Il y a 45 ans aujourd’hui, le mythique album des Beatles « Revolver
_ – « Michelle » reconnue comme meilleure chanson de l’année 1966.
_ – meilleure prestation voix solo pour Eleanor Rigby.
_ – la meilleure couverture de disque
Yellow-Sub.net revient sur ce disque qui marqua un virage décisif dans la carrière des Beatles.
Sommaire
Contexte
Avec Revolver
Dans la foulée de Rubber Soul (1965), les Beatles peuvent aller de plus en plus loin dans l’innovation technique et créatrice et s’affranchir de toutes les règles. Le producteur George Martin explique : « En studio, leurs idées devenaient bien plus efficaces. Ils commençaient par me dire ce qu’ils voulaient, et puis ils me réclamaient d’autres idées et d’autres moyens pour traduire ces idées. En écoutant Revolver
Enregistrement
« De façon incroyable, toutes les pistes de Revolver
Geoff Emerick
Aux côtés de George Martin et des Beatles, un tout jeune ingénieur du son fait donc ses débuts : Geoff Emerick, 19 ans. Il va d’entrée de jeu changer la façon d’enregistrer la batterie en positionnant les micros plus près des fûts, en « assourdissant » la grosse-caisse à l’aide de vêtements placés à l’intérieur (le jour même de son entrée en fonction, le 6 avril 1966) et la basse, en se servant d’un haut-parleur comme micro placé en face de l’ampli4. Emerick ignore délibérément les règles strictes édictées dans les studios EMI et se met totalement au service de Beatles avides d’expérimentations. Pour eux, un autre membre du personnel technique d’EMI, Ken Townsend, invente le moyen de ne plus avoir à doubler sa propre voix, l’Automatic double tracking, et à partir de celui-ci invente le flanger.
I’m Only Sleeping est réputée pour contenir le premier solo de guitare inversé (joué par George Harrison) ou tout simplement, en compagnie de Rain enregistrée quelques jours plus tôt, la première bande musicale jouée à l’envers de l’histoire du rock. Quant à savoir comment cet effet fut découvert, Paul McCartney donne sa propre version. Selon lui, le groupe était en train d’enregistrer le solo de guitare de George Harrison lorsque le technicien chargé du magnétophone mit la bande à l’envers :
« Ça jouait à l’envers, « bordel qu’est-ce qui se passe ? ». Cet effet ! Personne n’avait alors entendu de choses à l’envers. On a dit « mon dieu, c’est fantastique, on peut faire ça pour de bon ? ». Alors George Martin, béni soit-il, étant favorable à ce genre d’idée et plutôt aventureux pour une « grande personne raisonnable » a répondu « oui, je crois que c’est possible ». Alors on l’a fait et c’est ce jour-là que nous avons découvert la guitare à l’envers. C’était un beau solo en fait. Ça sonne comme quelque chose qu’on ne pourrait pas jouer. »
La version que donnent John Lennon et George Harrison est différente. C’est en fait John qui aurait accidentellement enclenché à l’envers, chez lui, la bande de travail de la chanson Rain enregistrée quelques jours avant I’m Only Sleeping, et serait revenu aux studios tout heureux de sa trouvaille. On l’entend ainsi chanter à l’envers à la fin de Rain, George Harrison se chargeant de transformer l’essai à la guitare sur I’m Only Sleeping.
Un autre exemple de nouveautés est Tomorrow Never Knows (« Demain ne sait jamais », encore un accident de langage signé Ringo Starr). Premier morceau enregistré mais dernier titre de Revolver
Parution et réception
Revolver
En août 1967, Ray Davies, leader des Kinks, commente chacune des chansons de l’album dans le Disc and Music Echo Magazine. Le résultat est selon lui mitigé : qualifiant d’une part Yellow Submarine de sottises et Taxman de chanson un peu limitée, il apprécie tout de même Here, There And Everywhere, I’m Only Sleeping et Good Day Sunshine, cette dernière étant pour lui un vrai retour aux sources pour les Beatles. Finalement, Davies préfère l’album précédent, Rubber Soul, à Revolver
Toutefois, l’album est considéré comme étant l’un des plus importants de l’histoire du rock, et il est mis à l’honneur dans les différents classements de magazines tels Rolling Stone ou Time Magazine. Il occupe par ailleurs la première place chez Q Magazine et VH1. PopMatters décrit l’album comme « l’uvre des membres du plus grand groupe de musique pop, au sommet de leur art, et conscients de l’être ». Le Allmusic le considère comme « l’ultime album de pop moderne, même après Sgt Pepper. »
Ce succès à la fois critique et commercial a incité d’autres artistes à reprendre l’album dans son intégralité :
- Revolver
Jazz de Don Randi Trio (Reprise, 1966) ; - The Revolver
Suite par Bozo Allegro (Marx Music, 1998) ; - Revolver
Reloaded par différents artistes (Mojo Records, 2006).
Évolution créative
« Si Rubber Soul a été l’album de l’herbe, Revolver
John Lennon
En 1966, les Beatles ont grandi. Ils fréquentent les clubs et les boîtes de nuit à la mode, où ils passent du temps avec les artistes en vue du moment, dont les Stones et les Animals. Ils chargent Barry Miles, personnage important de la scène underground de Londres, de leur envoyer les dernières publications avant-gardistes. Paul McCartney en particulier s’intéresse à la vie culturelle londonienne, maintenant qu’il y habite, et ouvre la galerie d’art Indica avec John Dunbar et Peter Asher ; il écoute des gens comme Stockhausen et va voir des pièces de théâtre. George Harrison, qui a récemment assisté à un concert de Ravi Shankar, se passionne pour la musique indienne qu’il qualifie en 1966 de « seule grande musique actuelle » et entraîne les autres Beatles avec lui. Le psychédélisme, mouvement de contre-culture lié à la consommation de drogueshallucinogènes, est propagé par des personnalités comme Timothy Leary et Owsley Stanley. Ainsi, tout le contexte de l’époque va largement influencer les compositions des Fab Four, les inspirer, et les ouvrir à d’autres horizons.
Pendant longtemps, le répertoire des Beatles se constituait exclusivement de chansons conventionnelles à propos de filles et d’amour. Leur première chanson à déroger à cette règle est Nowhere Man, parue sur l’album Rubber Soul fin 1965. Avec Revolver
Au sein du tandem Lennon/McCartney, toutes les chansons sont encore écrites en collaboration, mais la patte de leur auteur principal transparait nettement. À ce stade de leur parcours commun d’auteurs-compositeurs, l’un arrive avec une chanson pratiquement finie, et l’autre apporte sa touche, pour un pont, pour une idée musicale ou des paroles supplémentaires. Cela pourra se poursuivre en studio, où par exemple, toutes les étonnantes boucles sonores (dont certaines sonnent comme des cris de mouette) audibles dans Tomorrow Never Knows sont l’uvre de Paul
John Lennon est au meilleur de sa forme, et innove notamment avec I’m Only Sleeping un manifeste de la paresse où le solo de guitare est passé à l’envers. Très porté sur la consommation de LSD, il transmet ses expériences de la drogue dans trois chansons de l’album. Doctor Robertraconte l’histoire véridique d’un médecin new-yorkais prêt à prescrire toutes les pilules qu’on lui demandait. Un trip à Los Angeles est à l’origine de son She Said She Said tandis que le créatif Tomorrow Never Knows , écrit sous acide, traite de préceptes du bouddhisme tibétain. Enfin, il signe And Your Bird Can Sing, petite chanson dans le plus pur style psychédélique, qui reprend et développe des effets de guitare qui n’apparaissaient que discrètement à la fin de Ticket to Ride.
De son côté, Paul McCartney s’affirme comme mélodiste doué, sur le chemin qui le mènera à devenir bientôt la figure harmonique dominante du groupe. Il compose trois de ses plus belles chansons, avec For No One, Here, There and Everywhere et Eleanor Rigby. Il évoque dans les deux premières sa relation avec Jane Asher : tandis que For No One est tirée d’une dispute, Here, There And Everywhere, aux harmonies vocales inspirées par les Beach Boys, reflète l’amour idéal. Eleanor Rigby parle d’une vieille dame solitaire qui travaille dans une église, et seuls des instruments classiques sont utilisés sur la chanson. McCartney écrit aussi pour Ringo Starr un des classiques du groupe, Yellow Submarine, qui sera à l’origine du film éponyme et de sa bande-originale associée deux ans plus tard. Eleanor Rigby et Yellow Submarine sortent aussi en single « double face A » en même temps que Revolver
George Harrison n’est pas en reste et franchit un nouveau cap dans son parcours de songwriter, en proposant trois compositions plus abouties que les précédentes, incluant le titre qui ouvre l’album, Taxman. Le sitar, déjà entendu dans Norwegian Wood, l’a séduit ; son admiration pour l’Inde, dont il ne se départira plus, devient évidente avec Love You To, composée spécifiquement pour l’instrument indien. Il signe enfin I Want to Tell You, où il exprime sa difficulté de s’exprimer avec des mots.
Pochette et titre
La pochette de l’album est l’uvre de Klaus Voormann, ami des Beatles depuis leurs débuts à Hambourg. Chaque Beatle y est dessiné à la main, dans un style directement inspiré de Aubrey Beardsley (exposé à Londres en 1966), avec de gauche à droite et de haut en bas, Paul McCartney, John Lennon, Ringo Starr et George Harrison. Les portraits sont séparés par un mélange de vieilles photos et de dessins. La pochette est entièrement en noir et blanc, ce qui n’était plus le cas depuis celle de With the Beatles. Klaus Voormann est présent en photo sur la droite de la pochette, près de sa signature, il devient donc la première personne extérieure au groupe à figurer sur la pochette d’un de leurs albums. Cette création lui vaut un Grammy Award pour la meilleure pochette d’album en 1966.
Dans une interview au magazine Mojo, en 2006, Voormann en dévoile un peu plus sur l’élaboration de la pochette. D’abord, les Beatles lui avaient fait écouter quelques-uns de leurs nouveaux titres, dont Tomorrow Never Knows. Le morceau l’a sidéré, et il voulait que l’étrangeté qu’elle dégageait transparaisse aussi sur la pochette de l’album : « Jusqu’où pouvait-il aller ? Jusqu’à quel point pouvait-elle être surréelle et bizarre ? » Il a donc commencé par dessiner les portraits des Beatles, de mémoire sauf pour celui de George Harrison qu’il a eu beaucoup de mal à faire , puis y a ensuite collé les photos récoltées auprès du groupe, photos qui, selon lui, laissent voir leur côté « gentil ». Finalement, la pochette a fait l’unanimité auprès du groupe, de George Martin et de Brian Epstein.
Avec cette pochette, les Beatles bousculent une nouvelle fois les conventions. En effet, pour la pochette d’album d’un groupe, l’usage était d’utiliser une simple photo sans fantaisie des membres ensemble, comme en témoignent celle de Please Please Me ou encore de My Generation des Who. Avec Revolver
Tout comme le titre de Rubber Soul, Revolver
