L’occasion est trop belle : au moment où sort enfin en DVD le premier film des Beatles, « Quatre garçons dans le vent », voici que déboule sur le même support « The Rutles », l’ébouriffant faux documentaire TV sur la saga des quatre de Liverpool signé en 1978 par un Monty Python.
Dans quel ordre importe peu, mais il faut visionner ces deux DVD l’un après l’autre. Quarante ans après l’hystérie collective qui menaçait le royaume de sa gracieuse majesté, la Beatlemania a été ramenée à sa juste dimension. Mais en 1964, les principaux intéressés s’en amusaient eux-mêmes dans ce Hard Day’s Night (« Quatre garçons dans le vent » de ce côté-ci de la Manche) réalisé à l’arraché par Richard Lester, trop content de pouvoir s’adosser à l’humour alors décalé (et iconoclaste pour l’époque) de John, Paul, George et Ringo. Pour The Rutles, Eric Idle – un des piliers des Monty Python – a en 1978 lui aussi une bonne inspiration : dans ce faux magazine destiné à la télé, il parodie Lennon, McCartney, Harrison et Starr sur leur terrain et se sert de leurs plaisanteries comme d’un ressort pour ses propres gags.
Non-sens
Les Beatles, qui n’ont jamais caché leur admiration pour les Peter Sellers et son émission satirique The Goon-show, jouent constamment au début des années 60 avec ce non-sens britannique personnifié en particulier par Ringo Starr. George Harrison lui-même, pourtant si réservé à ses débuts, était un proche des Monty Python, qu’il a aidé à financer The Life of Brian (La vie de Brian) en mal de producteur. Malgré un sous-titre un peu racoleur (All you need is cash), on se sera donc pas étonné qu’Eric Idle ne donne pas systématiquement dans l’humour vache. Les Rutles (il joue lui-même, entre autres, le rôle de McCartney) ne font pas non plus toujours dans la dentelle : l’actrice qui interprète Yoko Ono est ainsi affublée d’un uniforme allemand de la deuxième guerre mondiale qui manque, disons, d’élégance. La folie qui s’emparait alors du Royaume-Uni et les portraits croisés de l’entourage immédiat des Beatles tout comme la reconstitution irrévérencieuse de leur quotidien de stars est en revanche digne des meilleurs sketches des Monty Python.
Pancake
Si la superbe bande-son de A Hard Day’s Night est un véritable best-of des Beatles première époque, celle des Rutles (signée Neil Innes) a le goût irrésistible d’un délicieux pancake chargé d’absurdes sucreries. Très vite sortis en disque, dans la foulée du film, ces pastiches se sont d’ailleurs vendus à l’époque à 800 000 exemplaires dans le monde entier pour faire des Rutles un véritable phénomène autonome. Avec son étonnant contraste entre le noir et blanc élégant et tranchant de l’image et l’exubérance joyeuse et débridée des Beatles saisis au naturel, A Hard Day’s Night est devenu avec le temps un saisissant reportage sur l’Angleterre pop des sixties, alors en plein déboulonnage systématique des vieilles valeurs du royaume.
Bonus
Le DVD de « Quatre garçons dans le vent » est doublé d’un disque truffé de solides bonus: l’amateur y trouvera notamment des interviews du réalisateur Richard Lester (qui avait travaillé avec… Peters Sellers), de son excellent scénariste Alun Owen ou, plus rare, de l’étonnant Klaus Voorman (un ami de Beatles de la période de Hambourg, graphiste, auteur de la pochette de Revolver et à un moment… bassiste du Plastic Ono Band), ainsi qu’un instructif témoignage de Jacques Volcouve, créateur du toujours actif (fan) club des Quatre de Liverpool.
