Elle a fait la couverture de Time Magazine à 21 ans; participé aux grandes heures de la folk music, chanté aux côtés de Martin Luther King à Washington, défendu les causes les plus nobles aux quatre coins de la planète… A 67 ans, Joan Baez est une légende, mais bien vivante comme le prouve son dernier album, The Day after Tomorrow, un chapelet de chansons écrites par la fine fleur de la scène folk-rock – Elvis Costello, Steve Earle, Tom Waits…
Plusieurs chansons de l’album abordent le thème de la religion. Votre foi est-elle plus forte avec le temps?
Ma foi est avant tout spirituelle, je pratique d’ailleurs assez peu… Mes parents sont devenus quakers quand j’avais 8 ans. A l’époque, je détestais les assemblées austères et silencieuses, je faisais un rejet total. Aujourd’hui, le silence est une compagne fidèle à travers la méditation.
George Bush et les républicains possèdent également la foi. En quoi la vôtre se distingue de la leur?
Ces gens pleurent, crient, hurlent le nom de Jésus. Mais ils sont incapables d’empathie et encore moins de compassion. Ces valeurs leur sont étrangères. Ils s’en foutent, ils ont les chaussures les plus chères au monde et ils bottent le cul du reste du monde. Difficile de prendre leur religion au sérieux. Ils sont pro-peine de mort et anti-avortement. Moi pas.
Pour la première fois de votre vie, vous soutenez un candidat à la présidentielle.
Quelque chose doit changer après les sept années catastrophiques de l’administration Bush. Obama peut réunifier ce pays profondément divisé, au-delà des questions raciales et sociales. Je ne dirais pas qu’il va concrétiser le « rêve » de Martin Luther King, mais il fait bouger la société, comme King le fit en son temps. L’art et l’engagement sont intimement liés. Mes chansons sont toujours meilleures quand elles se mêlent de politique.
Bob Dylan a toujours refusé son rôle de leader d’opinion. Une coquetterie de sa part?
Il n’aimait pas les responsabilités et, d’une certaine manière, il me les a laissées. Durant sa carrière, il a créé un véritable arsenal musical contre la guerre, les marchands de canon, la menace nucléaire… Les écrire lui suffisait amplement. Sur scène, j’ai réintégré certaines protest songs des années 1960 comme With God on Our Side ou We Shall Overcome.
Elles sont malheureusement d’une actualité toujours aussi brûlante… Mais je termine toujours mon concert sur une note d’espoir, avec Imagine. Vous avez d’ailleurs bien connu John Lennon…
J’ai rencontré les Beatles lors de leur première tournée aux Etats-Unis. Un soir, nous nous sommes retrouvés dans une villa de Los Angeles. Il n’y avait pas de chambres pour tout le monde. John et moi avons donc partagé le même lit, un lit très, très grand. Une fois sous les draps, il s’est jeté sur moi, j’en avais très envie, mais il avait l’air tellement épuisé… Je lui ai dit: « John, tu n’es pas obligé… » A mon grand regret, il a poussé un soupir de soulagement. Nous avons chanté des berceuses pour nous endormir main dans la main. Voilà l’histoire de ma nuit platonique avec John Lennon.
Source : Propos recueillis par Eric MANDEL / Le Journal du Dimanche













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