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Ces chansons solos de John Lennon qui auraient pu être des titres des Beatles

Lorsque John Lennon s’est éloigné des Beatles, il a emporté dans ses bagages une série d’ébauches et de fragments de chansons conçus au cours des dernières années d’existence du groupe. Bien qu’il eût déjà exploré de nouvelles pistes musicales en marge des Fab Four, ces titres, initialement envisagés pour les Beatles, allaient s’épanouir dans son travail en solo. Plutôt que de disparaître avec la dissolution du groupe, ils ont connu une seconde vie, parfois réinventée, dans les albums du Plastic Ono Band ou d’autres disques de Lennon.

L’après-Beatles : un contexte propice à la liberté artistique

Au moment où Lennon entreprend sa carrière solo, il rompt définitivement les liens avec la dynamique collective des Beatles. Les tensions liées aux affaires, notamment l’implication du manager Allen Klein, ont contribué à précipiter la séparation. Pour Lennon, cette rupture représente aussi une émancipation artistique : il peut désormais coucher sur disque des morceaux qui, pour diverses raisons, n’ont jamais trouvé leur place chez les Fab Four. Il arrive fréquemment que ces musiques aient été amorcées lors de séjours en Inde ou pendant des sessions d’enregistrement mouvementées, puis reléguées au second plan en raison des choix d’ensemble du groupe.

De l’ébauche à la concrétisation : cinq chansons emblématiques

1. “Look At Me”Plastic Ono Band

D’après certains témoignages, « Look At Me » germe dès l’époque de l’Album blanc, en 1968. C’est la phase où Lennon s’ouvre aux influences spirituelles, encourageant son écriture à se nourrir de sentiments plus introspectifs. La chanson, bien que suffisamment avancée pour être proposée aux Beatles, ne trouve pas sa place dans leur répertoire. Lennon, qui cherche à épurer ses textes, préfère la mettre de côté, en pressentant qu’elle conviendra mieux à un cadre personnel. Sur l’album Plastic Ono Band (1970), « Look At Me » prend la forme d’une pièce intime et dépouillée, entièrement axée sur la voix de Lennon et sa guitare acoustique, exprimant sa vulnérabilité et sa conscience de soi nouvelle après le tumulte des années Beatles.

2. “Oh My Love”Imagine

Lorsque les Beatles enregistrent The Beatles (souvent appelé l’Album blanc), Lennon connaît un moment de grande productivité. Il joue déjà avec des idées de ballades plus calmes et spirituelles, à l’image de « Oh My Love », œuvre d’un apaisement certain. Les brouillons de la chanson remontent à 1968, mais au fil des sessions, elle ne parvient pas à s’imposer face à d’autres morceaux plus achevés. Lennon reprendra cette esquisse pour l’inclure dans l’album Imagine (1971). « Oh My Love », tout en retenue, met en lumière le côté contemplatif de l’artiste, avec une élégance douce et mélancolique. Par son aura sereine, la chanson marque un contraste avec l’énergie plus nerveuse du Plastic Ono Band et révèle une facette amoureuse et radieuse de Lennon.

3. “Jealous Guy”Imagine

Sous l’appellation originelle de « Child of Nature », la chanson naît pendant le séjour des Beatles en Inde auprès du Maharishi Mahesh Yogi en 1968. Lennon et Paul McCartney, tous deux inspirés par la conférence du gourou, composent respectivement « Child of Nature » et « Mother Nature’s Son ». Tandis que la version de McCartney s’épanouit comme un titre officiel de l’Album blanc, l’ébauche de Lennon est reléguée au second plan. Finalement, elle se mue en « Jealous Guy » pour Imagine, devenant l’une des plus belles ballades de Lennon, empreinte de regret et d’honnêteté quant à ses sentiments et ses insécurités dans le couple. Aujourd’hui, la version finale de « Jealous Guy » reste l’une des plus grandes réussites du parcours solo de Lennon.

4. “Gimme Some Truth”Imagine

Réputée pour son énergie contestataire, « Gimme Some Truth » s’inscrit dans la lignée des morceaux politiquement chargés de Lennon. Elle trouve sa genèse pendant les sessions tumultueuses qui donneront naissance à Let It Be, lorsque les Beatles tentent de composer en studio tout en filmant leurs échanges. Dans ce cadre, Lennon joue les premiers jets de la chanson, suscitant la curiosité de McCartney qui, selon le documentaire Get Back, propose même quelques ajustements. Mais le morceau ne parvient pas à faire consensus. Ce n’est que plus tard, sur l’album Imagine, que Lennon lui donne sa forme définitive, bénéficiant par ailleurs d’un solo de guitare signé George Harrison. Dans « Gimme Some Truth », le musicien exprime avec virulence son rejet de l’hypocrisie et de la corruption ambiantes.

5. “One Day (At a Time)”Mind Games

Après l’échec des tentatives de conciliation et la tension chronique des séances de Let It Be, Lennon emporte également cette chanson dans ses cartons. « One Day (At a Time) » ne semble pas avoir été poussée très loin dans les studios des Beatles, mais elle est emblématique d’une envie de travailler sur des titres plus introspectifs, éloignés du tumulte collectif. Publiée sur Mind Games (1973), elle reflète le désir de Lennon de s’engager dans de nouvelles expérimentations, plus introspectives, et d’aborder des thèmes personnels comme sa relation avec Yoko Ono. Si la structure mélodique rappelle à l’origine l’atmosphère de la fin des Beatles, la version publiée se teinte d’accents plus planants, à l’image du style éthéré de Lennon à cette période.

Une liberté créatrice retrouvée

Pour Lennon, la dissolution des Beatles est synonyme d’une émancipation douloureuse, mais nécessaire. Si certains morceaux rangés au placard pendant l’époque du groupe auraient pu trouver une seconde vie sur tel ou tel album, il leur manquait l’espace que Lennon ne pouvait conquérir face à la dynamique de groupe. En se lançant en solo, il profite d’une autonomie totale. Cet affranchissement l’autorise à reprendre et perfectionner des ébauches écartées par les Beatles, à développer des thèmes plus personnels, et à incorporer de nouvelles influences, jusqu’à construire une discographie qui lui est propre.

Un pont entre l’héritage Beatles et la singularité Lennon

Ces chansons illustrent l’étonnant pont artistique qui relie les dernières années des Beatles à l’univers solo de Lennon. Derrière chaque texte se profile un moment charnière : dans « Look At Me » ou « Oh My Love », il s’ouvre à la sérénité que procurent les prémices de sa relation avec Yoko Ono. Sur « Gimme Some Truth », il dénonce avec ferveur la malhonnêteté de la société, prolongeant l’esprit combatif entraperçu dans « Revolution ». Quant à « Jealous Guy », elle démonte les barrières de l’orgueil, révélant une vulnérabilité qui aurait difficilement vu le jour lors de l’Album blanc.

Malgré la tristesse inhérente à la fin de la plus grande aventure pop/rock, ces morceaux recyclés ou retravaillés prouvent que Lennon, tout en embrassant son indépendance, emportait une part entière de l’esprit Beatles. Il a su, en quelque sorte, prolonger la magie collective, la transformer pour exprimer sa sensibilité et ses idées, sans s’enfermer dans la nostalgie. Avec ces titres, il révèle les passerelles insoupçonnées entre le passé mythique des Fab Four et ses aspirations intérieures, offrant aux fans un regard privilégié sur les chemins qu’aurait pu prendre l’histoire musicale si l’énergie du groupe n’avait pas été compromise par des tensions et des divergences artistiques.

Cet article répond aux questions suivantes :

  • Quelles chansons solos de John Lennon ont été initialement écrites pour les Beatles ?
  • Pourquoi certaines de ces chansons n’ont-elles pas été utilisées par les Beatles ?
  • Comment Lennon a-t-il transformé « Child of Nature » en « Jealous Guy » ?
  • Quel rôle George Harrison a-t-il joué dans l’enregistrement de « Gimme Some Truth » ?
  • En quoi ces chansons illustrent-elles l’émancipation artistique de Lennon après les Beatles ?

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