Can’t buy me love », chantaient les Beatles en 1964. Pas si sûr. Trente-sept ans plus tard, les Fab Four n’ont jamais été autant synonymes de Big Money. Et pas seulement en raison de la fort prometteuse vente aux enchères, prévue pour la mi-avril à Londres, d’effets ayant appartenu aux quatre garçons, dont la fameuse lettre de rupture envoyée par Ringo Starr et George Harrison à Paul McCartney à la fin des sixties et signant la mort du groupe. Depuis hier, c’est une autre rupture portée par les héritiers des Beatles devant la Haute Cour, et également lourde d’intérêts financiers, qui alimente les spéculations : celle d’un accord sur la vente de musique conclu en 1999 entre Apple Computer et Apple Corps, la maison de disques des ex-rois de la pop. Objet de la discorde : encore, et pour la troisième fois, la pomme.
Depuis la création du géant de l’informatique, en 1976, les deux groupes n’ont cessé de ferrailler sur l’utilisation de la marque Apple, label créé – non sans arrière-pensées fiscales – par les Beatles dès 1968 et sous lequel continuent d’être éditées des compilations. En 1991, il en avait coûté 80.000 dollars et la promesse de ne jamais se lancer dans l’édition musicale à Steve Jobs pour pouvoir conserver à sa firme un nom proche de celui de l’éditeur de ses idoles. En 1999, à nouveau poursuivi en justice par ce dernier pour le succès de ses Mac auprès des mordus de l’enregistrement et du mixage, le groupe informatique avait dû se délester de 26,5 millions et promettre de ne jamais s’aventurer dans l’édition et la distribution de CD.
Cette fois, c’est pour son service de vente de musique en ligne, iTunes, que Steve Job figure à nouveau banc des accusés. En écoulant, avec une faible marge, près d’1 milliard de chansons numérisées par jour pour alimenter ses baladeurs numériques iPod – véritables piliers de ses ventes -, sa firme a-t-elle violé le précédent accord comme le prétend Apple Corps ? Auquel cas à combien s’élèvera la facture pour l’autre pomme ? Plusieurs dizaines de millions de dollars ? L’abandon d’une partie de son capital à Apple Corps ? Ira-t-elle jusqu’à rapporter à sir Paul McCartney un siège au conseil d’administration du groupe de Cupertino ? Preuve à charge, selon l’accusation : un mois avant de lancer son iTunes, déjà riche de 3,7 millions de morceaux de musique, Steve Jobs aurait téléphoné au directeur d’Apple Records, Neil Aspinall, et offert de racheter la marque de disques pour un million de dollars, a-t-on appris au premier jour du procès. Au juge Edward Mann, fan avoué de l’iPod, de trancher. Et à la justice de prouver qu’elle n’est ni aveugle ni sourde.
Source : ARIELLE GONCALVES (À LONDRES)
