Le seizième album solo de Sir Paul s’appelle « New » et s’impose d’emblée comme un standard pop.
Après « Kisses On The Bottom », collection de chansons d’avant-guerre parue l’an dernier, il avait dit qu’il allait faire du neuf. Paul McCartney s’est piqué au jeu avec « New » (Hear Music, Universal), sa dernière brassée de chansons originales. Et, à 71 ans, Sir Paul n’a pas fini d’étonner, voire de détonner, si l’on en juge à « Save Us », l’ouverture rock façon Wings : « New » vaut vraiment le détour, reçu quasi cinq sur cinq.
Oui, ça lui a pris un certain temps, après les excellents « Chaos And Creation In The Backyard » (2005) et « Memory Almost Full » (2007). Mais, pour McCa, les temps sont très différents. « Memory » a été publié peu avant son épineux divorce d’avec Heather Mills, dans lequel l’ancien Beatles a littéralement laissé sa culotte. L’album en porte les stigmates. « New » est placé sous le sceau du renouveau, porté par le bonheur du mariage, le 9 octobre 2011, avec Nancy Shevell, la séduisante nouvelle Lady McCartney. Eh oui, c’est comme ça dans les vieilles royautés…
Voilà qui requinqua le septuagénaire. Un bonheur n’arrivant jamais seul, les festivités suivant la cérémonie ont été animées par Mark Ronson dans le rôle du DJ. Oui, le gars qui a réalisé le « Back to Black » d’Amy Winehouse. Très en vogue, Ronson a aussi travaillé pour Lily Allen, Adele, Duran Duran, Robbie Williams. Avec sa manière de réactualiser le passé, n’était-il pas l’homme idéal pour faire quelque chose de « New » ?
Il ne sera pas le seul, bien calé entre présent et avenir. Paul Epworth, lui aussi de la fête, a en commun avec Ronson d’avoir travaillé avec Adele, respectivement sur « 21 » et « 19 ». Quant à Giles Martin (Elvis Costello, INXS) et Ethan Johns (Kings of Leon, Kaiser Chiefs, The Vaccines), ils sont les fils de George Martin, alias « le cinquième Beatles » et Glyn Johns, qui a lui aussi collaboré avec les Fab Four. Mélange de jeunesse et d’histoire dans cette étonnante brochette de réalisateurs artistiques.
Dont on peut craindre qu’ils donnent une image sonore trop disparate à l’album sur lequel ils se retrouvent impliqués, le « New » McCartney. Certes, les couleurs sont très diverses puisque, outre l’allure Wings remise au goût du jour, l’on trouve la lumière kaléidoscopique des Beatles époque « Magical Mystery Tour », « Penny Lane », « Strawberry Fields Forever » (1967) sur les deux titres réalisés par Mick Ronson, « Alligator » et « New ».
Psychédélique mais plus expérimental, « Looking at Her » sonne électro, et « Appreciate » plus encore. Tous deux portent la griffe de Giles Martin. Enfin, Ethan Johns n’hésite pas à mettre Sir Paul en danger, sur un titre dépouillé, dominé par la guitare : « Early Days » trahit une voix un peu affaiblie par l’âge, mais exhale une douce émotion. On le comprend quand on sait qu’elle évoque, selon Paul, « mes souvenirs de cette époque formatrice avec John, avant les Beatles ».
Ce qui pourrait paraître trop éclaté est d’une cohérence exemplaire car le tout est lié par le formidable talent de mélodiste de McCartney compositeur. Plus d’un demi-siècle d’écriture n’a pas tari la source. Sur la pochette, McCa raconte, en toute modestie, comment ça lui vient: « Certaines (chansons) sont venues en revenant d’avoir été conduire ma plus jeune fille à l’école. Une tasse de thé dans une main, une guitare dans l’autre, j’étais à farfouiller dans le trou noir de la musique et, quelque temps plus tard, je saluais l’arrivée d’une nouvelle chanson. »
Alors qu’il jouait l’homme-orchestre sur ses deux précédents bijoux, « Chaos and Creation » et « Memory Almost Full », Paul McCartney est ici entouré d’un solide quartet, avec lequel il est parti donner des concerts à Los Angeles et New York. Des shows surprise, jouant sur les références au passé et sur les technologies de communication modernes. Sous une pochette inspirée par les installations lumineuses de l’artiste minimaliste américain Dan Flavin, « New » témoigne d’une juvénilité d’esprit rafraîchissante. Il est à classer illico parmi les six ou sept meilleurs albums solo de l’ex-Beatles.
Source : lalibre
