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2006 L'actualité Beatles

La vague McCartney

La minceur de la glace dans le golfe Saint-Laurent a beau laisser présager une saison de chasse aux phoques en-deça des quotas, le combat des environnementalistes contre ce «massacre» attire davantage l’attention des médias canadiens cette année. L’effet d’une seule personne? Yes, sir… McCartney!
Selon une compilation effectuée par l’International Fund for Animal Welfare (IFAW), un des leaders de l’opposition à la chasse aux phoques, la télévision canadienne diffuse entre 100 et 400 reportages sur la question chaque jour depuis quelques semaines. Et c’est sans compter ce qui se publie dans les journaux from coast to coast.
Pourtant, le nombre de demandes de permis d’observation délivrés par Pêches et Océans Canada aux groupes écologistes et aux médias a chuté de moitié en un an, passant de 140 à 70.

L’engouement médiatique est attribuable principalement à la visite de l’ex-Beatle Paul McCartney en compagnie de sa jeune épouse, au début du mois, constate Ingrid Nielsen, porte-parole d’IFAW. Les images du chanteur en habit de neige rouge posant avec un bébé phoque d’un blanc immaculé ont fait le tour du monde. Le premier ministre terre-neuvien, Danny Williams, a essayé de lui tenir tête à l’émission Larry King Live, sur les ondes de CNN, mais la partie n’était pas facile.
«Quand les politiciens parlent d’un dossier, c’est particulièrement bon parce que ça les oblige à se commettre et que ça attire l’attention des médias et du public», note Mme Nielsen, porte-parole d’IFAW.
Trémolos de Bardot
Celle-ci est plus sceptique quant à l’intervention de l’actrice française Brigitte Bardot, qui a débarqué au pays la semaine dernière pour réclamer l’arrêt de la chasse aux phoques et un entretien avec le premier ministre, Stephen Harper, qui a décliné les deux offres. Sa visite n’était pas sans rappeler celle faite 29 ans plus tôt à Sept-Îles, alors que le sex-symbol avait multiplié les trémolos pour sauver les blanchons. «C’est à chacun de déterminer si Mme Bardot est encore une autorité», laisse tomber la représentante d’IFAW.
Michel Therrien, porte-parole de Pêches et Océans Canada pour la région du golfe Saint-Laurent, est d’accord pour dire que le chanteur britannique a eu son effet. «La visite de Paul McCartney a rehaussé énormément la visibilité du dossier.» Mais il ne blanchit pas pour autant Brigitte Bardot, car sa sortie a affecté le moral des chasseurs, qui sont assimilés à des assassins. «On traite les gens du Labrador et des Îles-de-la-Madeleine de criminels. On fait même le parallèle avec les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale», fait-il remarquer.
M. Therrien était sur la banquise pour le début de la saison de chasse aux phoques. La tension entre les environnementalistes et les chasseurs était palpable, dit-il, comme en témoignent les accrochages de la fin de semaine. «On s’approche de plus en plus des chasseurs, qui sont stressés et fatigués d’être critiqués.»
Joint sur les glaces, hier, Jean-Claude Lapierre, président de l’Association des chasseurs de loups marins des Îles-de-la-Madeleine, prenait les choses du bon côté. Selon lui, McCartney et Bardot «ont fini de clouer le clou dans leur cercueil» en diffusant de la fausse information. L’utilisation d’images de blanchons, dont la capture est interdite depuis 1987, a été relevée partout.
M. Lapierre reconnaît que son Association utilise désormais les techniques de ses opposants à son avantage, notamment en boycottant les entreprises qui les approvisionnent ou qui les hébergent. L’année prochaine, les chasseurs seront aussi présents dans Internet pour défendre leur gagne-pain. «On a bien du fun avec ça !» s’exclame leur représentant.
Luc Dupont, spécialiste de l’image et professeur à l’Université d’Ottawa, a aussi l’impression qu’«on a atteint un carrefour» et que l’opinion publique pourrait se retourner contre une cause a priori gagnante. «À la conférence de presse de Mme Bardot, les journalistes étaient visiblement agacés. C’est très rare qu’on sent ça.»
Selon M. Dupont, les groupes opposés à la chasse aux phoques ont «poussé un peu trop la sauce» en montrant toujours les mêmes images de blanchons ensanglantés et en utilisant les mêmes arguments de barbarie et d’épuisement de la ressource. La population de phoques a triplé depuis les années 70 et s’établit à 5,8 millions de têtes. «Quand on en met trop, la coupe déborde», laisse tomber le professeur d’université.

Source : Annie Morin / Le Soleil

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