L’hystérie n’est plus de mise, mais la Beatlemania ne se dément pas aux Etats-Unis, qui célèbrent le 7 février le 40e anniversaire du tout premier voyage américain des Quatre de Liverpool.
Bruce Spizer avait 8 ans. Il se souvient avec force détails de leur première apparition télévisée, pour le Ed Sullivan Show, regardé depuis sa Louisiane natale devant un plat de macaronis au fromage: « Ils ont chanté +I want to hold your hand+, +She loves you+, les filles hurlaient dans le public ».
« A l’école tout le monde en parlait. J’ai acheté mon tout premier disque. C’était +Meet the Beatles+ », raconte cet homme devenu avocat… et auteur de livres sur ses idoles.
L’engouement est tel que selon une étude récente compilant recensements et statistiques des chaînes, le Show reste l’émission la plus regardée de tous les temps aux Etats-Unis.
Avec 73 millions de téléspectateurs, soit à peu près 40% de la population, il surpasse encore le Super Bowl de 1982 (la finale du championnat de football américain, en 2e position avec 38% de la population) et le légendaire épisode de Dallas « Qui a tiré sur JR ? » (regardé en 1980 par 37,7% des Américains).
Les débuts pourtant avaient été laborieux, et les premiers titres sortis en 1963, dont « She loves you », des flops.
Un élément déterminant fut l’emballement des radios qui, avec « I want to hold your hand », entraînera en décembre 1963 la percée du groupe.
« Les gamins étaient en vacances, ils avaient le temps d’écouter le poste, d’aller dans les magasins. En une semaine, la chanson a atteint le sommet des charts à New York, puis le reste du pays a suivi », raconte Bruce Spizer.
A l’arrivée du groupe, à New York, le 7 février 1964, les ondes sont déjà saturées de leurs airs, et à l’aéroport Kennedy, une foule en délire attend. « La maison de disques avait convaincu les radios d’annoncer » l’arrivée de l’avion, ajoute Bruce Spizer.
Suivra, dans la même ambiance, une mini-tournée à Washington et au prestigieux Carnegie Hall de New York. La presse est sceptique, un grand journal décrit un groupe qui « sonne comme des chats des rues au supplice ». Mais le public aux anges.
« Il y avait l’excitation de la musique, si tonique, ce rythme battant. Ils étaient britanniques, c’était exotique. Ils avaient les cheveux longs, c’était une nouveauté », poursuit leur biographe. « Ils avaient cet humour insolent qui défiait un peu l’autorité, et cela attirait la jeunesse américaine, » tout en rassurant les parents, apaisés de voir quatre garçons en costumes assortis évitant tout geste suggestif.
Historien des Beatles, Martin Lewis évoque aussi l’assassinat du président Kennedy, quelques semaines avant: « Ils ont touché une corde sensible. Le pays avait besoin de quelque chose de bon, il était plus ouvert. »
Pour lui, surtout, les Américains ont redécouvert « le coeur de leur musique. Le rock du milieu des années 50 était devenu très fabriqué. Les Beatles ont ramené la musique à ses racines, en mélant leurs propres références, le folk anglais, et le rock américain, ce qui donnait quelque chose d’inédit ».
Alors pour cet anniversaire, les événements ne manquent pas, au Lincoln Center de New York, à l’American Film institute, au Musée de la Télévision, au Smithsonian. Dans New York, une association de fans propose des « Beatles Tours » pour le week-end. La cérémonie des Grammy Awards, qui récompensent les artistes les plus populaires auprès des jeunes, prévoit un hommage dimanche.
Les Beatles « défient les lois de la célébrité, qui va qui vient, car leur musique est comme le théâtre de Shakespeare ou les chansons de Cole Porter: éternelle », dit Martin Lewis.
Selon lui, 40% de copies de la dernière version de « Let it be… Naked » ont été vendus à des moins de 30 ans. Selon Capitol, la maison de disques, en 1996, année de sortie de trois albums anthologies, le groupe a écoulé 20 millions de CD sur le marché américain.
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