{{pop Porté par la jeune garde des producteurs anglais, Paul McCartney vise les étoiles. S?il les rate de peu, le vol est d?une sérénité simple et rare.}}
Paul McCartney, 63 ans mais toujours le regard, le culot (et la basse!) de son adolescence. LDD
L’histoire est simple, elle se vérifie toujours. Encore faut-il que l’on accepte les règles du jeu. Celles, pour une icône du XXe siècle, d’abandonner son statut de mandarin de la pop music, et l’orgueil larvé qui l’accompagne, pour entrer les poches vides dans le studio d’un jeune producteur intelligent. Johnny Cash a accompli sa renaissance en confiant sa voix nue et sa simple guitare sèche aux mains expertes de Rick Rubin; Paul McCartney suit le même chemin grâce à Nigel Godrich, le maître sonique responsable, à même pas 30 ans, du meilleur du rock anglais depuis son coup d’éclat avec le Paranoid Android de Radiohead (1997).
Quiconque a vu le documentaire Let It Be , chronique vidéo de l’avant-dernier album des Beatles et plongée aux enfers sous la tyrannie du génial Macca, comprendra les difficultés pour juguler la passion créatrice du dieu pop qui a plus fait pour l’aura de Sa Royale Majesté que tous les James Bond réunis. Paul joue de tout, il a tout compris et presque tout inventé en sept ans – depuis 1970, il vit avec cet héritage et l’ombre de Lennon. Et continue d’exercer son art, pour le meilleur (ses premiers albums solo, entre 1970 et 73) et pour le pire (les Wings!). A 63 ans, à nouveau marié et papa, il cherche un brin de paix, à l’image de la pochette qui le montre ado dans le jardin familial. Viser la sobriété? malgré un bagage musical indécent, cause de tant de boursouflures au pire de sa production eighties .
Godrich a relevé le défi, lui imposant de jouer tous les instruments mais sous sa supervision sévère et sans esbroufe. Le meilleur moyen pour que Macca aille au plus profond, là où les plaies sont à vif, dégagées de ses royaux diadèmes. Le résultat est princier. La maestria du «plus musicien des Beatles» lui interdit toute rugosité et l’ensemble souffre même de trop de perfection, mais les sentiers de ce backyard s’enfuient en un bouquet de directions étonnantes et subtiles, du très ensoleillé Fine Line au ténébreux At The Mercy , du déglingué latino A Certain Softness au «so british» English Tea (aussi victorien que Penny Lane !). Pourtant, c’est dans l’ascèse que McCartney touche au sublime: Jenny Wren , en acoustique façon Elliott Smith, puise à l’âme séraphique de l’auteur de Yesterday . Une voie pour le futur?
Source :
François Barras
