En 1967, Daniel Richter Ă©tait un artiste mime pratiquement inconnu travaillant Ă Londres. Cette annĂ©e-lĂ , lâacteur originaire du Connecticut a Ă©tĂ© choisi pour incarner Moonwatcher, le singe qui dĂ©couvre lâos dans la sĂ©quence « Dawn of Man » du film de science-fiction pionnier de Stanley Kubrick, 2001 : lâOdyssĂ©e de lâespace. Mais Richter Ă©tait dĂ©jĂ bien plus quâun simple acteur : il Ă©tait chorĂ©graphe, photographe et ami proche de John Lennon et Yoko Ono.
Lors dâune conversation avec Vulture, Richter a expliquĂ© comment il a obtenu le rĂŽle de Moonwatcher. « Stanley avait dĂ©jĂ tournĂ© la majeure partie du film », a-t-il commencĂ©. « Ils essayaient de comprendre comment faire les scĂšnes dâouverture. Ils avaient testĂ© des danseurs, des acteurs, et mĂȘme des comĂ©diens. Arthur C. Clarke et lui en parlaient et ils ont dit : « Vous savez, nous nâavons jamais parlĂ© Ă un mime ». Il se trouve quâĂ lâĂ©poque, je donnais des cours privĂ©s de mime Ă Londres. Quoi quâil en soit, on mâa demandĂ© si je voulais bien sortir et laisser Stanley mâinterroger. Jâai rĂ©pondu : « Si vous me donnez vingt minutes, une scĂšne, des justaucorps et des serviettes, je peux vous montrer comment faire ». Il mâa donc engagĂ©e pour la chorĂ©graphie et mâa finalement convaincue de jouer Ă©galement le rĂŽle de Moonwatcher. Je me suis toujours considĂ©rĂ© comme un chorĂ©graphe sur ce film. Mais je lâai revu lâautre jour et jâai rĂ©alisĂ© que jâen Ă©tais la vedette !
AprĂšs avoir passĂ© des semaines Ă Ă©tudier les singes au zoo de Londres et Ă regarder tous les documentaires de Jane Goodall qui lui tombaient sous la main, Richter Ă©tait dĂ©terminĂ© Ă imprĂ©gner la scĂšne dâouverture dâun niveau de rĂ©alisme jusquâalors inĂ©galĂ©. « Stanley avait tout planifiĂ© dans les moindres dĂ©tails, mais il Ă©tait aussi le genre de grand artiste qui savait tirer parti des choses lorsquâelles se prĂ©sentaient dâelles-mĂȘmes », explique-t-il. « Je suis arrivĂ© lĂ et jâai laissĂ© tomber un os par hasard, qui a heurtĂ© une cĂŽte de telle maniĂšre quâil a tournĂ© en lâair. Au dĂ©but, jâai dit : âJe suis dĂ©solĂ©, Stanleyâ. Et il mâa rĂ©pondu : « Non, câest super ». Alors, jâai frappĂ© une fois, un os sâest retournĂ©, puis jâai frappĂ© un peu plus fort, et un autre os sâest retournĂ©. Et ça sâamplifie, ça sâamplifie, et finalement, tout cela a conduit Stanley Ă dire : « Lancez les os en lâair ! ». Mais câest ce premier retournement accidentel qui nous a donnĂ© lâidĂ©e ».
Ă cette Ă©poque, Richter avait dĂ©jĂ rencontrĂ© Yoko Ono lors dâun voyage au Japon. « Nous sommes devenus des amis trĂšs proches », explique-t-il. « Elle a traduit certains de mes poĂšmes pour les utiliser dans le cadre de sa performance. Plus tard, alors que je travaillais Ă Londres pour Stanley, elle est venue y faire quelques concerts. Nous nous sommes retrouvĂ©s et nous avons eu des appartements cĂŽte Ă cĂŽte pendant quelques annĂ©es. Puis, lorsque John a commencĂ© Ă revenir, jâai soudain Ă©tĂ© entraĂźnĂ©e dans leur vie. Lorsquâils se sont mariĂ©s, ils mâont demandĂ© de venir les aider dans leurs projets ».
En plus dâavoir assistĂ© Ă la derniĂšre sĂ©ance de photos des Beatles et dâĂȘtre apparu dans le clip « Imagine » de John et Yoko Ă Tittenhurst Park en 1972, Richter a Ă©galement pris la photo qui figure sur la couverture de Plastic Ono Band et a fourni Ă Ono de lâhĂ©roĂŻne pour John au plus fort de sa dĂ©pendance. « Cela faisait bizarre dâĂȘtre assis sur le lit et de parler Ă Yoko pendant que les Beatles travaillaient dans le studio », a-t-il dĂ©clarĂ© Ă Salon. « Je ne pouvais pas mâempĂȘcher de penser que ces gars-lĂ Ă©taient en train dâĂ©crire lâhistoire du rockânâroll, alors que jâĂ©tais assis sur ce lit, au milieu du studio dâAbbey Road, et que je tendais Ă Yoko un petit paquet blanc.
