Au Guggenheim de Bilbao, la veuve de John Lennon a enfin droit à sa rétrospective. Un événement. Rencontre avec une icône pop.
Dans limmensité du musée, la frêle silhouette de Yoko Ono semble se dissoudre. Elle passe en revue les différentes salles consacrées à sa rétrospective quelque 200 pièces ou films , la plus importante en Europe à ce jour. Rien néchappe à son regard caché derrière ses lunettes noires. Lors de notre entretien, son visage sillumine à la mention de « Vertical Memory », une de ses uvres. Le soir, devant un parterre choisi, elle paiera de sa personne 81 ans tout de même pour des performances. Et finit par donner rendez-vous au public dans dix ans, ici même, à Bilbao. Inimitable.
Paris Match. En parcourant cette rétrospective, on se dit que vous avez eu plusieurs vies !
Yoko Ono. Cinquante ans dart, ce nest pas rien ! Vous savez, cela fait longtemps que je travaille en tant quartiste. Jai toujours fait ce que je pensais être bien. Et puis jai créé pour survivre.
Certaines de vos performances étaient controversées. Vous êtes-vous parfois sentie en danger ?
Pas vraiment. Enfin, je ne pense pas en ces termes. Cest un peu comme se coucher puis se lever. Deux choses différentes, mais que vous devez faire malgré tout.
Vertical Memory, où vous superposez les portraits de votre père, de votre mari, John, et de votre fils, Sean, sur des textes liés à votre histoire, est une uvre dune grande force. Est-ce la plus personnelle ?
Au départ, je voulais créer une sculpture tridimensionnelle avec un bébé et les mains du docteur qui lui donne le jour. Mais je nai pas pu aller jusquau bout de mon projet. Jai eu alors cette idée de superposer les clichés des trois hommes qui ont été là pour moi aux moments importants de ma vie.
Certaines de vos uvres invitent le public à participer
Comme tous les artistes, je suis effrayée à lidée que lon puisse toucher mes uvres, jouer avec, même. Et puis jai commencé à penser autrement. Cest un peu comme les partitions de musique qui existent pour que quelquun puisse jouer à son tour la composition. Voilà, jai imaginé des partitions dart. A chaque visiteur de sen emparer pour faire entendre sa propre musique avec mes créations.
« LES FEMMES SOUFFRENT TOUJOURS PLUS. CEST UN FAIT. MAIS NOUS AVONS LE POUVOIR DE DONNER LA VIE ET CEST UNE FORCE INCROYABLE »
Vous êtes également une artiste engagée. Pensez-vous que les femmes sont vraiment reconnues à leur juste valeur dans lhistoire de lart moderne ?
Les femmes souffrent toujours plus. Cest un fait ; que ce soit dans la vie ou dans la création. Mais nous avons le pouvoir de donner la vie, et cela est une force incroyable. Le monde devrait apprendre des femmes. De toute façon, je crois que la société des mâles finira par sécrouler.
Avec le recul, quel regard portez-vous sur votre parcours ?
Peut-être que je ne maime pas. Ce que jai fait était parfois dangereux mais je ne men rendais pas compte, jétais comme en dehors de ma vie. Jai été blessée par certaines réactions. Mais je my suis habituée aussi. Je me suis habituée à beaucoup de choses : parfois les gens ne viennent voir que la femme de John Lennon, pas Yoko Ono lartiste.
Vous avez partagé avec John Lennon lamour de la musique…
Cela fait partie de mon éducation. Vous savez, jai appris une chose, avec John, à travers les disques : cest que vous ne savez jamais pour qui vous créez, pour qui vous jouez. Vous ne connaissez pas celui qui achète votre album au bout du monde. Parfois il a seulement aimé la pochette ! Pourtant, au final, une communication sétablit entre vous.
Etes-vous une artiste du présent plus que du passé ?
Je nai jamais essayé dêtre moderne. Jai simplement fait ce en quoi je croyais.
Source : parismatch
