qu’on était conscients de ce qu’est la vie et j’ai vraiment défendu cette pochette. Je dirais que c’est en grande partie moi qui l’ait fait publier avant d’empêcher qu’on l’interdise. J’ai vraiment insisté pour que ce soit une pochette d’album, pour casser l’image. Et c’est sorti en Amérique, ils l’ont imprimée. Soixante mille exemplaires environ ont été mis en circulation et, comme d’habitude, ça a fait tout un foin, et tous les disques ont été renvoyés ou retirés de la vente pour qu’on colle dessus cette horrible photo sur laquelle on a l’air fourbus alors qu’on est supposés avoir l’air insouciants. On a voulu faire quelque chose de différent. En Angleterre, on concevait nos pochettes – ou on avait en tout cas le contrôle sur la plupart d’entre elles – mais en Amérique, il sortait plus de disques et il leur fallait toujours d’autres photos, d’autres pochettes.

GEORGE HARRISON DONNE SON AVIS SUR LA POCHETTE

George Harrison : Yesterday And Today, l’album américain de 1966 a fait scandale a cause de sa pochette. Je crois que Brian Epstein avait rencontré en Australie un Photographe nommé Robert Whitaker qui ensuite est venu à Londres et que Brian nous a présenté. Il était d’avant-garde et prenait un tas de photos. Il a organisé une séance, que pour ma part, je n’ai pas aimée à l’époque. Je trouvais ça vulgaire, et tout aussi stupide. On a parfois fait des choses stupides, en croyant que c’était cool, et dans le coup, alors qu’en fait c’était niais et idiot, et cette séance en était une. Mais, une fois encore, c’est le genre de situations qu’on est obligé d’accepter quand on n’est qu’un élément d’un tout. On a donc enfilé ces tenues de boucher. Sur la photo, on fait « beurk ! ». C’est bien ce que je fais, n’est ce pas ? Je suis dégoûté, et tout particulièrement par les poupées sans têtes. Qu’est ce que tout ça veut dire, bordel de merde ? Quelqu’un a vu ça et demandé à juste titre : « vous êtes surs que vous avez vraiment besoin de ça comme pochette de disque ? » et la maison de disques a dit : « on ne veut pas d’une pochette comme celle la. On veut une gentille photo de vous quatre assis dans une petite boite. ».

RINGO STARR DONNE SON AVIS SUR LA POCHETTE

Ringo Starr : Je ne sais pas comment c’est arrivé. Je ne sais pas comment on a fini là, assis en tenue de boucher, entourés de viande. Si on regarde nos yeux, on voit bien qu’aucun de nous ne savait vraiment ce qu’il faisait. C’était juste un de ces trucs qui arrivent dans la vie. On a trouvé la pochette super parce qu’on était une bande de gentils garçons et qu’on s’est dit : « Faisons un truc comme ça ! ». Ce qui est fou à propos de cette pochette, c’est que, comme elle a été interdite, on a collé du papier par-dessus et tout le monde s’est mis à le décoller à la vapeur. Ils ont fait une authentique pièce de collection, pièce dont je ne possède pas d’exemplaire. Parce qu’à l’époque on ne se disait jamais : « on devrait conserver ça ».

NEIL ASPINALL DONNE SON AVIS SUR LA POCHETTE

Neil Aspinall : La pochette « bouchers » c’était l’idée de Robert Whitaker. Il voulait une idée truculente. Ca a finit sur l’album américain et les détaillants ont été horrifiés. Je ne sais pas combien d’exemplaires ils ont pressé, mais la réaction a été : « qu’est ce que c’est que ca ? » Capitol a donc collé une nouvelle pochette sur celles qui avaient déjà été faites, et sur le pressage suivant il n’y a eu que la seconde. Mais les gens qui avaient acheté les disques de la première série ont décollé la nouvelle pochette à la vapeur pour découvrir la photo « boucher ». Il n’en existe pas beaucoup là-bas.

LE COMMUNIQUÉ DE PRESSE RELATIF À LA POCHETTE

Suite au scandale né de la pochette « The Butcher Cover », l’Associated Press a diffusé le communiqué suivant :

THE HIGH-RIDING BRITISH Beatles MAY HAVE HAD A CLOSE CALL WITH ECONOMIC DISASTER…THE LOSS OF POPULARITY IN THE UNITED STATES, WHERE THEY MAKE MOST OF THEIR MONEY. NOT Because OF THEIR VOCAL TALENTS…WHICH IS ANOTHER QUESTION….
BUT Because OF THEIR SAD TASTE IN ALBUM JACKET ART.

THE NARROW SQUEAK CAME WHEN CAPITOL DISTRIBUTED TO AMERICAN DISK JOCKEYS A NEW BEATLE ALBUM CALLED « YESTERDAY » AND TODAY. » THE JACKET WAS A BIZARRE, GRISLY PICTURE OF THE BIG-BEAT GROUP WEARING WHITE BUTCHERS’ SMOCKS AND SADISTIC GRINS.

EACH OF THE SHAGGY-HAIRED Beatles HELD PARTS OF A DOLL WHOSE HEAD HAD BEEN CUT OFF AND ITS BODY DISMEMBERED. IT WAS A GORY SCENE. THE Beatles APPEARED TO BE AMUSED BY THE CHUNKS OF MEAT AND BONE.

DISK JOCKEYS WHO RECEIVED THE ALBUM…FORTUNATELY BEFORE IT WAS PUT ON SALE…WERE SHOCKED BY THE GROTESQUE JACKET PICTURE AND SOME EVEN REFUSED TO PLAY THE RECORD.

A CAPITOL SPOKESMAN IN CHICAGO SAID THE PROTESTS REACHED « RATHER LOUD » PROPORTIONS NATIONWIDE…AND AT THIS POINT THE RECORD COMPANY STARTED CORRECTING WHAT COULD HAVE BEEN A BAD BEATLEMANIA BLOOPER.

A COMPANY SPOKESMAN IN LOS ANGELES HAD THIS TO SAY : « THROUGH A SAMPLING OF PUBLIC OPINION WE DISCOVERED THE ALBUM PICTURE WAS MISINTERPRETED…SO IT HAS BEEN WITHDRAWN IN FAVOR OF A MORE CONVENTIONAL COVER. » THE ALBUM IS THE TENTH THE Beatles HAVE MADE FOR CAPITOL.

THE PREVIOUS NINE RECORDINGS HAVE MADE THE BRITISH GROUP MILLIONAIRES…SELLING MORE THAN 35 MILLION COPIES IN THE UNITED STATES.

CAPITOL SAYS THE GORY ALBUM PICTURE WAS TAKEN IN LONDON AND WAS THE Beatles’ OWN IDEA OF POP ART SATIRE.

OTHERS REGARDED THE ABBATOIR EFFECT AS RESEMBLING HUMAN CARNAGE. THERE IS AN OLD SAYING THAT « YOU CAN’T TELL A BOOK BY ITS COVER »…AND PERHAPS IT MIGHT BE APPLIED TO LONG-PLAYING RECORD ALBUMS. BUT MAYBE NOT.

 

LA LETTRE DE RAPPEL DES DISQUES

Suite au scandale né de la pochette « Butcher Cover », Ron Tepper (de Capitol Records) a envoyé aux différents disquaires la note ci-dessous, dans laquelle il demande que tous les disques « Yesterday and Today », ayant pour pochette la bien macabre photo lui soit retournés.

LA LETTRE-TYPE ENVOYÉE AUX CLIENTS PROTESTANT CONTRE LA « BUTCHER COVER »

Face à la vague de protestations populaires des acheteurs choqués par cette pochette, Capitol Records rédigea une lettre type qui fut envoyée à ces derniers

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