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Sean Lennon : un nom difficile à porter

«Je n’essaie pas de révolutionner le rock ‘n’ roll, je veux tout simplement écrire de belles chansons», a dit hier Sean Lennon en conférence de presse. (Photo : André Tremblay, La Presse)
Sean Lennon pétait le feu hier après-midi en conférence de presse. Le jeune homme au regard fuyant s’est transformé sous nos yeux en un véritable tribun, capable de parler, en français comme en anglais, de Picasso, Duchamp et de la nouvelle aristocratie britannique (Sir Paul McCartney, Sir Mick Jagger) aussi bien que du «mensonge comme fondement de la société capitaliste». Un jeune homme drôle, maniant superbement l’autodérision, radicalement différent de celui à qui j’avais causé au téléphone il y a deux semaines.

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Au téléphone, chacune des réponses de Sean Lennon est entrecoupée de longs soupirs. Il parle d’abondance de ce qui le passionne, mais la méfiance face aux journalistes fait inévitablement partie de son héritage. Fan de Gainsbourg, il est francophile, ayant étudié en Suisse alors qu’il était enfant. Les artistes qui n’apprécient pas la culture française sont stupides, me lance-t-il, «comme je l’étais quand je trouvais les Beach Boys mauvais et que des chansons comme California Girls me semblaient idiotes.»
– Comme dans la version et le clip de Van Halen?
– Pas si mauvais que ça quand même!
Sean Lennon s’amène au Spectrum, ce soir, avec sous le bras un deuxième album, Friendly Fire, plutôt réussi. Une voix fragile mais qui a des accents familiers – pas autant que celle de son demi-frère Julian tout de même -, des textes pas jojos sur des musiques quasi angéliques qui révèlent un sens indéniable de la mélodie, qu’il ne tient probablement pas de sa maman.
Son meilleur ami Max LeRoy est mort dans un accident de moto un an et demi après lui avoir chipé sa blonde, Bijou Phillips, fille des Mamas and the Papas Michelle et John Phillips. Au moment de sa mort, le jeune Lennon n’avait pas encore fait la paix avec son ami d’enfance. Friendly Fire est truffé de références à ces incidents. Plus encore, chacune des chansons est accompagnée d’un clip où Bijou Phillips tient son propre rôle, refusant d’abord les avances du «meilleur ami» de son chum qui est joué par Harper Simon, fils de Paul du même nom. On se paie un abonnement à vie chez le psy pour moins que ça.
Huit ans d’attente
Il s’est passé une éternité entre son premier album Into the Sun et Friendly Fire, huit années au cours desquelles Sean Lennon n’a pas arrêté pour autant d’écrire des chansons. Ces incidents l’ont marqué, reconnaît-il, mais pas au point d’être le déclencheur du nouvel album. «Il y aurait eu un album de toute façon, mais il n’aurait pas été pareil, dit-il. Si je le voulais, je pourrais sortir un album tous les deux ans. Mais je n’étais pas certain de vouloir être une personnalité publique. Il fallait que je trouve comment le faire tout en étant heureux. Je sentais que je n’étais pas honnête envers moi-même en ne sortant pas ma musique.»
Into the Sun avait étonné pas mal de monde avec ses accents brésiliens, comme si son auteur tenait mordicus à se démarquer de ses célèbres parents en livrant le disque que l’on n’attendait pas. «Quand les gens ont de fortes attentes envers toi, surtout quand tu es jeune, qu’ils veulent que tu sois quelqu’un que tu n’es pas, c’est stimulant de les confronter en étant fidèle à celui que tu es vraiment», dit-il. Il n’a jamais sérieusement songé à faire carrière sous un pseudonyme: «Mon identité est tellement liée au fait que je suis un fils de musiciens, un fils d’artistes, que ce serait manquer de respect que de le cacher. Ce serait presque gênant.»
Hier, en conférence de presse, il en rajoutait: «Je n’essaie pas de révolutionner le rock ‘n’ roll, je veux tout simplement écrire de belles chansons. Le rock n’est plus aussi vital que dans les années 60. Je tente de faire quelque chose d’un peu plus classique, ça me vient de ma famille.»
Parlant de famille, Sean Lennon aurait bien aimé participer au tout récent album de reprises de chansons de son père (Instant Karma) dont les recettes seront versées aux victimes du conflit au Darfour, mais l’invitation n’est jamais venue. «Je suppose que je ne suis pas encore rendu à ce niveau», dit-il. Pourtant, il n’y a pas que U2, R.E.M. et Christina Aguilera sur cet album, on y trouve aussi Dhani Harrison qui n’est pas précisément une supervedette. «Je sais, c’est drôle, commente Sean. Je suis très content que Dhani et Jakob (Dylan) y participent. Je l’aurais vraiment fait si on me l’avait demandé.»
Pourtant, à 31 ans, celui qui a repris Give Peace a Chance avec Lenny Kravitz à l’époque de la guerre du Golfe et qui a chanté au Tibetan Freedom Concert, est convaincu que l’art et la politique ne font pas bon ménage. Selon lui, on peut compter sur les doigts d’une main les bonnes chansons politiques (Dylan, son père), les autres sont pourries. Going to a Town de son pote Rufus Wainwright étant l’exception qui confirme la règle: «Rufus le fait avec tellement d’intelligence et d’élégance que ç’en est beau.» Ce soir, il sera justement accompagné de musiciens qui travaillaient jadis avec Rufus et Martha Wainwright.
Sean Lennon a déjà joué à Montréal avec le groupe Cibo Mato, le groupe de son ex, Yuka Honda. Cette fois, ses compositions prendront toute la place. «J’ai enregistré l’album en dix jours, tandis que j’ai eu 73 spectacles pour découvrir ce que j’aimais le plus dans ces chansons et comment les rendre plus belles. Si vous aimez un peu l’album, vous allez beaucoup aimer le concert», promet-il.

Source : canoe.com

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