
Entre-temps, le vieux galopin liverpuldien a été anobli. Aussi ne dit-on plus «Paulo» ni «Macca» désormais, mais uniquement «Sir Paul McCartney». On peut d’ailleurs regretter que la reine ait eu la distinction parcimonieuse et sélective. Un «Sir Ringo Starr» eût tellement bien sonné.
Noblesse oblige, Sir Paul a épaissi. Physiquement (il ressemble plus aujourd’hui à Benny Hill qu’à l’adolescent efflanqué venu de Hambourg à Paris découvrir Vince Taylor) et créativement. L’interminable préambule théâtral précédant son apparition se révélant d’emblée superflu, tandis que la démagogie véhiculée par son comportement scénique (gestuelle complice, discours mielleux, sourires convenus, exhibition d’un drapeau français…) nuit un peu plus encore à l’ensemble d’une performance mortifère et ambiguë.
Comme si, trente ans après la dissolution des Fab’ Four, Sir Paul, en proie à ses fantômes, essayait toujours d’échapper à l’emprise de John Lennon. Au point d’inverser mesquinement sur son dernier disque la fameuse griffe Lennon/McCartney (fureur des fans et procès de Yoko Ono), ou, en tournée, de monopoliser le fonds de catalogue commun en zappant l’existence de son alter ego. Sauf pour tirer un peu plus la couverture à soi, en interprétant Here Today par exemple, chanson écrite au lendemain de la mort de John, quand les frères ennemis ne se parlaient plus.
Ironie du sort : le public a réagi en entonnant spontanément Give Peace a Chance, hymne pacifiste seventies du Plastic Ono Band. Pincé, Sir Paul l’a encouragé un instant de la main à continuer. Pas trop longtemps… Il lui restait George Harrison à «hommager». Il l’a fait via un Something gratouillé à l’ukulélé. Performance musicalement sympathique, mais symboliquement chargée. Le message du dernier des Quatre (Ringo est un peu sur la touche) paraît en effet empreint d’une grande clarté : les Beatles sont bel et bien morts. Sir Paul McCartney n’en finit pas de les enterrer.













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