
A LA FOIS DIGNE, émouvant et brillant. Voilà qui pourrait qualifier l’hommage rendu, vendredi soir au Royal Albert Hall à Londres, par les amis et la famille de George Harrison, un an pile après sa mort. Surtout dans la dernière partie du concert, lorsque Paul McCartney est monté sur scène, rejoignant ainsi Ringo Starr et la pléiade de musiciens qui, depuis presque deux heures, refaisaient vivre avec brio et sobriété l’oeuvre du Beatles disparu. Là, McCartney, en grande forme vocale et très élégant dans son costume noir, a entonné un magnifique « For You Blue », suivi d’une étonnante version au ukulélé (une petite guitare hawaïenne) accompagné d’un piano de « Something », puis d’un explosif « While My Guitar Gently Weeps ». Alors que résonnaient les premiers accords de « My Sweet Lord », le Royal Albert Hall – où se croisaient l’acteur Tom Hanks, le réalisateur Tim Burton, l’ex-Nirvana Dave Grohl, le musicien Elvis Costello, la chanteuse de jazz Diana Krall… – s’est littéralement soulevé. Un moment vraiment magique, surpassant toutes les espérances de ceux qui avaient déboursé entre 25 et 150 £ (38,50 à 237 euros) au profit de l’association caritative Material World Charitable Foundation, créée par Harrison en 1973. Auparavant, dans une enceinte baignée d’odeurs d’encens, Eric Clapton, le maître de cérémonie de la soirée, a alors présenté le joueur de sitar Ravi Shankar, grand ami d’Harrison, et son orchestre d’une quarantaine d’instrumentistes. Dirigée par sa fille Anoushka, la formation a joué quarante minutes de musique indienne, entrecoupées par l’apparition de Jeff Lynne, le leader du groupe Electric Light Orchestra, reprenant « The Inner Light », une composition d’Harrison d’inspiration hindoue qui figurait sur la face B du 45-Tours « Lady Madonna ». Le tout dans le recueillement et surplombé d’un immense portrait du Beatles disparu, moustachu et les yeux fiévreux.
Une brochette de musiciens expérimentés
Après l’entracte et une intervention rigolarde des comiques du Monty Python’s Flying Circus (les fesses à l’air sous des tabliers de serveurs), place aux rockeurs. Devant, Jeff Lynne et le fils Dhani Harrison, producteurs de l’album posthume « Brainwashed », ainsi qu’Eric Clapton et, derrière, une brochette de musiciens expérimentés comme le bassiste Klaus Vormann ou le claviériste Billy Preston. Au-dessus d’eux, le portrait d’Harrison avait changé. C’était désormais le Beatles des débuts qui surveillait la bonne marche des opérations, lui aussi guitare en bandoulière. Après « I Want To Tell You », « If I Needed Someone », « Old Brown Shoes » ou encore « Here Come The Sun », autant de titres composés par Harrison avec les Beatles, l’Américain Tom Petty est arrivé, reprenant laborieusement « Taxman », puis se rattrapant avec « Handle With Care ». Reformant ainsi fugacement le groupe The Traveling Wilburys, mais sans Bob Dylan, retenu aux Etats-Unis. En conclusion de ce feu d’artifice de puissance et de clarté sonore, la trentaine de musiciens présents vendredi soir s’est alors regroupée sur scène pour un « Wah Wah », joyeusement foutoir, point final de cette soirée exceptionnellement réussie.